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Le dossier du Sahara occidental divise encore plus le Maghreb


Rédigé par , le Mardi 2 Novembre 2021 - Lu 1819 fois

Alors que le mandat de la Minurso vient d'être prolongé d'un an, Staffan de Mistura entame son nouveau mandat d'émissaire de l'Onu pour le Sahara occidental en pleine crise régionale.

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MAROC / ALGERIE. Staffan de Mistura (74 ans) a entamé son nouveau mandat d'émissaire de l'Onu pour le Sahara occidental le 1er novembre 2021 en pleine crise dans cette région. Nommé début octobre 2021, l'Italo-Suédois a pour feuille de route la relance du processus diplomatique en panne sèche depuis le printemps 2019. La difficulté de ce poste se mesure au temps nécessaire, deux ans et demi, pour trouver un successeur à l'Allemand Horst Köhler, lequel a jeté l'éponge, officiellement pour des raisons de santé, en mai 2019.

Le Marquis polyglotte (il parle sept langues) Staffan de Mistura figurait à la treizième place d'une liste de treize noms couchés par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, pour prendre cette fonction. Les deux parties ont accepté ce candidat in extremis.
L'ancien ministre italien (sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères puis ministre adjoint des Affaires étrangères) passe pour un diplomate spécialisé dans les opérations délicates. Il a déjà été émissaire de l'Onu en Afghanistan (2010 à 2011), en Irak (2007 à 2009), en Syrie (2014 à 2019) et au Sud-Liban (2001 à 2004). Ce CV lui confère un savoir-faire qui sera bien utile tant la situation est compliquée à démêler depuis des décennies alors que les soubresauts dans la région depuis un an rendent cette mission impossible.

En novembre 2020, l'armée marocaine pénétrait dans la zone tampon de Guerguerat (frontière avec la Mauritanie), prétextant améliorer la route et la circulation des camions. Les Sahraouis décidaient alors de protester en bloquant, par des sit-in, cet axe reliant la Mauritanie au Maroc. L'intervention de l'armée marocaine conduisait le Front Polisario (Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro), bras politique et armé de la République arabe sahraouis démocratique (RASD) autoproclamée, à rompre le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 (malgré quelques escarmouches régulières). Les armes parlaient à nouveau du côté du mur de sable de défense marocain d'une longueur de 2 700 km destiné à prévenir les incursions du Front Polisario. Début octobre 2021 devant le Conseil de sécurité, Antonio Guterres parlait d'"un revers majeur vers l'obtention d'une solution politique" et soulignait que "la reprise d'un processus politique n'en est que plus urgent."

La Tunisie préfère s'abstenir

La Minurso rempile pour un an, une résolution critiquée par l'Algérie (photo : Minurso)
La Minurso rempile pour un an, une résolution critiquée par l'Algérie (photo : Minurso)
Fin août 2021, l'Algérie, soutien des indépendantistes du Front Polisario, rompait unilatéralement ses relations diplomatiques avec le Maroc qui revendique comme une de ses provinces le Sahara occidental. Une réaction en partie due au rapprochement entre Israël et Rabat. Il avait facilité la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur cette région. Territoire de 266 000 km² et 654 000 habitants (chiffre 2018), le Sahara occidental est classé, depuis 1963, par l'Onu sur sa liste des "territoires non autonomes". Le Maroc en contrôle 80% et le Front Polisario les 20% restants.

Voici quelques jours, un autre pays de Maghreb, la Tunisie, mettait son tour son grain de sable dans le dossier en s'abstenant, vendredi 29 octobre 2021 à New York, lors du vote de la résolution de l'Onu pour la reconduction d'un an (jusqu'au 31 octobre 2022) du mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) dont Staffan de Mistura devient également le chef. Elle est la seule des quinze membres du Conseil de sécurité, avec la Russie, à avoir opté pour cette position s'entraînant les foudres de la presse marocaine qui n'a pas hésité à parler de "coup de poignard". Walid Al Hajjam, conseiller du président tunisien Kaïs Saïed, a tenté de calmer le jeu en déclarant : "la Tunisie tient à ses relations historiques et fraternelles distinguées avec tous les pays du Maghreb, et adhère au principe de neutralité positive dans sa gestion du Sahara occidental."

L'Algérie juge la nouvelle résolution trop favorable au Maroc

La nouvelle résolution onusienne (n°2602) est en effet jugée trop favorable au Maroc par Alger. Le ministère algérien des Affaires étrangères et de la Communauté nationale établie à l'étranger a fait savoir son désaccord par ses termes : "L’Algérie exprime son profond regret quant à l’approche fondamentalement déséquilibrée consacrée par ce texte qui manque cruellement de responsabilité et de lucidité du fait du forcing malencontreux de certains des membres influents dudit Conseil". Son porte-parole évoque "une résolution partiale qui a pour effet de conforter les prétentions exorbitantes de l'État occupant dont elle encourage l'intransigeance et les manœuvres visant à entraver et à pervertir le processus de décolonisation du Sahara occidental". Alger demande même à Staffan de Misura de revenir au plan de règlement du conflit de 1991, adopté unanimement par le Conseil de sécurité. Ceci reviendrait à effacer la vingtaine de précédentes adoptées.

Après avoir durant quelques heures fait planer la menace de ne pas se rendre aux futures tables rondes de négociations, l'Algérie réaffirmait, dimanche 31 octobre 2021, sa volonté que les discussions s'effectuent directement entre les autorités marocaines et celles des indépendantistes sahraouis. Avec pour unique objectif l'organisation d'un référendum d'autodétermination de cette région. Deux tables rondes (décembre 2018 et mars 2019) se sont déjà déroulées à Genève en présence des quatre parties concernées : le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. En avril 2020, les membres du Conseil de sécurité concluait à l'absence d'alternative à ce format.

Présenté en avril 2007 par le Maroc au Secrétaire général de l'Onu pour résoudre le conflit territorial, et rejeté d'emblée par le Front Polisario, le plan marocain d'autonomie repose sur le principe d'une autonomie et d'une intégrité territoriale du Sahara occidental, mais sous souveraineté marocaine. Il parle de Région autonome du Sahara (RAS) avec un gouvernement local dirigé et formé par un chef de gouvernement représentant l'État marocain dans la région, élu par le Parlement régional et investi par le Roi du Maroc.

Pour les États-Unis, comme pour la France, ce plan "constitue une base sérieuse et crédible de discussion en vue de la reprise du dialogue", comme leurs représentants l'ont précisé, vendredi 29 octobre 2021 au Conseil de sécurité.

Lire aussi notre enquête spéciale sur le Sahara occidental en trois parties




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