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Le besoin d’un nouveau cadre d’actions conjointes en Europe pour répondre aux véritables enjeux du chômage

Par Constantin Tsakas, économiste au Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Economiques (FEMISE)



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Constantin Tsakas, économiste au FEMISE
Constantin Tsakas, économiste au FEMISE
Pendant longtemps, les discours ont pointé le rôle des pays du Sud dans la crise de la dette européenne. De fait, les « cures » d’austérité pour les pays les « plus faibles » se sont multipliées ces dernières années, avec leur cortège d’effets négatifs sur les populations, notamment en Grèce et en Espagne.

Mais, il existe des problèmes récurrents, non imputables aux seuls pays du Sud, qu’il faut souligner, entre autres :

- Un traité de Maastricht ambitieux, mais incomplet, menant à une union monétaire sans union politique. De fait, la création d'une banque centrale indépendante aura eu comme conséquence l’endettement des pays membres en devises qu'ils ne contrôlaient pas, les exposant au risque de défaut de paiement suite à la crise de 2007-08.

- Une solidarité entre les États membres qui a mis du temps à se mettre en place, notamment lors de l’application des « plans d’aide » ;

- Des déséquilibres commerciaux qui se sont accentués, rendant des pays comme la Grèce de plus en plus « dépendants » vis-à-vis de leurs partenaires.

Il y a donc un problème de crédibilité des États, en l’absence d’Union politique, qui a longtemps laissé planer les risques de contagion de la crise de la dette. Dans ce contexte, les pays de l’UE sont d’une part entrés en récession, ce qui se traduit par une baisse généralisée de la demande et, doivent d’autre part recourir aux marchés internationaux de capitaux afin que plusieurs de leurs membres ne fassent pas faillite, au risque que cela entraine un effet de contagion généralisée.

Les crises grecque, espagnole, italienne, portugaise doivent être considérées dans le contexte général de crise au sein de l'UE et non pas comme des crises essentiellement nationales. Toutefois, les déséquilibres structurels de ces pays ont contribué à l’approfondissement de la crise et les gouvernements nationaux doivent y remédier. Surtout en Grèce on aperçoit un manque de « relais privé de la croissance » qui est freiné par des problèmes structurels. À titre d’exemple, les procédures nécessaires pour la création d’entreprises sont compliquées en Grèce et en Espagne.

Aujourd’hui les déficits publics ont été considérablement réduits (en Grèce il est attendu à 0,5% en 2013), mais le niveau de la dette est loin d’être soutenable. L’austérité a conduit à des récessions de plus en plus profondes dans le Sud et les ratios de dette sur le PIB ne cessent d’empirer (176% en Grèce VS 112% en 2008, 115% au Portugal VS 67% en 2008…).

Plus important encore, les peuples espagnol et grec souffrent directement des conséquences des politiques d’austérité, avec une montée exponentielle du chômage en particulier chez les jeunes (56,4% des jeunes espagnols au chômage, un taux qui avoisine les 59,2% en Grèce) et leurs sociétés sont proches du point de rupture.

On aperçoit un certain regain de compétitivité, le coût du travail par unité de produit a fortement chuté en 2011-2012 (de 9,2% en Grèce, 5,9% pour le Portugal 5,9% et 2,1% pour l'Espagne), mais cela ne se traduit pas par un véritable gain économique (entre 2008 et 2013, le PIB par habitant aura baissé d’un total de 7,5% en Espagne et au Portugal, de 9,3% en Italie de 23% en Grèce !). Pour cela les pays ont besoin d’améliorer les capacités du secteur privé à participer à la croissance nationale, d’investissement en capital, et d’innovations technologiques…

Des pays comme l’Espagne et surtout la Grèce ont besoin de rétablir un climat de confiance et d’affronter les problèmes structurels…Mais, la question sera de modérer les impacts sociaux ce qui ne sera pas possible sans une vraie politique de soutien au niveau de l’UE. Une action conjointe est donc nécessaire. Depuis l’éclatement de la crise de la dette à la fin de 2009, l'Union européenne aura déboursé plus de 700 milliards d’euros vers les divers mécanismes visant à soutenir les économies et les banques en difficulté, mais presque rien n’a été fait pour lutter contre les effets sociaux dévastateurs de la crise. Plutôt que de se fixer comme objectif de ramener les dettes à un certain niveau, les décideurs politiques devraient réfléchir aux véritables enjeux liés à l’explosion du chômage. Se pose donc un véritable problème de modèle économique : c’est à un nouveau paradigme de croissance et d’action conjointe que l’UE et les états ont besoin de réfléchir.

