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"Le financement aux Pme représente la moitié de nos engagements dans la région méditerranéenne"'


Directrice des opérations de prêt dans les pays du voisinage à la Banque européenne d'investissement, Flavia Palanza confie à econostrum.info - lors d'une interview exclusive accordée à l'occasion de la conférence BEI-MED à Amman -, les principaux projets que la BEI finance dans le bassin méditerranéen et leur état d'avancement.



Flavia Palanza continue à fortement impliquer la BEI dans la région méditerranéenne (photo : F.Dubessy)
Flavia Palanza continue à fortement impliquer la BEI dans la région méditerranéenne (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Quels sont les principaux projets financés par la Banque européenne d'investissement dans le bassin méditerranéen ?

Flavia Palanza : La banque est très présente, comme elle l'a toujours été, dans le bassin méditerranéen avec une présence accrue depuis 2016 dans le cadre de ce que nous appelons l'Initiative de résilience économique. Nous augmentons ainsi de 4,5 mrds€ notre engagement dans la région qui viennent s'ajouter aux 6 mrds€ que nous nous étions engagés à investir en 2014.

Ces projets concernent de grands secteurs, les infrastructures prioritaires et le soutien au secteur privé et notamment aux Pme. Sur les infrastructures, nous mettons l'accent sur celles qui servent les besoins à long terme et les besoins de base. Principalement dans le secteur de l'eau et de la dépollution comme les projets d'eau et d'assainissement ici en Jordanie, d'assainissement en Égypte où il est inconnu ou très peu développé, et également d'assainissement au Maghreb, notamment en Tunisie.

D'autres projets concernent l'énergie renouvelable. Au Maroc, après les dossiers Ouarzazate, nous sommes en train de financer la nouvelle génération de projets photovoltaïques. Au Machrek, Egypte et Jordanie, nous sommes très intéressés aux nouveaux programmes d'énergie éolienne. 

Je voudrais faire un point particulier sur nos actions au Liban. Suite à la conférence Cèdre qui s'est tenue en avril dernier, la BEI s'est engagée à investir 800 M€ dans les activités du secteur public libanais : les routes, l'eau et l'assainissement. 800 M€ sur trois ans ce n'est peut être pas énorme, mais il faut dire que depuis 2013, la BEI n'avait pas pu financer ce genre de projets par manque de contrepartie au niveau gouvernemental (NDLR : problèmes de gouvernance dans le pays). Cette année, nous avons consenti un concours pour deux projets : un d'assainissement et un d'investissement dans les zones industrielles, notamment frontalières avec la Syrie. A terme, ceci aura donc un impact positif sur les populations réfugiées.

La Tunisie pilote pour InnovFin

La BEI s'engage de plus en plus sur cette question des réfugiés ?

F.P. : L'Initiative de résilience ne vise pas à contribuer à la résolution de la question des réfugiés. Nous n'accordons pas d'aide d'urgence. Cette initiative vise au renforcement des structures économiques afin de permettre une meilleure croissance, de disposer de meilleures infrastructures, pour améliorer la vie des populations, notamment dans les zones qui connaissent une forte présence de réfugiés.

Quels sont vos engagements au niveau du secteur privé ?

F.P. : Le financement des Pme a toujours été un secteur très important et il le demeure. Jusqu'en 2016, il représentait grosso modo un tiers de nos financements et nous sommes passés presque à la moitié. Nous le faisons toujours en finançant des lignes de crédit aux banques dédiées aux Pme mais avec deux éléments nouveaux : une assistance technique accrue aux banques pour qu'elles puissent mieux appréhender le risque Pme - certaines, ce n'est pas le cas de toutes, n'ont pas encore suffisamment investi dans ce secteur - et une assistance technique aux Pme pour les accompagner dans leurs projets et les rendre plus bancables. Mais aussi, lorsqu'elles ont eu le prêt, pour qu'elle puisse bien le gérer et que l'opération soit auréolée de succès.

