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Le gaz vient encore plus refroidir les relations entre l'Algérie et l'Espagne


Rédigé par , le Jeudi 28 Avril 2022 - Lu 1413 fois

ALGÉRIE / ESPAGNE / MAROC. Les relations entre l'Algérie et l'Espagne, perturbées depuis mars 2022, connaissent un nouvel épisode de tension alors que Madrid veut réexpédier au Maroc une partie du gaz algérien qu'il reçoit. English version


La volonté de l'Espagne d'inverser le flux du GME au profit du Maroc ne plait pas à l'Algérie (photo: DR)
La volonté de l'Espagne d'inverser le flux du GME au profit du Maroc ne plait pas à l'Algérie (photo: DR)
ALGÉRIE / ESPAGNE / MAROC. Le froid installé dans les relations entre l'Algérie et l'Espagne devient de plus en plus glacial sur fond de livraison de gaz. Depuis le 18 mars 2022 et le soutien par l'Espagne du plan marocain d'autonomie sur le Sahara occidental (équivalent à la reconnaissance  de la souveraineté du Maroc sur ce territoire), Alger reconsidère son amitié avec Madrid.

Ce revirement soudain d'une stratégie constante de neutralité sur ce dossier depuis l'indépendance marocaine est venu troubler la bonne entente entre les deux pays. L'Algérie, principal soutien du Front Polisario, a même rappelé son ambassadeur à Madrid le 19 mars 2022. Samedi 23 avril 2022, encore, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, qualifiait d'"inacceptable moralement et historiquement", ce changement de position. Surtout qu'il signifie, sans ambiguïté, un rapprochement avec le Maroc, son ennemi.

Le 8 avril 2022, une rencontre à Rabat entre Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol, et le Roi du Maroc, Mohammed VI, mettait officiellement fin à la crise entre les deux royaumes. Elle durait depuis près d'un an. Une "paix" symbolisé par une feuille de route en seize points, peu appréciée par Alger qui, en août 2021, décidait unilatéralement de rompre toutes relations diplomatiques avec son voisin.

Madrid veut assurer la sécurité énergétique de Rabat

C'est donc désormais le gaz qui s'invite dans la partie. En 2021, l'Espagne a importé 40% de son gaz d'Algérie et Alger menace désormais de couper le robinet, car une partie de ces livraisons s'apprêteraient à être réexportées vers le Maroc. L'Algérie a en effet décidé, le 31 octobre 2021, de fermer le Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui desservait l'Espagne en passant par le Maroc et donc de ne pas renouveler le contrat de vingt-cinq ans arrivant à terme. Le royaume chérifien bénéficiait, en compensation de ce transit sur son territoire, de la possibilité de se servir au passage à des prix préférentiels et y puisait 97% de ses besoins en gaz.

Le gaz algérien continue cependant d'arriver en Espagne grâce à un autre gazoduc, celui-là sous-marin, Medgaz. D'une capacité de 10 milliards de mètres cubes par an, il s'appuie sur un partenariat entre Sonatrach et Medina Partnership (détenue à 50% par la société espagnole Naturgy et à 50% par la compagnie américaine BlackRock).

Dès février 2022, Madrid proposait à Rabat d'assurer sa sécurité énergétique et une partie de ses besoins annuels d'environ 1 milliard de mètres cubes. "Le Maroc pourra acquérir du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les marchés internationaux, le faire livrer dans une usine de regazéification de l’Espagne péninsulaire et utiliser le GME pour l’acheminer vers son territoire", précisait alors le ministère espagnol de la Transition écologique. A l'époque, l'opérateur du réseau espagnol de gaz Enagás faisait donc déjà part de son intention d'inverser les flux du GME et de définir un tarif de sortie, comme c'est le cas actuellement pour le Portugal et la France.

Alger menace aussi de fermer le gazoduc Medgaz

Mercredi 27 avril 2022, Teresa Ribera, ministre espagnole de la Transition écologique et du Défi démographique, a officiellement informé son homologue algérien, Mohamed Arkab, ministre de l'Energie, qu'elle envisageait d'inverser le flux du GME. Sans préciser s'il s'agissait de servir le Maroc. La réaction du ministère algérien de l'Énergie a été immédiate: "Tout acheminement de gaz naturel algérien livré à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels". Il ajoutait, que ceci "pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols". Samedi 23 avril 2022, Abdelmadjid Tebboune avait cependant annoncé que son pays "ne renoncerait jamais à ses engagements de fourniture de gaz à l'Espagne, quelles que soient les circonstances."

Reste que Madrid assure que, le gaz algérien ne circulera pas par le GME. Madrid précise que celui acheminé grâce à l'inversion du flux proviendra du gaz acheté sur les marchés internationaux par le Maroc. Livré en Espagne, il sera regazéifié sur place, comme l'indiquait en février 2022 la ministre espagnole de la Transition énergétique, avant d'être envoyé au Maroc suivant un accord signé entre Enagás et l'Office national des hydrocarbures et des mines marocain (ONHYM).

La menace algérienne de fermer aussi Medgaz intervient alors que Naturgy se trouve, depuis un an, en négociation avec Sonatrach pour le renouvellement de ce contrat. Son terme n'est cependant pas pour demain comme le précise Francisco Reynès, président de Naturgy: "Le contrat nous liant à Sonatrach est très complexe de par les clauses et les prix qu’il contient (...) Bien que les tarifs doivent être révisés périodiquement, le contrat est en vigueur jusqu’en 2032 avec une valeur d’environ 12 mrds€."

La Sonatrach, entreprise d'État, affirme vouloir, dans un premier temps, revoir à la hausse le prix de son gaz exporté en Espagne. Elle travaille aussi à renforcer ses liens avec l'Italie pour augmenter ses livraisons à ce pays, au détriment de l'Espagne.

La crise s'est traduite en interne avec la décision du congrès espagnol d'interpeler le gouvernement. Majoritaire, le Parti Populaire (PP - libéral-conservateur) veut entendre Pedro Sanchez sur les nouvelles relations avec le Maroc et ses conséquences sur celles avec l'Algérie.




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