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Le casse-tête des privatisations en Grèce


Le programme de privatisation exigé par les créanciers de la Grèce se trouve remis en question depuis l'arrivée au pouvoir de Syriza. Mais la marge de manœuvre reste faible pour le nouveau ministre grec des finances Yianis Varoufakis qui doit également composer avec ses alliés au gouvernement.


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Nadia Valabani en charge des privatisations (photo A.Kourounis)
Nadia Valabani en charge des privatisations (photo A.Kourounis)
GRÈCE. Les privatisations cristallisent en Grèce toutes les difficultés pour le gouvernement Tsipras à rester fidèle à ses engagements, tout en donnant des gages de bonne volonté à ses créanciers. Porté par sa victoire à l'ampleur inattendue et mue par une logique de gauche, l’équipe au pouvoir a annoncé, via la vice-ministre des Finances, Nadia Valavani, la démission du Conseil d’administration de l’Agence chargée des privatisations, la très controversée Taiped. C’était le 27 janvier 2015. Date à laquelle Panayiotis Lafazanis, de la plate-forme la plus à gauche du Syriza et ministre de la Reconstruction de la Productivité de l’Environnement et de l’Énergie, claironnait fièrement "Les privatisations , c'est fini" et où le ministre de la Marine marchande, Theodore Dritsas, parlait du "caractère public" du port du Pirée.
 

En fait, aujourd’hui, la situation demeure moins tranchée. Si le Conseil d’Administration du Taiped reste toujours là, si le catalogue des biens à privatiser se trouve toujours en place sur Internet, toute privatisation est gelée jusqu’en juin 2015, sur décision de Nadia Valavani qui refuse de communiquer sur le sujet. Joint par téléphone, son responsable de cabinet déclare, "nous n’avons rien à dire, tous les dossiers sont ouverts", et ce, alors que Syriza a déclaré vouloir arrêter la privatisation des "biens d’utilité comme les sociétés publiques de distribution d’eau, Eydap, et d’ électricité, DEI."
 

Aris Kalipoltis, membre du Taiped, est abasourdi, « On nous a demandé de ne plus réunir le Conseil d'Administration. Nous ne savons pas quoi faire, tout est bloqué ». Sauf qu'à Bruxelles, à chaque Eurogroupe, Athènes répète que les privatisations passées faites dans le cadre de la loi seront respectées et que les autres seront réexaminées. Aris Kalipolitis dément formellement, "Il semble que le ministre des Finances Yanis Varoufakis dise une chose à Bruxelles et qu'ici Madame Valavani en charge du dossier décide autre chose."

La continuité de l’État

Estimé à 5 mrds€, le site d'Helleniko a été vendu 900 M€ (photo A.Kourounis)
Estimé à 5 mrds€, le site d'Helleniko a été vendu 900 M€ (photo A.Kourounis)
Pour Miranda Xafa, ancien membre du gouvernement conservateur de Constantin Mitsotakis dans les années 90, toute cette cacophonie est "un très mauvais signal pour les investisseurs. Il faut une continuité de L’État. Un nouveau gouvernement ne peut venir et dire qu’il va annuler ou même reconsidérer les engagements pris par le précédent." Et cette chercheuse économiste du CIGI, un think tank libéral, de donner l’exemple de la privatisation de quatorze aéroports régionaux du pays remportée en novembre 2014 par un consortium gréco allemand pour 1,23 mrd € désormais gelée. "L’État grec n’a pas les moyens de moderniser ces aéroports. Rénovés, ils créeront des emplois et bénéficieront au tourisme qui, lui, fera entrer de l’argent dans les caisses de l’État. Pourquoi bloquer cette vente ?"
L’une des réponses pourrait être, selon une source proche du dossier, "parce que ce consortium fait payer à l’utilisateur sa mise de départ via une augmentation des taxes et du prix du billet d’avion, alors où est le réel  investissement ?

C'est tout le problème de ces privatisations.

Un inventaire des biens

Le bâtiment du Taiped à Athènes (photo A.Kourounis)
Le bâtiment du Taiped à Athènes (photo A.Kourounis)
L’ancien gouvernement socialo-conservateur avait promis pour 50 mrds € de privatisations. Aéroports, routes, plages, marinas, mines, sources thermales, complexes hôteliers, et même terrains situés dans des réserves Natura 2000, tout a été mis en vente dans une opacité dénoncée par plusieurs ONG et l'ensemble de l'opposition de l'époque. Au sein du Taiped, une source, qui veut   garder l'anonymat, explique que "Ces 50 milliards relevaient de la boutade mais nous avons été pris au mot. C 'est idiot. 50 milliards c'est irréalisable tout le monde le sait."
Peut-être mais les créanciers s'y accrochent et pour cause.
 