Récemment, le premier concours a été signé à la fin 2017 avec un projet régional pour l'Égypte, la Jordanie et le Liban, nous proposons le partage de risques avec les banques sous forme de garantie pour qu'elles accroissent leurs financements aux Pme. Ceci est encore une initiative pilote mais que nous allons continuer à développer dans les prochaines années pour que le risque Pme soit partagé entre les banques et nous. En Tunisie, nous avons aussi financé deux projets, un sur le secteur bancaire et un autre sur les télécommunications, dans le cadre de l'initiative InnovFin. La Tunisie est le premier pays arabe de la zone Mena à participer à cette initiative qui vise à financer des innovations en Europe mais ouvertes aux pays du voisinage.

Deux projets phares sur l'eau

Quels sont aujourd'hui les dossiers et les secteurs que vous regardez et qui vont être matures prochainement ?

F.P. : Notre projet phare est celui du raccordement entre la mer Rouge et la mer Morte avec une station de dessalement sur la mer Rouge. Ce dossier est celui du siècle, du millénaire...

Mais où en est ce projet dont nous entendons parler depuis des années ?

F.P. : Les études ont été complétées, nous avons approuvé ce projet à notre conseil d'administration pour un concours de 200 M€ pour la partie publique, financement par l'Etat israélien et jordanien, et la partie privée. Les retards sont dus à des tensions politiques en Jordanie qui semblent se résoudre (NDLR : Un remaniement gouvernemental a eu lieu). Dans les toutes prochaines semaines, le dossier devrait passer en conseil des ministres en Jordanie pour la dernière approbation.

Et quid du projet de Gaza de station de désalinisation ?

F.P. : Il s'agit d'un projet totalement différent financé uniquement sur dons venant de tous les coins du monde. La BEI a financé, tout à fait exceptionnellement, une partie de l'assistance technique sur ses fonds propres. Nous avons eu une réunion des bailleurs de fonds au début du printemps et les Européens ont montré un très fort intérêt pour ce projet qui ira de l'avant.

Un appel d'offres va être lancé pour choisir une société de gestion. Elle accompagnera toute la construction de la station et les infrastructures associées comme l'installation pour la production d'énergie solaire qui l'alimentera et les conduits pour l'eau. Avec le raccordement entre la Mer Rouge et la mer Morte, il s'agit des deux projets phares sur lesquels travaille la BEI.

"Totalement en phase avec la politique de l'Union européenne"

Et au Maghreb, quelles sont vos priorités ?

F.P. : Nous sommes très impliqués dans le renouvelable au Maroc. La Tunisie va également, plus lentement, dans cette direction et nous restons très proches des autorités tunisiennes pour les accompagner sur le photovoltaïque avec des financements publics et privés. 

Vous restez toujours complémentaires de l'action de l'Union européenne ?

F.P. : Nous sommes totalement en phase avec la politique de l'Union européenne. La complémentarité est certaine entre notre initiative de résilience et le Plan d'investissement extérieur de l'UE qui comporte trois volets : un instrument de garantie, un instrument d'assistance technique et de dons - qui reprend celui existant - et un instrument de soutien aux réformes macro-économiques qui ne nous concerne qu'indirectement. Mais, une grande complémentarité existe au niveau des garanties. L'UE dispose des fonds qui nous permettent d'offrir nos garanties donc nous pouvons surtout mettre en oeuvre tous les instruments de partage de risques grâce à elle. Pour l'assistance technique et les dons pour réduire les investissements, nos ressources proviennent également de l'UE et des Etats membres.

La BEI a été très présente, en coopération avec la Commission européenne, dans le développement de l'idée du Plan d'investissement, nous appartenons au Comité de pilotage et à celui qui juge de l'octroi de fonds européens aux projets. Nous fournissons également une assistance technique à la Commission sur la qualité du crédit, du risque des projets au niveau des propositions.


Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à AMMAN


Vendredi 6 Juillet 2018



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