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Le développement du takaful en Méditerranée : un voeu pieux ?



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Très présente dans les pays du Moyen-Orient et asiatiques, l'assurance islamique ou takaful commence tout juste à se développer sur les rives méditerranéennes. En France comme en Espagne les contrats avancent timidement mais la percée est belle et bien réalisée. Paradoxalement, le Maghreb a encore un temps de retard.



L'assurance islamique repose sur le respect de la Charia (photo F.Dubessy)
L'assurance islamique repose sur le respect de la Charia (photo F.Dubessy)

MÉDITERRANÉE. Aux premiers temps de l'Islam, les marchands de la Mecque créaient un fonds d'assistance pour les victimes de désastres naturels et pour couvrir les pertes durant les voyages des caravanes des commerçants. Aujourd'hui, Le takaful, partie assurantielle de la finance islamique, est présent dans soixante-cinq pays et affiche une croissance annuelle de 20%. Le cabinet Ernst and Young (EY) évaluait en 2014 le marché mondial de l'assurance islamique à 11,2 mrds€. Il ne représente que 2% du chiffre d'affaires du marché mondial de l'assurance.

Le takaful devient une réelle alternative à l'assurance conventionnelle interdite dans l'Islam car elle contient plusieurs éléments haram comme le ghârar et la ribâ (voir glossaire ci-dessous). À condition de lever quelques obstacles de taille.

La dernière étude de l'agence de notation Standard & Poor's sur le sujet publiée fin juillet 2015, prévoit de profonds changements dans le secteur, suite aux nombreuses réformes engagées depuis un an dans plusieurs pays du Golfe. Elles portent notamment sur une standardisation des états financiers, des exigences plus rigoureuses de solvabilité et sur une protection plus forte des assurés.

L'agence américaine pointe les difficultés à "construire une activité viable". S&P conseille aux acteurs de "différencier leurs produits par rapport aux assurances conventionnelles pour s'assurer un développement rentable."


Au Maghreb, l'assurance islamique a plus de mal à s'imposer qu'en Europe

Comme la Finance islamique, l'assurance islamique croît surtout dans les pays du Golfe et en Asie. Au Maghreb, le takaful a encore plus de mal à s'imposer qu'en Europe malgré les tentatives des pays du Golfe de trouver des relais de croissance dans ces pays. En premier lieu, à cause du faible taux de pénétration de l'assurance, même classique, au sein de la population de la région. Comme le soulignait un rapport de Thomson Reuters en 2013, "le Takaful pourrait bien aider à combler ce vide".

Le Maroc se dote des moyens juridiques pour accueillir l'assurance islamique, la Tunisie reste la plus active dans le domaine. Tandis qu'en Algérie, Salama Assurances dispose d'un monopole sur le takaful. 
 

Sur le Vieux-Continent, la Grande-Bretagne, premier pays non musulman à émettre un sukuk (obligation islamique) en juin 2014, vient de porter sur les fonts baptismaux l'association de l'assurance islamique (Islamic Insurance Association London – IIAL) en avril 2015. C'est le pays le plus avancé en la matière. L'Espagne, à 14 km des côtes marocaines, s'ouvre aussi au takaful. En France comme en Espagne les contrats avancent timidement mais la percée est belle et bien réalisée.


Glossaire


Takaful : vient du verbe arabe Kafala qui signifie "se garantir l'un l'autre". Le Takaful est un système mutualiste de garantie des risques fonctionnant selon les règles de la Charia. Il est fondé sur l'entraide, la solidarité et la coopération mutuelle entre un groupe de personnes pour se protéger contre divers risques. C'est l'assurance islamique.

Fonds takaful : Fonds recevant toutes les contributions versées par les participants et servant à indemniser les pertes et dommages subis par les participants.
 

Taäwoun (entraide mutuelle) : principe majeur de l'assurance islamique portant sur la protection mutuelle des capitaux et des biens en partageant le risque de perte par un de ses membres.

Aqd (offre et acceptation) : Le contrat

Tabarouâ : contrat de donation qui permet de constituer des provisions techniques. Les primes collectées appartiennent à l'assureur et à l'assuré. Il permet de supprimer le Gharar (voir ci-dessous).

Charia (chemin à suivre pour respecter la loi) : loi islamique inscrite dans le Coran qui codifie la vie d'un musulman. Tout produit d'assurance islamique doit être conforme à la Charia

Fasid (vicié) : contrat entaché d'un vice de forme, notamment non conforme avec la Charia

Halal (licite/autorisé) : Conforme à la Charia

Haram (illicite/ illégal) : Non conforme à la Charia

Opérateur : société d'assurance qui veille sur la gestion du fonds Takaful

Participant : l'assuré

Qardh Hassan (prêt de bienveillance) : prêt sans intérêt, ni profit, utilisé pour palier aux déficits enregistrés dans le fonds des participants d'une compagnie d'assurance takaful.

Surplus : Excédent généré par la différence entre les revenus et les charges du fonds Takaful

Sukuk : Billet de trésorerie, similaire à une obligation adossée à un actif, émis par une entreprise, une institution financière ou un Etat souverain.

Fiqh : jurisprudence islamique


Les trois modes opératoires du takaful


Wakala : Mandat donné par une personne à une autre personne, contre le paiement d'une commission, pour faire un travail à sa place. En l'occurrence, l'opérateur reçoit ce mandat pour gérer le fonds takaful. Il est désigné comme Agent-Wakeel. Le pourcentage prélevé sur les contributions, qui est sa rémunération, est appelé "commission wakala".

 

Mudaraba : opérateur et participant entrent ensemble dans un contrat. Ils font une contribution sous la forme d'une donation (Tabarouâ). Il existe donc un partage des profits entre les preneurs d'assurance. En cas de "Mudaraba pure" l'excédent (ou surplus) n'est pas partagé. En cas de "'Mudaraba modifié" il est partagé.

 

Waqf : les participants font un don au fonds géré par l'opérateur contre commission


Les trois interdictions fondamentales en finance islamique



Massir (hasard) : Interdit de réaliser des opérations basées sur la pure spéculation donc de réaliser un profit sans créer de richesse par le travail.

 

Ghârar (aléa ou incertitude) : Se dit d'un contrat aux termes ambigus, incertains, ou dépendant d'événements futurs dont la réalisation est aléatoire.

 

Ribâ (augmentation ou ajout) : Toute augmentation ou tout avantage obtenu par le prêteur et constituant une condition du prêt. Par extension, tout taux d'intérêt, de rendements ans risque ou garanti sur un prêt ou un investissement.






Vendredi 11 Septembre 2015



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Razika Adnani Philosophe et écrivaine. Associée au groupe d'analyse de JFC Conseil

 









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