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Le déficit budgétaire 2022 tunisien annoncé à 9,7% du PIB contre 6,7% prévus


Rédigé par , le Vendredi 20 Mai 2022 - Lu 1063 fois

La Banque centrale de Tunisie tente d'enrayer à la fois l'inflation et son déficit budgétaire, alors que le pouvoir d'achat ne cesse de baisser dans le pays à l'aune de l'augmentation permanente des prix. L’État tunisien compte sur un prêt du Fonds monétaire international conditionné à des réformes impopulaires, d'autant plus que le Président de la République a pris les pleins pouvoirs depuis près d'un an. English version


La forte augmentation des prix va pousser l'inflation en Tunisie et creuser le déficit budgétaire (photo: F.Dubessy)
La forte augmentation des prix va pousser l'inflation en Tunisie et creuser le déficit budgétaire (photo: F.Dubessy)
TUNISIE. Selon la Banque centrale de Tunisie (BCT), le déficit budgétaire devrait atteindre les 9,7% du Produit intérieur brut (PIB) du pays contre 6,7% prévus précédemment. L'institution explique ce gap par la hausse du dollar (le dinar tunisien a été déprécié de 7% par rapport  la monnaie américaine) et la forte augmentation des prix des céréales et de l'énergie.

Selon le gouverneur de la BCT, Marouan Abassi, qui s'exprimait vendredi 20 mai 2022 à Sfax, "un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) devient impératif." Il affirme que la Tunisie a en effet besoin d'un financement supplémentaire de 5 milliards de dinars tunisiens (1,55 mrd€) en 2022, en raison des effets de la guerre en Ukraine, précise-t-il. Ceci porte les besoins du pays en la matière à 25 milliards de dinars (7,75 mrds€) pour boucler son budget. Et il sera difficile d'aller les chercher sur place alors qu'une crise économique, sociale et même politique sévit en Tunisie.

Le pays doit faire face à une forte inflation. Elle se trouve, selon les chiffres de l'Institut national de la statistique (INS) en augmentation de 7,5% en avril 2022, 7,2% en mars et 7% en février). Mais aussi à une forte baisse du pouvoir d'achat. Le prix des produits alimentaires a augmenté de 8,7% en avril 2022, principalement à cause de la hausse du prix des œufs, (+20,4%), des huiles alimentaires (+20,4%), des fruits (19,5%) et des légumes frais (+12%). Celui des services a également progressé de 4,8% poussé par la hausse des prix dans les restaurants, cafés et hôtels (+7,2%) et de la santé (+3,4%).

Augmentation programmée des denrées alimentaires

Voici quelques jours, Elyes Hamza, ministre tunisien de l'Agriculture, révélait que le gouvernement tunisien préparait une augmentation du prix des denrées alimentaires, notamment le lait, les œufs et la volaille pour répondre à une demande insistante des agriculteurs fortement soumis à l'augmentation des prix des aliments pour animaux depuis la guerre en Ukraine. Et qui entende la répercuter. Depuis plusieurs mois, le président tunisien Kaïs Saïed lutte contre la spéculation sur les produits alimentaires qui aggrave encore plus les choses. Début mars 2022, le chef de l'État annonçait vouloir engager "une guerre sans merci contre ces spéculateurs qui visent à affamer les Tunisiens et à porter atteinte à la paix sociale."

Les prix de l'électricité et du gaz devraient connaître un réajustement de respectivement +12 et +16% selon la Société tunisienne d'électricité et de gaz (STEG).

Dans cette conjoncture, le Conseil d'administration de la Banque centrale de Tunisie a décidé le 17 mai 2022 de relever le taux directeur de soixante-quinze points de base à 7,0% à compter du 18 mai 2022. Ceci va induire un relèvement des taux des facilités de dépôt et de prêt marginal, respectivement à 6,0 % et à 8,0 %. Dans le même temps, la BCT relève le taux minimum de rémunération de l'épargne de cent points de base. il atteindra donc les 6%.

