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Le Sommet des deux rives fait pschitt


Rédigé par Gérard Tur, le Lundi 24 Juin 2019 - Lu 2693 fois

Les chefs d’État et de gouvernement n'ont pas répondu à l'invitation d'Emmanuel Macron pour le Sommet des deux rives à Marseille. La société civile a pourtant fait son travail et propose près de 300 projets. Quatorze sont retenus. English version


Emmanuel Macron se fait remettre les engagements des ministres (photo : France Diplomatie)
Emmanuel Macron se fait remettre les engagements des ministres (photo : France Diplomatie)
MEDITERRANEE. La Méditerranée ne porte décidément pas bonheur. Toutes les tentatives de créer un espace politique méditerranéen ont fait long feu pour finalement accoucher de réalisations très modestes, à l'image du processus de Barcelone, puis de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Emmanuel Macron a tenté sa chance avec le Sommet des deux rives, censé réunir les dirigeants des dix pays de la Méditerranée occidentale du format 5 + 5 : France, Espagne, Portugal, Maroc, Mauritanie, Algérie, Tunisie, Libye, Italie et Malte.
 
Le Sommet du lundi 24 juin 2019 à Marseille s'est déroulé dans un palais du Pharo à moitié vide. Tous les chefs d’États et de gouvernements se sont fait porter pâles. Emmanuel Macron a finalement dû se résoudre à accueillir un maigre auditoire composé essentiellement de ministres des affaires étrangères et de personnalités de la société civile. Même la BEI (Banque Européenne d'Investissement) et la BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement) n'ont dépêché que leurs vice-présidents. Vexant. Ouided Bouchamaoui, présidente du comité de pilotage du sommet, prix Nobel de la paix et chef de file de la délégation tunisienne, constate dès la séance d'ouverture « les difficultés d'organiser ce sommet. » Plus tard, elle évoque « des réticences. Mais nous proposons des choses faisables. Nous devons notamment améliorer la mobilité. »

Emmanuel Macron reconnaît plus ou moins l'échec de son initiative. « Ce n'était pas le moment », reconnaît le Président. « La crise que connaît l'Algérie et le conflit en Libye expliquent qu'il n'ait pas été possible d'organiser une réunion de chefs d’États. » Dommage, car le travail et les propositions des cent personnalités de la société civile (dix par pays) méritent sans doute une oreille plus attentive de nos gouvernants.

Des discussions orageuses

Pas de chefs d'Etats, mais une société civile force de propositions (photo : France Diplomatie)
Pas de chefs d'Etats, mais une société civile force de propositions (photo : France Diplomatie)
La Méditerranée va mal. « 25 ans après le processus de Barcelone, le bilan est au dessous de nos ambitions », explique le ministre tunisien des affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui. « Le terrorisme frappe durement, la situation s’aggrave en Libye, le fossé économique séparant les rives Sud et Nord de la Méditerranée se creuse. Il faut y ajouter la pollution qui fait de la Méditerranée une poubelle

A entendre les petites phrases ou les allusions qui émaillent les discours des dix responsables des délégations, le choix des projets communs à présenter n'a pas été facile. Sur 272 propositions déposées, quatorze ont été retenues, au grand dam de certaines délégations qui ont eu l'impression de se voir imposer des choix. Les politiques ont décidément bien du mal à laisser les rênes à la société civile...

Alors que dans toutes les réunions des acteurs de la société civile organisées ces dernières semaines, que ce soit dans le domaine économique, universitaire ou culturel, la question des visas revient invariablement, le thème a mystérieusement disparu au moment de relayer les projets des délégations. Finalement, les chantiers réclamés par les cent portent sur l'énergie, l'éducation, l'économie numérique, la culture et l'environnement. Les projets traitent de la valorisation de la filière de production d'huile d'olive, la création d'une maison euro-arabe de traduction, la réhabilitation des médinas, la mise en place d'écoles de la deuxième chance, la dépollution de la Méditerranée, le développement de l'économie circulaire, création d'un média méditerranéen (sic)...

Mobilité

Au delà des poncifs sur notre histoire commune, l'importance de la jeunesse ou encore la Méditerranée carrefour des civilisations, ressortis invariablement à chaque manifestation de ce type, le Sommet des deux rives a parfois atteint des « sommets » en matière de langue de bois. Au moment même où la politique de l'Italie a conduit directement ces dernières semaines plusieurs milliers de migrants à se noyer dans la Méditerranée faute de navires de secours, le ministre italien des affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi n'a pas honte d'affirmer « nous sommes liés. » Son homologue libyen, Mohamed Siyala, ne demande pas la fin de la guerre civile, de l’esclavage ou des migrations suicidaires, mais porte un projet sur la mise en valeur du patrimoine culturel et son enseignement. « La Libye sera au rendez-vous pour la mise en œuvre des recommandations du sommet des deux rives », promet-il. Bien sûr, si elle existe encore, cela deviendra sans doute la priorité des survivants...

Josep Borrel, ministre espagnol des affaires étrangères, tient des propos plus réalistes. « La jeunesse méditerranéenne a peur de l'avenir. La résolution de ses problèmes passe par la mobilité. Pas d'emplois sans mobilité. Il faut également modifier le système éducatif pour qu'il ne forme plus les jeunes à des emplois en train de disparaître. » Élisabeth Guigou, président de la fondation Anna Lindh, plaide elle aussi pour « plus de mobilité. Nous devons élargis Erasmus à d'autres catégories sociales. »

« Et maintenant ? », demandent tous les acteurs de la société civile réunis à Marseille. Emmanuel Macron promet la transformation de l'équipe qui a organisé le sommet en une structure de suivi des engagements. Elle « travaillera avec les bailleurs de fonds », souligne le Président. « Nous devons réussir à progresser sur les quatorze dossiers sélectionnés et sur les 65 présentés à Tunis. Nous nous reverrons dans six mois, cette fois en présence des chefs d’États et de gouvernements, pour réaliser un premier bilan de l'avancée et de l'échec des dossiers. Ne lâchez rien de vos rêves. »
 
Chiche.




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