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Le microcrédit, sésame du monde du travail pour les femmes en Jordanie


Depuis 2013, l'association jordanienne Microfund for Women aide les femmes à débuter une activité professionnelle. Elle a atteint en 2017 le milliard de dinars jordaniens - soit 1,2 mrd€ - de microcrédits décaissés.


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Hyam Aiad a bénéficié d'un microcrédit de 1000 JOD (photo : F.Dubessy)
Hyam Aiad a bénéficié d'un microcrédit de 1000 JOD (photo : F.Dubessy)
JORDANIE. A la retraite, Hyam Aiad s'est lancée voici trois ans dans la broderie. D'origine palestinienne, elle a obtenu, avec sa soeur, un microcrédit de 1000 dinars jordaniens (JOD), soit 1204 €, sur six ans. Cette somme lui a permis de créer une petite affaire dans une pièce de leur villa à Amman. Depuis, elle vend sa production sur les marchés mais aussi sur Internet.

Hyam Aiad est l'une des 527 000 bénéficiaires de Microfund for Women (MFW). Cette association privée jordanienne, à but non lucratif, ambitionne de fonder "une société plus égalitaire et plus juste où les femmes, en particulier, peuvent briser le cycle de la pauvreté, atteindre la prospérité et vivre des vies inclusives", ainsi que le révèle son argumentaire.

Depuis plus de vingt ans, MFW aide les femmes à débuter une activité professionnelle. Tout a commencé en 1994 avec un programme pilote ("Save the Children"). Mené dans des camps de réfugiés palestiniens, il a débouché, en 1996, sur la création d'une ONG, puis une association en 1999. Depuis 2012, MFW accorde des microcrédits, en moyenne de 100 à 500 JOD (120,5 à 602 €) selon les activités et sur une durée de dix-huit mois, aux femmes souhaitant développer leur propre petite entreprise.
"Ces microcrédits sont d'habitude refusés par les banques locales, surtout à des femmes", souligne Eyad Nino, directeur général adjoint, en charge du planning stratégique et des opérations.

66,48 millions JOD décaissés en 2017

MFW accorde depuis 2013 des crédits principalement aux femmes (photo : F.Dubessy)
MFW accorde depuis 2013 des crédits principalement aux femmes (photo : F.Dubessy)
Après un prêt de 2,92 M€ accordé en décembre 2013 par la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (Berd), la Banque européenne d'investissement a signé en 2014, un prêt de 2 M€ à MFW via la Facilité d'investissement pour le voisinage (FIV) pour les pays du Sud. Les deux institutions entendent ainsi favoriser la résilience en Jordanie. Une équipe de la BEI se trouvait d'ailleurs en visite dans les locaux de MFW début juillet 2018, en marge de la conférence BEI-Med qui se tenait à Amman.

En Jordanie, les femmes représentent 70% des habitants vivant dans la pauvreté. Quant elles travaillent, leurs salaires restent plus faibles que ceux des hommes. "Elles affrontent souvent un double fardeau : celui d'être une femme au foyer et le principal soutien de leur famille. Nos petits crédits leur permettent de sortir de leur maison et de leur condition", affirme Eyad Nino. Mieux, "ils encouragent leurs filles à travailler et aident à créer un avenir durable pour la Jordanie."

A fin décembre 2017, MFW comptait 692 salariés - dont 67% de femmes - implantés dans cinquante-huit bureaux répartis dans tout le Royaume. "En 2017, nous avons atteint le million de dinars jordaniens de prêts accordés", se réjouit Tohama Nabulsi, chargé de la communication de l'association. Sur la seule année 2017, MFW a décaissé 66,48 millions JOD (80,1 M€) pour 104 000 dossiers. Au total, 142 000 crédits sont actifs (53,4 millions JOD d'encours de crédits à fin 2017) et concernent 140 000 bénéficiaires dont 96% de femmes.

Seuls 34% des prêts sont renouvelés. "Ce n'est pas MFW qui refuse les dossiers. Ce sont les clientes qui savent qu'elles ne pourront pas rembourser et donc ne veulent pas renouveler ", insiste Tohama Nabulsi.

Les réfugiées syriennes bénéficiaires des microcrédits

Eyad Nino affirme que les microcrédits accordés aux femmes permettent de tracer la voie à un avenir durable en Jordanie (photo : F.Dubessy)
Eyad Nino affirme que les microcrédits accordés aux femmes permettent de tracer la voie à un avenir durable en Jordanie (photo : F.Dubessy)
Les microcrédits s'adressent à toute personne disposant d'une résidence en Jordanie. Et sont donc ouverts aussi bien aux Jordaniennes, qu'aux Palestiniennes implantées ici de longue date et aux Syriennes réfugiées depuis cinq ans et le début de la guerre civile dans le pays voisin. Déjà présent dans les camps de réfugiés palestiniens, MFW dispose de l'expertise pour gérer les nouvelles venues.
"La plupart des femmes syriennes n'avaient jamais contracté de prêt en Syrie. Venues en grande majorité du Sud du pays (NDLR : frontalier avec la Jordanie), donc d'une population agricole, elles veulent montrer leur crédibilité financière et donc remboursent", commente Eyad Nino. Le directeur l'assure : "nous avons juste eu trois cas à signaler de prêts qui ne sont pas arrivés à leur terme chez les réfugiés syriens : une emprunteuse dont la famille appartenait à Daech qui a été renvoyée, une qui n'a pas remboursée, une qui a arrêté son activité mais dont la famille a tout remboursé." De manière générale et depuis le début en 2013, les comptes radiés pour non-remboursement n'ont pas dépassé les 2% (1,31% en 2017).

Ces prêts demeurent très importants pour l'intégration de ces réfugiés. "Nous savons que quand nous prêtons 3 ou 400 JOD (361 à 481 €), ceci bénéficie à quatre ou cinq familles. En aucun cas ils ne prennent le travail d'un Jordanien car ils se lancent dans des métiers très durs et ne comptent pas leurs heures", tient à préciser Eyad Nino qui estime avoir aider 5 000 familles syriennes.

En 2015, l'association lançait le premier programme de micro-assurance pour toute la famille dans la région d'Afytuna. Et en 2018, elle opère désormais sous l'égide de la Banque centrale jordanienne après l'obtention de sa licence.
Depuis 2009, l'association propose également des services non financiers comme son "Académie d'apprentissage" ("Learning Academy") fondé en 2015 qui offre des mises à niveaux aux entrepreneuses et futures entrepreneuses. MFW se lance également dans les Fintech, en développant un porte monnaie électronique mobile.

Frédéric Dubessy, à AMMAN

Mardi 17 Juillet 2018

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