La Tunisie souhaite un prêt de 4 mrds€ du FMI

Ce resserrement de sa politique monétaire, destinée à contrer les tendances inflationnistes, répond à une constatation: "Malgré la révision à la baisse de l’activité mondiale, les prix continuent à évoluer au gré des développements de ladite crise du fait que l’envolée quasi généralisée des prix internationaux des produits de base et les troubles persistants au niveau des chaînes d’approvisionnement se sont accentués, attisant les pressions inflationnistes au niveau de toute la chaine des prix. Ces pressions pourraient revêtir un caractère plus durable que prévu", pointe un communiqué de la BCT.

Le déficit courant s'est élevé à -2,7% du PIB au cours des quatre premiers mois de 2022, contre -1,7% en 2021. La détérioration du solde commercial explique ce recul, alors que les réserves de changes se situent à 23,65 milliards de dinars (124 jours d'importations) et qu'elles se trouvaient à 23,31 milliards de dinars (133 jour) à la fin de l'année 2021.

Les pourparlers sont déjà engagés avec le FMI pour tenter d'obtenir un prêt d'un montant souhaité de 4 mrds$ (3,79 mrds€). Reste que l'institution de Bretton Woods réclame des réformes contre cet argent frais. Elles doivent porter, notamment sur la réduction des dépenses, le gel des salaires, la suppression des subventions. La population n'étant pas prête à les accepter, les dirigeants auront bien du mal à les faire avaler. Surtout dans les circonstances actuelles. Mais le Conseil de la BCT soulignait encore, le 16 mai 2022, la "nécessité d’entreprendre, dans les plus brefs délais, les réformes structurelles nécessaires permettant de remettre la croissance économique sur une tendance haussière afin d’assurer la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette publique".

"L’implémentation des réformes ne sera pas facile, mais elle n’est pas impossible"

Lors d'un entretien accordé vendredi 20 mai 2022 à France 24, Samir Saïed s'est voulu rassurant sur ce sujet. Pour lui, il est normal que les discussions avec le FMI prennent du temps. "Il s’agit d’une assurance permettant de garantir les conditions de réformes ayant été retardées depuis longtemps. Aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation de mener ces réformes et nous n’avons plus droit à l’erreur. Je pense qu’il s’agit d’une question de semaines avant de conclure un accord avec l’institution financière en question", indiquait le ministre tunisien de l'Économie et de la Planification.

Dévoilant que le Fonds monétaire international avait exprimé sa satisfaction par rapport à la préparation des réformes par le gouvernement, il a affirmé ne pas "nier les problèmes auxquels nous faisons face actuellement, mais l’économie tunisienne ne risque pas de s’effondrer (...) l’implémentation des réformes ne sera pas facile, mais elle n’est pas impossible.

L'Union générale tunisienne du travail (UGTT) a fait savoir qu'elle refusait ces réformes Le syndicat a même réclamé le démarrage de nouvelles négociations sociales pour les salaires du secteur public. Il menace de déclencher une grève nationale dans les services publics et les entreprises d'État s'il n'obtient pas gain de cause.

Des législatives en décembre 2022

Rappelons qu'onze ans après sa révolution, la Tunisie se trouve dans une situation délicate du point de vue de sa gouvernance. Le président Kaïs Saïed, élu en octobre 2019, a décidé de prendre les pleins pouvoirs en juillet 2021 en décidant successivement de limoger son Premier ministre Hichem Mechichi (depuis remplacé, en septembre 2021, par Naja Bouden Rhomdane), prononçant le gel des activités de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP- Assemblée Nationale) et la levée de l'immunité des députés, puis la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature en février 2022.

Le président de la République tunisienne a réaffirmé, mi-avril 2022, qu'il promettait qu'un référendum populaire serait organisé le 25 juillet 2022 et que des élections législatives se tiendraient bien en décembre 2022, sur la base d'un nouveau mode de scrutin. Si Kaïs Saïed n'en a pas précisé les détails, il a assuré qu'il serait organisé "avec la participation de toutes les parties, pour exprimer leurs opinions et points de vue quant à la nature du régime politique."

Lire aussi: La Berd prévoit un ralentissement de la croissance économique au Sud et à l'Est de la Méditerranée
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