Le produit de ces privations doit aller directement sur un compte à Londres en vue de la réduction de la dette. Ceci expliquant cela le FMI reste particulièrement intransigeant sur la question. À tel point que le ministre des Finances, Yianis Varoufakis, a dû monter au créneau. "Nous ne sommes pas dogmatiques sur la question" souligne-t-il. "Nous sommes pour les privatisations qui se font en co-entreprise avec le service public et qui apportent des investissements importants, là où L’État n’est pas en mesure de les apporter. Qui augmentent la richesse publique et en même temps servent les intérêts des privés. Mais, je reste catégoriquement contre les privatisations qui se bornent à vendre coûte que coûte la fortune de l’état, fortune qui avait beaucoup baissé en valeur à cause de la crise de la dette publique."

D’où l’initiative du gouvernement de faire un inventaire des richesses du pays afin de protéger et valoriser son patrimoine. Jusqu’ à présent, seules trente et une transactions ont été enregistrées au Taiped, la plupart au détriment de l’État grec, comme la vente de l’ancien aéroport d’Athènes. Estimé à 5 mrds €, il a été vendu 900 M€, payables en trois fois. Ou la Centrale des jeux qui générait un énorme bénéfice pour l‘État, vendue aussi en deçà de sa valeur. La vente des biens immobiliers de L’État à l’étranger semble bien marcher. Mais, nous sommes loin du milliard promis aux créanciers courant 2016.


Hippodrome d’Athènes: l’État m'a tué

L'hippodrome d'Athènes ou l'histoire d'un gâchis (photo T.Iacobi)
L'hippodrome d'Athènes ou l'histoire d'un gâchis (photo T.Iacobi)
L'hippodrome d'Athènes demeure le parfait exemple du gâchis dans cette affaire de privatisations. 
Avant les JO de 2004, l'hippodrome d'Athènes se trouvait en bord de mer dans la banlieue sud de la capitale, au vieux Phalére, à environ quinze minutes du centre en voiture. Le bus amenait les joueurs plusieurs fois par jour jusque devant les pistes. Tous les jours des courses se déroulaient avec plus de vingt chevaux. Employant 265 salariés, l'hippodrome était tellement rentable qu'avec ses gains l'État grec a construit, entre autres, le ministère de la Culture et celui flambant neuf de la Presse avenue Sigrou. "Les gens venaient jouer. C'était une sortie et l'État gagnait beaucoup d'argent" se rappelle Nikos Kapsalas, directeur de l'hippodrome. Mais c'était avant !

Avec les JO de 2004, les Grecs ont vu grand, trop grand. Tellement grand que c'est invendable et ingérable.
L'actuel hippodrome, l'un des plus étendu d'Europe, se trouve à cinquante cinq kilomètres de la capitale à l'extrême nord de la banlieue d'Athènes à Markoupoulo. Le métro va jusqu'à l'aéroport d'Athènes, à Spata, et après, pour les quinze kilomètres restants, rien n'est prévu. Ni bus, ni tram, ni même une navette, rien ! Du coup, les joueurs désertent les pistes et actuellement l'hippodrome ne propose qu'une seule course par semaine avec moins de six chevaux. Et encore, pas toutes les semaines.

Le PMU (Pari mutuel urbain) français s'est intéressé au rachat de ce nouvel et superbe, il faut le dire, hippodrome. Il voulait mettre 2 M€ par an pour la location du grand panorama qui domine les pistes et au moins environ 20 M€ supplémentaires pour l'exploitation des jeux. Mais, pas question de prendre en charge l'entretien des bâtiments, jardins, et pelouses qui nécessitent plusieurs dizaines d'employés et ce d'autant que les joueurs se font rares. L'affaire a capoté au bénéfice d'un consortium greco-tchèque qui, pour 43 M€ sur vingt ans, a obtenu les droits d'exploitation des jeux. Plus, pour 2 M€ par an, l'exploitation du grand panorama avec l'entretien des bâtiments compris. " L'Etat reste propriétaire du bien" souligne Nikos Kapsalas. "Mais, il ne va pas gagner autant qu'il gagnait c'est certain" précise-t-il. D'où le gel de cette opération, pourtant en phase finale.

L’État retoque

La magnifique vue du Astera Vouliagmeni (photo A.Kourounis)
La magnifique vue du Astera Vouliagmeni (photo A.Kourounis)
Dernier soubresaut dans le chaos des privatisations, l'affaire du complexe super-luxueux d'Astera Vouligemeni à trente kilomètres au sud d'Athènes à la presqu'île de Vouliagmeni.

Le Conseil d'Etat vient de retoquer sa vente. Ou plutôt de limiter son exploitation puisqu'il est interdit à l'acheteur, qui a déboursé 400 M€, de bétonner la presqu'île plus qu'elle ne l'est déjà. Or, c'est exactement ce que voulait faire l'acheteur, le groupe Latis associé à d'autres investisseurs étrangers, également impliqués dans le rachat de l'ancien aéroport d'Helleniko. Les nouveaux propriétaires s'apprêtaient à construire des bungalow hyper luxueux avec vue imprenable sur la mer Égée.

 


Angelique Kourounis et Thomas Iacobi, à ATHÈNES

Vendredi 13 Mars 2015

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