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Le coronavirus s'invite dans la guerre civile libyenne sans la mettre en quarantaine


Guerre civile, ingérence de plusieurs pays dans le conflit, crise économique avec l'arrêt des champs pétrolifères, la Libye doit désormais affronter un nouveau problème : l'arrivée du Covid-19.


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Les campagnes sur la protection contre le coronavirus débutent (affiche : NCDC)
Les campagnes sur la protection contre le coronavirus débutent (affiche : NCDC)
LIBYE. En Libye, le premier cas officiel de coronavirus a été dévoilé le 30 mars 2020 sur une personne de soixante-treize ans de retour du petit pèlerinage Omra en Arabie saoudite. Après avoir assisté à une fête familiale, l'homme s'est rendu, par ses propres moyens, à l'hôpital général Al-Hadba de Tripoli. Il se trouve toujours à l'isolement dans une chambre.
L'association de secours Isaaf a tiré le signal d'alarme craignant une "pandémie rampante, faute de contrôle", indique Ali Misrati, son président cité par le journal algérien El Watan.

Les derniers chiffres du Centre national libyen pour le contrôle des maladies (NCDC) datant du mardi 31 mars 2020 au soir, font état de dix cas confirmés, zéro décès, 126 cas suspects, 136 échantillons examinés et 139 cas de quarantaine dans ce pays de six millions d'habitants.
Si les frontières terrestres, maritimes et aériennes ont été fermées et que la Libye se trouve de fait isolée par le conflit et le confinement mondial, la guerre civile a détruit la plupart des structures sanitaires du pays et empêche toute mise en place d'une politique efficace. La situation ne facilite pas le décompte des personnes contaminées et donc leur isolement du reste de la population. Le NCDC entend cependant bien montrer qu'il maîtrise la situation. Il multiplie ses conseils de protection contre la pandémie (voir ci-dessus) sur les réseaux sociaux et propose même un site dédié publiant un bilan régulier. Les déplacements forcés des civils libyens à cause des combats s'avère aussi problématique.

Le Centre national libyen pour le contrôle des maladies a dû, mercredi 1er avril 2020, se fendre d'un communiqué pour rejeter des rumeurs florissantes sur les réseaux sociaux d'un premier patient guéri du Covid-19. Les propagateurs mettait en avant une information de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). "L'OMS ne signale pas les cas de coronavirus sans contact préalable avec le Centre national de contrôle des maladies", indiquait Mohammed Al-Jazwi, président du NCDC. Selon lui, "les derniers échantillons prélevés sur les patients mardi étaient positifs. Pour être guéri, il faut qu'ils soient négatifs", poursuivait-il. Mohammed Al-Jazwi entend poursuivre "ceux qui publient de fausses nouvelles sur les cas de coronavirus en Libye et les pages ou les journalistes, ainsi que les médecins qui publient les noms des personnes testées positives pour le virus."

Réponses différentes au coronavirus à l'Est et à l'Ouest du pays

Le NCDC tente de gérer l'information sur le coronavirus (photo : NCDC)
Le NCDC tente de gérer l'information sur le coronavirus (photo : NCDC)
"Une halte dans les hostilités est une nécessité absolue pour fournir aux autorités publiques de santé à travers la Libye une opportunité de collaborer dans un esprit de cohésion nationale pour contenir et surmonter cette épidémie", demandait ce dernier week-end Richard Nordland, ambassadeur américain en Libye, dans une lettre ouverte aux deux parties.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires en Libye (OCHA Libya), département de l'Onu, "la santé et la sécurité de tous les Libyens, incluant les 345 000 les plus vulnérables, se trouve en danger".  Une éventuelle flambée de cas submergerait les possibilités sanitaires du pays.

