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Le départ de Syrie de l'armée américaine inquiète Israëliens et Kurdes


Le retrait total et imminent des 2 000 soldats américains présents en Syrie laisse notamment la voie libre à la Turquie pour son offensive annoncée contre les Kurdes alliés des États-Unis. La décision de Donald Trump fait des remous chez lui mais aussi en Israël.


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Depuis quelques semaines, l'armée américaine installait des postes d'observation pour faire tampon entre les Kurdes et les Turcs (photo : US Army)
Depuis quelques semaines, l'armée américaine installait des postes d'observation pour faire tampon entre les Kurdes et les Turcs (photo : US Army)
SYRIE. "Nous avons gagné ! Nos garçons, nos jeunes femmes, nos hommes, ils rentrent tous, et ils rentrent tous maintenant." C'est par ses mots que Donald Trump a confirmé, via une vidéo publiée sur Twitter, le départ de l'armée américaine de Syrie. Il précise, "nous avons vaincu Daech en Syrie, ma seule raison d'y rester pendant la présidence Trump."

Selon un communiqué de la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, les Etats-Unis ont déjà "commencé à rapatrier les forces américaines car les Etats-Unis ont vaincu le califat territorial (...) Nous commençons à faire la transition vers la prochaine phase de cette campagne." Elle précise cependant que ceci "ne signale pas la fin de la coalition ou de sa campagne (....) Nous restons prêts à nous réengager à tous les niveaux pour défendre les intérêts américains." C'est le sens aussi, mais en plus nuancé sinon en plus direct, de la communication du Pentagone pour qui "la campagne contre l'EI n'est pas terminée."

Washington parle bien d'un "retrait total" qui s'engagera "aussi rapidement que possible".

Une décision à contre-courant

Le retrait des soldats américains de Syrie sera rapide (photo : US Army)
Le retrait des soldats américains de Syrie sera rapide (photo : US Army)
Reste que la décision du président va à contre-courant des précédentes déclarations de responsables américains. Brett McGurk, émissaire américain pour la coalition internationale contre Daech indiquait voici quelques jours seulement, "même si la fin du califat en tant que territoire se trouve désormais à portée de main, la fin de l'EI prendra beaucoup plus de temps."

Evoquant "des cellules clandestines, et personne n'est naïf au point de dire qu'elles vont disparaître immédiatement", il précisait que les Américains pourraient rester longtemps sur le sol syrien. Même message de Jim Mattis, ministre américain de la Défense, qui craignait, avant la déclaration présidentielle, que le départ de ses soldats "laisse un vide qui puisse être exploité par le régime d'Assad ou ses soutiens." Il visait bien entendu en premier lieu le régime de Bachar al-Assad mais aussi ses alliés que sont la Russie et l'Iran.

5 200 soldats demeurent cependant stationnés dans l'Irak voisin.

Les Kurdes abandonnés à leur sort

Si ce départ des Etats-Unis du sol syrien satisfait le régime de Bachar al-Assad qui le réclamait depuis plusieurs mois, il ne va pas manquer d'avoir des conséquences du côté d'israël et des milices kurdes présentes à l'Est de l'Euphrate.

Pour Wendy Sherman, ancienne négociatrice américaine de l'accord sur le nucléaire iranien (annulé par Donald Trump), "retirer nos troupes de Syrie ne constitue pas une stratégie pour le Moyen-Orient. Il y a eu des progrès sur l'EI, mais la Russie reste à la manoeuvre, Israël se trouve toujours en danger et Assad, dirigeant cruel, est conforté. Pas de véritable stratégie sur l'Iran (...) Beaucoup de questions. peu de réponses."

En indiquant vouloir chasser les Unités de protection du peuple kurde (YPG) de sa frontière, Recep Tayyip Erdogan se heurtait jusqu'à aujourd'hui à la présence des Etats-Unis à leurs côtés. Le président turc considère l'YPG comme une organisation terroriste à cause de ses liens supposés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qu'il combat depuis 1984 sur son propre sol.

Dans leur guerre contre l'Etat islamique en Syrie au sein des Forces démocratiques syriennes (SDF - constituées de milices kurdes et arabes), les Kurdes s'appuyaient sur les 2 000 soldats américains des forces spéciales positionnés au Nord du pays. Leur départ entamé, l'obstacle est levé pour Ankara. D'autant plus que le 17 décembre 2018 le président turc se félicitait d'avoir le feu vert de Donald Trump pour lancer son offensive contre les Kurdes.

En Israël, le retrait des Américains de Syrie remet en cause bien des choses. " Nous étudierons le calendrier de sa mise en oeuvre, les moyens et, certainement, les conséquences pour nous. En tout cas, nous veillerons à assurer la sécurité d'Israël et à nous protéger des menaces depuis cette direction (ndlr : de la Syrie)", commentait, mercredi 19 décembre 2018, Benjamin Netanyahou.

Le premier ministre israélien voit surgir la menace du Hezbollah et de l'Iran, alliés du régime syrien et ennemis de son pays. Durant le conflit syrien, Israël n'a pas hésité à lancer des frappes sur la Syrie contre des positions du Hezbollah et des convois d'armes. Le "parapluie" américain replié, il va devoir revoir sa stratégie.


Jeudi 20 Décembre 2018

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Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d’analyse de JFC Conseil
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