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Le Pnud veut renforcer la protection sociale des travailleurs de l'économie informelle


Rédigé le Mercredi 10 Février 2021 à 16:31 | Lu 1272 commentaire(s)


Adhésion de travailleuses rurales au programme Ahmini en Tunisie (photo : Ahmini)
Adhésion de travailleuses rurales au programme Ahmini en Tunisie (photo : Ahmini)
AFRIQUE. Dans un rapport rendu public mercredi 10 février 2021, le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud) plaide en faveur d'un renforcement de la protection sociale des travailleurs de l'économie informelle sur le continent africain.

Soulignant leur "vulnérabilité", en particulier en cette période de pandémie, ce texte, rédigé en collaboration avec l'OIT (Organisation internationale du travail), constate qu'en Afrique subsaharienne, 82% des habitants, dont une large part travaillent dans l'économie informelle, n'ont pas accès à un système de protection sociale. Or, l'emploi informel représente 86% de l'emploi total des hommes et 92% de celui des femmes dans cette région. Il concerne près de 90% des jeunes.

Le Pnud note cependant que "ces dernières années, les gouvernements africains se sont efforcés de mettre en place toute une gamme de régimes de protection sociale contributifs afin de couvrir les travailleurs de l’économie informelle". Il présente d'ailleurs plusieurs études de cas issues de six pays* précurseurs en la matière.

Le programme tunisien Ahmini cible les quelque 500 000 travailleuses dans les zones rurales qui exercent des activités faiblement rémunérées comme travailleuses familiales ou indépendantes à leur propre compte. Elles se trouvent donc dans l'incapacité de régler des cotisations fixes, trop élevées par rapport à leurs revenus, pas plus que des cotisations prédéfinies à cause de leurs revenus irréguliers. Depuis 2016, le programme Ahmini ("protège-moi" en arabe) leur permet de disposer d'un accès aux soins de santé, leur offre une couverture contre les accidents du travail et une pension retraite. Le tout pour une cotisation minimale de 1 dinar (30 centimes d'euro) avec comme objectif de monter cette somme à 20 dinars (6,13 €) par mois et par bénéficiaire.

"Utiliser les outils de protection sociale pour combattre les inégalités en Afrique"

Au Rwanda, un régime de retraite Eja Heza ("avenir radieux") est proposé depuis 2017 par le Conseil de sécurité sociale à 100 000 travailleurs informels. Les prestations sont proportionnelles aux cotisations versées (converties en pension de retraite lorsque l'adhérent atteint l'âge de 55 ans) et l'adhésion souscrite sur la base du volontariat.

En Zambie (88% des emplois dans l'informel), l'Autorité nationale des régimes de retraite a depuis 2019 créé les conditions pour étendre la protection sociale aux travailleurs informels. Elle bénéficie désormais à 18 000 personnes impliquées dans plusieurs projets pilotes touchant les petits exploitants agricoles et les travailleurs indépendants en milieu rural ou en zone urbaine.

Si elles représentent autant de modèles à mettre en place dans le continent africain, toutes ces initiatives ne sont pas suffisantes selon les auteurs du rapport qui relève l'urgente nécessité de "déployer des approches innovantes à grande échelle afin d’accroître la couverture, tout en veillant à augmenter la pérennité financière des régimes émergents en s’appuyant sur tant sur les cotisations des employeurs et des entreprises de l’ensemble de la chaîne de production que sur les cotisations des travailleurs et les financements publics". Ils en appellent également à "tenir compte des disparités entre les genres afin de remédier aux inégalités sur le marché du travail" pour envisager la protection sociale "au sein d’un ensemble intégré de mesures visant à augmenter les revenus, à renforcer leur sécurité et à améliorer la qualité des emplois".

"Bien que de nombreux pays d’Afrique aient mis en place des mesures temporaires pour protéger les revenus et les moyens de subsistance des populations vulnérables pendant la pandémie, il est urgent de garantir une protection à tous les travailleurs, quel que soit leur statut professionnel. Les stratégies de relèvement face à la Covid-19 nous offrent une solution : utiliser les outils de protection sociale pour combattre les inégalités en Afrique", souligne Ahunna Eziakonwa, sous-secrétaire générale, administratrice assistante et directrice du Bureau régional du PNUD en Afrique.

* Kenya, Rwanda, Tanzanie, Togo, Tunisie, Zambie

Lire le rapport en français

Lire le rapport en anglais




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