Mais, la fraction de la guerre civile, qui fait rage depuis 2011 et l'assassinat de Mouammar Khadafi, continue à s'auto-alimentée même dans le dossier du Covid-19.
Tripoli, où est basé le gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj - reconnu par l'Onu - a décrété, le 21 mars 2020, un couvre-feu de 18h à 6h. Il a fixé les horaires d'autorisation de circulation des citoyens de 7h à 14h. L'administration continue de travailler de 9h à 14h (au lieu de 16h).
Les autorités de Tobrouk à l'Est - disposant d'un parlement élu en juin 2014 et appuyées par les forces armées de l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar et des milices affiliées - a lui imposé, le 23 mars 2020, un couvre-feu général applicable du 25 mars au 3 avril 2020.  

Les pays voisins du Maghreb ont déjà pris des mesures radicales pour se protéger. Ils craignent aujourd'hui que la Libye exporte le coronavirus chez eux. Depuis des années, les Libyens préfèrent venir se faire traiter dans les hôpitaux tunisiens.
La porosité des frontières communes avec l'Algérie et la Tunisie n'incite pas à l'optimisme. Le premier patient recensé touché par le coronavirus était d'ailleurs revenu dans son pays via la frontière tunisienne.

Le Covid-19 vient ainsi faire barrage à la tenue des diverses réunions pour tenter de trouver une solution politique, et donc pacifique, au conflit. D'autant plus que la démission de Ghassan Salamé, envoyé spécial de l'Onu pour la Libye, a créer un vide dans la dynamique de la médiation.

L'UE veut faire respecter l'embargo

Mardi 31 mars 2020, Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan réclamait, après un échange téléphonique, un cessez-le-feu en Libye comme en Syrie face à la pandémie. Reste que le président turc, allié officiel depuis janvier 2020 du GNA, a ordonné dans le même temps aux mercenaires qu'il a recruté en Syrie plusieurs actions contre les forces de Khalifa Haftar et utilise la puissance de ses drones pour tenter de freiner l'ANL. La Turquie, elle n'est pas la seule, viole d'ailleurs l'embargo sur les armes proclamé dans une résolution de l'Onu et accepté par les deux différentes parties dans la déclaration finale de la conférence de Berlin en janvier 2020.

Mardi 31 mars 2020, l'Union européenne a donc débuté une opération navale (EUNAVFOR MED IRINI), commandée par un amiral italien, pour mieux contrôler cet embargo en inspectant des navires au large des côtes libyennes. "Seules des solutions politiques et le plein respect de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU apporteront une solution à la crise libyenne. Mais la diplomatie ne peut réussir que si elle est appuyée par l’action. Cette opération sera essentielle et contribuera clairement à promouvoir la paix dans notre voisinage immédiat grâce à un cessez-le-feu permanent", indique Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Quelques jours avant, Antonio Guterres, secrétaire général de l'Onu, lançait lui un appel à cessez-le-feu mondial dans tous les pays en conflit.

Las, l'offensive "tempête de la paix", amorcée jeudi 26 mars 2020 par Fayez el-Sarraj pour se sortir de l'étau resserré depuis précisément un an par Khalifa Haftar autour de Tripoli, se poursuit. Et s'intensifie même. Vendredi 27 mars 2020, un drone du GNA détruisait la salle des opérations de l'ALN touchant mortellement plusieurs de ses cadres. Le maréchal a répondu par l'opération "aigles de l'enfer" et concentre ses raids aériens sur les positions des milices de Misrata à Abu Qurayn, près de Syrte.

Crise sanitaire, conflit sanglant, mais aussi crise économique renforcée avec le quasi-arrêt de la production dans les champs de pétrole (80% des ressources du pays) depuis onze semaines. Des tribus affiliées à l'ANL continuent à les bloquer pour faire pression sur les finances du gouvernement soutenu par l'Onu. L'opération navale européenne EUNAVFOR MED IRINI aura également comme mission de surveiller les exportations illégales alors que la NOC, la compagnie nationale libyenne en charge des hydrocarbures, n'en n'est plus maître. Quand elle le redeviendra, Covid-19 oblige, elle se trouvera confrontée à un prix du baril en forte baisse.

La rédaction
Jeudi 2 Avril 2020

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