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Le Sommet d’Istanbul : l’engagement du Monde envers les pays les moins avancés

Par Abdullah Gül, Président de la République de Turquie



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Le Sommet d’Istanbul : l’engagement du Monde envers les pays les moins avancés
Au cours de la dernière décennie, le monde a connu une augmentation sans précédent de la production économique. Et malgré la crise économique mondiale de 2008, de nombreux pays ont déjà commencé à présenter des signes forts de rebond. 
 
Ne s'agit-il pas là de bonnes nouvelles, n'aurions-nous pas des raisons d’envisager l’avenir avec sérénité ? Pas vraiment.

 

"Cette situation n'est plus tenable"

Un groupe de 48 pays rassemblant une population totale de près de 900 millions de personnes, appelé les pays les moins avancés (PMA), continue de souffrir d'un niveau de pauvreté extrême et à être économiquement très vulnérable. Les PMA représentent plus de 13 % de la population mondiale mais n'assurent qu'1 % de la production économique. Pire encore, malgré certains progrès sur le plan économique et social, l’écart entre les PMA et le reste du monde ne cesse de grandir – pour ce qui concerne les revenus, l’éducation, la mortalité infantile, la productivité agricole, le résultat des exportations, et de nombreux autres indicateurs. Ce sombre tableau s’est encore détérioré en raison de troubles civils et de conflits, de la crise économique mondiale, des changements climatiques, de l’augmentation des prix alimentaires et du carburant. Il y avait 25 PMA en 1971 ; on en  compte aujourd’hui 48 ; seuls trois pays ont pu sortir de ce groupe.
 
Cette situation n'est plus tenable. Alors qu’une foule de laissés-pour-compte vit avec moins d’un dollar par jour, le reste de la communauté internationale ne peut fermer les yeux sur leurs souffrances. Il ne s'agit pas d'une simple considération morale. Le lien entre développement, paix et sécurité ne saurait être ignoré. Tant que la marginalisation croissante des PMA continuera, personne ne pourra s’attendre à prospérer dans un monde en paix et en sécurité. La sécurité ne doit cependant pas être la seule raison d'aider les PMA. 
 
Ces pays offrent de nombreux débouchés du fait de la taille de leur population, de leurs abondantes ressources naturelles. Investir dans les PMA est un choix aux implications commerciales dont nous bénéficierons tous, qui permettra d'asseoir une prospérité véritablement mondiale et créera des 
conditions avantageuses pour tous. Toutes les conditions sont réunies pour que la communauté internationale comprenne cet enjeu et se montre solidaire avec les populations les plus pauvres et les plus vulnérables de l’humanité, dont le retard par rapport au reste du monde se creuse un peu plus tous les deux ans. 

"Un nouvel ordre économique mondial plus juste et plus équitable"

Le moment est venu de rompre ce cercle vicieux. Une opportunité historique s'offre à la communauté internationale alors que se tient, cette semaine à Istanbul, la Quatrième Conférence décennale des Nations Unies sur les pays les moins avancés. Environ 10 000 personnes des quatre coins du Monde y sont rassemblées pour aborder les problèmes qui submergent les PMA, et débattre des moyens à mettre en œuvre pour les aider à surmonter leurs défis. Ensemble, elles vont élaborer une feuille de route pour la prochaine décennie, à la fois pour les PMA et pour la communauté internationale.
 
Cinq jours seulement pour tracer l'avenir de 900 millions de personnes, et choisir l’immobilisme est hors de question. Il est donc essentiel que les PMA et que la communauté internationale, notamment les principaux pays partenaires en matière de développement, adhèrent complètement au processus et tiennent leurs engagements. Nous devrons en particulier réduire le retard structurel qui existe dans les PMA et trouver des moyens de renforcer leur capacité de production. Par le biais d’une série de mesures et d'initiatives comme « Aide pour le commerce » et « Aide pour l’investissement », nous devons également veiller à ce que les PMA se dotent des capacités humaines, institutionnelles et technologiques nécessaires à leur autonomie, qui leur permettront de s'assurer une croissance économique durable. 
 
En qualité d’hôte officiel de cette réunion importante, j’ai espoir que le Sommet d’Istanbul atteindra ses objectifs et contribuera à changer enfin les choses. Un sommet qui a apporté son lot de nouveautés 
encourageantes pour l’avenir. C'est en effet la première fois que la Conférence se déroule à un carrefour de l’Ouest et de l’Est, du Nord et du Sud. 
 
La Turquie, en outre, comprend bien les problèmes auxquels les PMA sont confrontés et peut partager sa propre expérience de pays émergent. Et pour la première fois dans l’histoire de la Conférence des 
Nations-Unies sur les PMA, des parlementaires, des représentants du secteur privé, des universitaires, des intellectuels se rencontrent, au côté des délégations gouvernementales. Ce groupe diversifié de participants peut mobiliser les ressources nécessaires, sensibiliser les parties prenantes, contrôler le respect des engagements pris par les gouvernements ; il est de la plus haute importance qu’ils deviennent désormais de véritables partenaires dans ce processus. 
 
Le Sommet d’Istanbul offre ainsi une opportunité historique d’insuffler au programme un sens du partenariat renouvelé et revigoré, et de tenir la promesse que nous avons faite – celle de diminuer de moitié le nombre de PMA au cours de la prochaine décennie. Créer une nouvelle architecture de développement pour les PMA est à notre portée. Il est cependant crucial qu’au-delà du Sommet d’Istanbul l’ensemble de ceux qui croient en cet objectif prennent part à cette entreprise et relaient les décisions prises au niveau politique le plus élevé. Les leaders mondiaux doivent envoyer un message fort et clair à la communauté internationale, afin de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité, et revitaliser l’économie à un moment où le Monde connaît une profonde mutation. 
 
Istanbul est un point de rencontre entre deux continents, un berceau de civilisations. Rien cependant ne nous rendrait plus fiers si, à la faveur de ce sommet et du processus qui s’ensuivrait, Istanbul devenait désormais l'endroit où le sort infortuné de près d’un milliard de personnes dans le monde a connu un tournant décisif. Le point de départ d'un nouvel ordre économique mondial plus juste et plus équitable. Nous pensons que cela est possible. Et la Turquie fera tout ce qui est en son pouvoir pour que cela devienne une réalité. 

Jeudi 12 Mai 2011