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Le président turc qualifie Emmanuel Macron de "prétendu Napoléon en campagne méditerranéenne"



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Sept pays de l'Europe du Sud se sont réunis en Corse pour évoquer, principalement, les problèmes avec la Turquie (photo : Elysée)
Sept pays de l'Europe du Sud se sont réunis en Corse pour évoquer, principalement, les problèmes avec la Turquie (photo : Elysée)
MEDITERRANEE. Réunis jeudi 10 septembre 2020 à Porticcio, près d'Ajaccio, sous le format MED7, les pays du Sud de l'Union européenne* ont menacé de sanctions la Turquie qualifiant de "jeu hégémonique" ses manœuvres en Méditerranée.

Le Sommet a accouché d'une déclaration finale en dix-huit points "soulignant l'importance stratégique qu'a pour l'Europe le voisinage méridional" et la nécessité de "consolider encore la relation euro-méditerranéenne, notamment en renforçant l'Union pour la Méditerranée ainsi que le Dialogue 5+5 et en promouvant les avancées obtenues par le Sommet des deux rives de la Méditerranée occidentale".

Le texte indique la volonté des pays participants à "donner une nouvelle impulsion à la politique européenne globale en Méditerranée, dans l'objectif de renforcer la capacité de l'UE et des ses Etats membres à répondre collectivement aux différentes difficultés de la région." Et de la première d'entre elles actuellement, les relations avec la Turquie qui occupent deux des points de la déclaration. Le 6 sur la contestation des droits d'exploration gazière de la Grèce et de Chypre en Méditerranée orientale, et, sans que ce pays soit cité, le 7 où est réaffirmé une "opposition à toutes les ingérences étrangères dans ce conflit, d'où qu'elles proviennent" et précisé "Nous restons également prêts à adopter des sanctions à l'encontre des acteurs impliqués dans la violation de l'embargo et des droits de l'Homme, ainsi que de ceux qui s'opposent au processus politique".

"Arrêter la provocation et commencer le dialogue"

MED7 affirme son "plein soutien" et son "entière solidarité avec Chypre et la Grèce face aux atteintes répétées à leur souveraineté et à leurs droits souverains ainsi qu'aux mesures agressives prises par la Turquie". Ce point 6 de la déclaration poursuit : "nous regrettons que la Turquie n’ait pas répondu aux appels répétés de l’Union européenne à mettre fin à ses activités unilatérales et illégales en Méditerranée orientale et dans la mer Égée. Nous réaffirmons notre détermination à utiliser tous les moyens adéquats dont dispose l’Union européenne pour répondre à ces actions agressives. À la suite de la dernière réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE (Gymnich), nous convenons d’accélérer les travaux concernant les inscriptions supplémentaires sur la liste des sanctions à partir des propositions déjà sur la table, en vue de leur adoption rapide. Nous soutenons que si la Turquie ne progresse pas sur la voie du dialogue et ne met pas un terme à ses activités unilatérales, l’UE est prête à élaborer une liste de mesures restrictives supplémentaires qui pourraient être évoquées lors du Conseil européen des 24 et 25 septembre 2020".

La menace est claire et appuyée par plusieurs déclarations. Kyriakos Mitsotakis, premier ministre grec, s'est ainsi montré ferme : "nous avons discuté de la stabilité en Méditerranée orientale, de l’escalade des tensions et de l’attitude provocante de la Turquie qui conteste la souveraineté et les droits souverains de deux pays membres de l’Union européenne, et qui continue à se trouver de façon illégale sur le territoire d’un pays membre de l’UE, de Chypre. La Turquie semble vouloir de moins en moins dialoguer. Et je crois que le point 6 de notre communiqué envoie un message très clair à la Turquie : si elle veut vraiment un dialogue sincère avec la Grèce, avec Chypre et avec l’UE, elle doit nous le prouver : elle doit arrêter toute action unilatérale et montrer qu’elle respecte le doit international dans sa totalité et pas de façon sélective. Et donc arrêter la provocation et commencer le dialogue. C'est ce que nous voulons. Avant le 24 septembre et le sommet européen, nous voulons ne pas être divisés, tomber dans le piège de la division dans lequel veut nous entraîner la Turquie. La Turquie doit cesser ses recherches et toute activité unilatérale, elle doit cesser sa rhétorique agressive, retourner à la table des négociations dont elle s’est retirée en 2016. Et bien sûr, si ce dialogue constructif ne peut pas avancer, il y a toujours le tribunal international de La Haye."

Le président français Emmanuel Macron le suit sur ce terrain et, quelques heures avant le Sommet, avait déjà indiqué qu'il ne "considérait plus la Turquie comme un partenaire dans cette région." Son homologue chypriote, Nicos Anastasiades, évoque de "vrais risques de déstabilisation en Méditerranée en raison des menaces de la Turquie" et demande à l'Union européenne d'"utiliser tous les moyens (...) pour éviter un conflit catastrophique pour toute la région."

"Il n'appartient pas à Macron de faire la délimitation des zones"

Il n'en pas fallu plus pour que Recep Tayyip Erdogan, via son directeur de la communication, s'amuse de la situation et poursuive les petites phrases belliqueuses envers Emmanuel Macron. Le président turc parle désormais d'"un prétendu Napoléon et sa campagne méditerranéenne." En écho, le ministère turc des Affaires étrangères a fustigé, dans un communiqué, les "déclarations arrogantes, dans un vieux réflexe colonialiste" du président français.

"Blessé dans l'âme, Macron, dont nous avons déjoué tous les plans vicieux en politique étrangère, s'attaque chaque jour à la Turquie et à notre président de la République", a constaté le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, lâchant qu'"il n'appartient pas à Macron de faire la délimitation des zones (...) Au lieu de se faire l'avocat de la Grèce et de l'administration chypriote-grecque, qui prennent en otage l'UE pour leurs seuls intérêts, la France devrait plutôt faire le choix de la négociation et du dialogue. C'est ce que l'on attend d'un membre de l'UE et d'un allié de l'Otan."
La veille, la diplomatie turque avait rappelé que "les temps où la France faisait ce qu'elle voulait partout dans le monde est révolu".
Comme depuis des semaines, Ankara demande à l'UE de demeurer "impartiale".

Le prochain Sommet MED7 se déroulera en Grèce.

* Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte, Portugal

Vendredi 11 Septembre 2020

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