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Dossier Covid-19 - 3.7 Mo - 19/06/2020

Le coronavirus aggrave la situation économique du Liban mais résout la crise politique en Israël


La Covid-19 est venue aggraver les situations économiques et sociales déjà détériorées dans les principaux pays de la rive Est de la Méditerranée, notamment à cause de l'afflux de réfugiés syriens. Seule exception, Israël où, au nom de la lutte contre la pandémie et après un an de crise, un gouvernement d'union et d'urgence nationale a pu enfin voir le jour.


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La Jordanie a été l'un des pays les plus réactifs pour prendre des mesures pour enrayer le coronavirus (photo : F.Dubessy)
La Jordanie a été l'un des pays les plus réactifs pour prendre des mesures pour enrayer le coronavirus (photo : F.Dubessy)
DOSSIER SPECIAL COVID-19. La Jordanie a été l'un des pays les plus réactifs de sa région face à la pandémie. Dès le 23 février 2020, alors que le premier cas ne sera enregistré que le 2 mars 2020, Amman interdisait son territoire aux voyageurs venus de Chine, d'Iran et de Corée du Sud. Puis le 25 février aux passagers en provenance d'Italie. Avant de stopper tous les vols à compter du 17 mars et d'imposer une quarantaine dans des hôtels d'Ammam et situés près de la Mer Rouge, loués aux frais du gouvernement et réservés aux ressortissants de retour au pays.

S'ajoutait à cela un confinement et la fermeture de tous les lieux publics, y compris les mosquées, des entreprises publiques et privées. Ainsi qu'un couvre-feu. Le gouvernement s'est engagé à fournir les soins de santé nécessaires à tous les Jordaniens, quel que soit le type d'assurance médicale dont ils disposent, et même en l'absence de couverture. Un fonds de secours dédié à l'éradication du coronavirus permet de recevoir des dons locaux ou étrangers.

Le fléchissement plus rapide de la courbe de progression des cas de Covid-19, par rapport à ses voisins, montre que cette stratégie a portée ses fruits. Tout comme celle d'une communication tous azimuts avec notamment la création d'un site d'information officiel sur le coronavirus et le lancement d'un centre national pour coordonner les actions relatives à la Covid-19.

Amman a pu percevoir le 25 mars 2020 une tranche initiale de 140 M$ d'un prêt sur quatre ans déjà prévu et accordé par le Fonds monétaire international (FMI), fort utile pour mieux gérer la crise.
 
La banque centrale jordanienne a autorisé les banques à restructurer les prêts des particuliers et des entreprises tout en injectant plus de 550 millions de dinars (686 M€) dans l'économie. Une aide a été consentie aux travailleurs journaliers tandis que les arrêts de travail obligatoires à cause du virus étaient considérés comme des jours de congés officiels, obligeant les employeurs à continuer à verser les salaires. Le paiement de toutes les taxes concernant des produits (d'importation ou domestiques) dans le domaine de la santé est reporté à la fin de l'année 2020.


La pandémie touche une économie libanaise déjà exsangue

Au 13 avril 2020, soit cinquante-deux jours après son premier cas, selon l'association des économistes euroméditerranéens (Emea), le Liban était le seul pays de la région à disposer d'un taux de décès supérieur à celui des rémissions. 3,16% contre 1,27% pour 632 cas confirmés. Israël affichait lui des ratios respectifs de 11,23 et 15,03 pour exactement le même nombre de jours. Et ce malgré une décision de confinement obligatoire prise au Liban bien en amont par rapport aux autres pays de la région.

Déjà plongé dans une crise économique et politique sans fin, le pays de 4,5 millions d'habitants a dû annoncer, début mars 2020, un défaut de paiement de l'État et demander un rééchelonnement de sa dette. Doté d'un système public de santé sous-développé, le pays a eu une réponse limitée au coronavirus. Le gouvernement n'a pas pu être présent sur les mesures de soutien aux entreprises déjà asphyxiées par la situation du pays, laissant craindre une succession de faillites et une aggravation des problèmes sociaux. Il s'est concentré sur les particuliers. La banque centrale du pays du Cèdre a ainsi approuvé la réallocation de 40 M$ (35,3 M€) pour augmenter les capacités de tests et de traitement de la Covid-19 dans les établissements médicaux. Le Liban ne disposait deux mois après l'épidémie que de 1 185 respirateurs artificiels dont 86% se trouvaient dans les hôpitaux privés selon le ministère libanais de la Santé.

La Banque alimentaire libanaise est venue au secours des plus défavorisés en distribuant des colis de nourriture grâce à des dons privés en nature et monétaires.


Un gouvernement d'union en Israël grâce à la Covid-19

La Turquie a réouvert ses bazars (photo : GT)
La Turquie a réouvert ses bazars (photo : GT)
En Israël, la progression de la Covid-19 aura au moins permis d'assurer un dénouement, si insolite qu'il soit, à l'instabilité politique qui durait depuis un an. Le pays, menacé par une quatrième élection législative en douze mois et un premier ministre sortant devant répondre de corruption devant la justice, s'est donné un nouveau gouvernement d'union et d'urgence nationale mi-mai 2020. La lutte contre le coronavirus a agit comme un ciment entre les ex-rivaux Benjamin Netanyahou et Benny Gantz. Le premier conservant son poste mais acceptant de le céder, dans dix-huit mois, à son désormais premier ministre alternant. Durant six mois, aucune législation sans rapport avec la lutte contre la Covid-19 ne sera votée sans l'accord des deux "premiers ministres".
 
Dès la réouverture des premiers musées début juin 2020, et en attendant celle des frontières synonyme du retour des touristes internationaux, le nouveau gouvernement israélien a débloqué 300 millions de shekels (77 M€) d'aide pour l'industrie touristique (80 000 salariés). Une somme bienvenue pour relancer ce secteur représentant 3% du PIB, déjà malade quand la pandémie est venue le sur-infecter. Selon le ministère israélien du tourisme, entre janvier 2020 et mars 2020, les arrivées se trouvaient déjà en baisse de 30% par rapport à la même période en 2019. Sur le seul mois de mars 2019, elles ont dégringolé de 81%.

Principale porte d'entrée du pays, l'aéroport Ben Gourion ne pourra reprendre ses activités habituelles qu'en juillet 2020. La compagnie nationale El Al, en difficulté déjà en 2019 et réclamant un emprunt garanti par l'État d'un montant équivalent à 355 M€, n'a toujours pas repris ses vols. En attendant, les hôtels ciblent la clientèle locale.
 
La Turquie a été l'un des derniers pays méditerranéens touchés par la pandémie (premier cas le 9 mars 2020) et l'un des plus affectés derrière Israël et l'Égypte. La TIKA, l'agence turque de coopération et de développement, a lutté contre le développement de la Covid-19 en envoyant des masques, des gants, des machines de stérilisation et du matériel médical dans plusieurs pays de la région : au Liban, en Tunisie, dans les Balkans et même en Espagne. Au point que certains journaux ont même évoqué une "Covid-diplomatie".

Le 1er juin 2020, Ankara levait la plupart des restrictions imposées depuis fin mars pour lutter contre le coronavirus. Avec une ouverture emblématique : celle du Grand Bazar d'Istanbul (3 000 boutiques).


Mercredi 17 Juin 2020
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