Le moment est propice, car les perspectives de court terme s’améliorent légèrement (hausse des exports en Espagne et Grèce, entrées record de touristes attendus en Grèce cette année, dette souveraine grecque relevée d'un cran par Fitch…). La nouvelle stratégie devra incorporer un programme de soutien à l'investissement, promouvoir la coopération entre les pays européens, engendrer des investissements pour la modernisation du tissu productif des pays du Sud, renverser la tendance au « brain drain » (ex. l’émigration des travailleurs qualifiés Grecs vers l’Allemagne a augmenté de 43% depuis 2011), offrir des incitations à la consommation pour relancer la demande…

Le rôle des exportations comme révélateur du potentiel de croissance et d’emplois

Les déséquilibres commerciaux n’ont cessé de s’accentuer pendant longtemps, rendant des pays comme la Grèce de plus en plus « dépendants » vis-à-vis de leurs partenaires. Les exportations grecques ont certes augmenté suite à son accession à l’Euro, mais la balance commerciale est restée largement déficitaire ; les partenaires développés ont réalisé un surplus commercial considérable sur les produits en haute valeur ajoutée.

Aujourd’hui, face à l’effondrement de la demande intérieure, de plus en plus d'entreprises se concentrent sur ‌‌les exportations. En Grèce, la valeur totale des exportations pour la période de mai 2012-avril 2013 a augmenté de 12% par rapport à la période de mai 2011-avril 2012 (Hellenic Statistical Authority). Récemment, l'Espagne a enregistré son premier excédent commercial depuis plus de quatre décennies, la balance commerciale a enregistré un excédent de € 635m en mars soit une augmentation de 2% sur 12 mois. Au Portugal, les exportations de biens ont augmenté en avril de 17,3% sur 12 mois (Statistics Portugal).

Les pays du Sud doivent saisir cette occasion et solidifier leur intégration. La préparation d'une stratégie nationale qui cible des secteurs clés est nécessaire, elle devra privilégier l'investissement public comme privé dans des secteurs qui contribuent le plus à l’activité économique, participer à une montée en gamme dans le contenu des exportations, favoriser l’innovation et la productivité, utiliser les fonds communautaires vers les secteurs porteurs d’emplois et de croissance…Certes, on aperçoit déjà un certain regain de compétitivité, le coût du travail par unité de produit a fortement chuté en 2011-2012 (de 9,2% en Grèce, 5,9% pour le Portugal et 2,1% pour l'Espagne). Cependant, on ne peut pour l’instant envisager une réelle reprise, car cela ne se traduit pas par une augmentation de l’activité économique.

Rendre plus aisée l’initiative privée

Une barrière à la relance économique réside dans le fait qu’actuellement, l’initiative privée est particulièrement difficile dans des pays comme la Grèce et l’Italie qui ont besoin d’une réforme de leur système et d’une simplification des procédures. À titre d’exemple, en Grèce et en Espagne la création d’entreprise requiert respectivement 11 et 28 jours contre seulement 5 au Portugal et 7 en France. La complexité joue en défaveur d’une reprise rapide. En outre, les questions de transfert de propriété sont extrêmement compliquées en Grèce ce qui ramène le pays au 150e rang dans cet indicateur de facilité des affaires, pas loin de la France qui est aussi en très mauvaise position.

Notons cependant que le Portugal ne semble pas particulièrement concerné, enregistrant une performance globale qui s’avère supérieure à celle de la France.

Des pays comme l’Espagne et surtout la Grèce ont besoin de rétablir un climat de confiance et d’affronter les problèmes structurels… Ils ont besoin de se tenir du côté des PME et de l'entrepreneuriat, rendre plus aisée l’initiative privée, établir une administration publique fonctionnelle… Mais, tout cela ne servira pas à grand-chose sans une vraie politique de développement au niveau de l’UE.

Une action conjointe pour relancer l’activité

Cette dernière doit réfléchir à une stratégie qui considère les besoins de court terme et assure la croissance de long terme. Le moment est propice, car les pays du Sud n’ont cessé de faire des efforts et les perspectives de court terme s’améliorent légèrement (hausse des exports en Espagne et Grèce, entrées record de touristes attendus en Grèce cette année, dette souveraine grecque relevée d'un cran par Fitch…), mais le long terme est incertain avec une situation sociale qui dégénère.

La nouvelle stratégie devra incorporer un programme de soutien à l'investissement, promouvoir la coopération entre les pays européens, engendrer des investissements pour la modernisation du tissu productif des pays du Sud, renverser la tendance au « brain drain » (ex. l’émigration des travailleurs qualifiés Grecs vers l’Allemagne a augmenté de 43% depuis 2011), offrir des incitations à la consommation pour relancer la demande…

En définitive, les populations du Sud doivent être convaincues que leurs sacrifices serviront à quelque chose. Prenons le cas de la Grèce, elle doit entreprendre une énième cure d’austérité, qui est destinée d’ici 2020 non pas à assurer une baisse de la dette à des niveaux soutenables ou relancer son économie, mais, à payer des intérêts sur les prêts récemment octroyés et ramener sa dette à ses niveaux de 2009. Les cures précédentes imposées au pays ont été inadaptées comme l’a reconnu récemment le FMI et ont surtout permis aux créditeurs de se décharger de leur part de responsabilité et se prémunir des risques de transmission.

Voir l’article sur les conséquences

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Mercredi 26 Juin 2013




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