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Le Maroc et l'Espagne mettent officiellement fin à la crise diplomatique entre les deux Royaumes


Rédigé par , le Vendredi 8 Avril 2022 - Lu 2720 fois

La visite de deux jours de Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol, à Rabat, et sa rencontre avec le Roi Mohammed VI, rabattent les cartes de la coopération entre le Maroc et l'Espagne qui adoptent une feuille de route en seize points. English version


L'entente cordiale revient entre l'Espagne et le Maroc (photo: Pool Moncloa/Borja Puig de la Bellacasa)
L'entente cordiale revient entre l'Espagne et le Maroc (photo: Pool Moncloa/Borja Puig de la Bellacasa)
MAROC / ESPAGNE. Après près d'un an de crise, le temps est venu pour l'Espagne et le Maroc de revenir à des relations plus amicales. En visite de deux jours à Rabat, depuis jeudi 27 avril 2022, Pedro Sanchez a qualifié de "moment historique" cette "consolidation de la coopération bilatérale (qui) sera bénéfique pour les deux pays."

Le Président du gouvernement espagnol avait bien pavé le chemin de cette rencontre en envoyant une lettre, mi-mars 2022, à Mohammed VI indiquant à propos du Sahara occidental: "L'Espagne considère l'initiative marocaine d'autonomie (NDLR: voir encadré), présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différent".

Un revirement total de la position espagnole dans ce dossier de Madrid. Historiquement, Madrid a jusqu'alors toujours affirmé sa neutralité sur cette question. Pedro Sanchez avait récidivé le 31 mars 2022 dans un entretien téléphonique avec le Roi du Maroc en s’engageant à "inaugurer une nouvelle phase dans les relations entre les deux Royaumes, basée sur la transparence et le respect mutuel." Le Sahara occidental avait justement été à l'origine de la brouille entre les deux voisins.

Une feuille de route en seize points

En mai 2021, L'hospitalisation, près de Saragosse, de Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario, atteint de la Covid-19, conduisait le Maroc à se saisir de ce prétexte pour rompre avec l'Espagne. En représailles, Rabat usait alors, à nouveau, de l'arme de la migration en laissant passer plus de 10 000 candidats à l'Europe dans l'enclave espagnole au Maroc de Ceuta. S'en était suivi un rappel, pendant dix mois de l'ambassadrice marocaine en Espagne. Aujourd'hui, c'est ce même Brahim Ghali qui dénonce "un virage radical" de Madrid et n'hésite pas à ajouter que l'Espagne "abandonne" une fois de plus, comme lors de son départ de son ancienne colonie en 1975, les Sahraouis à "leur sort".

Le communiqué officiel du Cabinet royal marocain, publié au soir du jeudi 7 avril 2022, évoque "une nouvelle étape de partenariat". Un terme figurant aussi dans la déclaration commune et déjà employé par Mohammed VI lors d'un discours le 20 août 2021.
"Nous nous sommes mis d'accord pour définir une feuille de route durable et ambitieuse", déclarait Pedro Sanchez à l'issue de son entretien avec le Roi du Maroc.

Outre la reconnaissance de "l’importance de la question du Sahara pour le Maroc ainsi que les efforts sérieux et crédibles du Maroc dans le cadre des Nations Unies pour trouver une solution mutuellement acceptable", point numéro un, cette feuille de route en seize points comprend, notamment, le rétablissement de "la pleine normalisation de la circulation des personnes et des marchandises" ainsi que celui des "liaisons maritimes de passagers entre les deux pays (...) immédiatement et de façon graduelle jusqu'à l'ouverture de l'ensemble des fréquences", la réactivation du "groupe de travail sur la délimitation des espaces maritimes dans la façade atlantique", le lancement de "discussions concernant la gestion des espaces aériens" et la relance ainsi que le renforcement de la "coopération dans le domaine des migrations".

Mise à jour du Traité de Bon Voisinage, d’Amitié et de Coopération

De même, le Maroc et l'Espagne envisagent la facilitation des échanges économiques et y consacreront une réunion prochainement. Ils vont également se rapprocher dans les domaines de l'éducation, la formation professionnelle, l'enseignement supérieur. Et créer un groupe de travail sectoriel dans le domaine de la culture et des sports.

Enfin, "les deux pays entameront des échanges sur la mise à jour du Traité de Bon Voisinage, d’Amitié et de Coopération, de 1991, sur la base des principes, des paramètres et des priorités devant guider leurs relations bilatérales, dans les années à venir".

La mise en place de l'ensemble des seize points sera suivie par un comité constitué dans les trois mois.

La question de l'avenir de ce territoire de 266 000 km² et 654 000 habitants, ancienne colonie espagnole et contrôlé à 80% par le Maroc, se pose depuis quarante-six ans. Les 20% restants le sont par la République arabe sahraouie démocratique (RASD) auto-proclamée en 1976 par le Front Polisario, son bras armé. Comme les États-Unis (décembre 2020) et quelques autres pays, l'Espagne se trouve en porte-à-faux de l'Onu qui a placé - alors qu'il était encore une colonie espagnole (et à la demande de Rabat !) - le Sahara occidental sur sa liste des territoires non autonomes. Les Nations unies tentent actuellement de relancer les négociations entre le Maroc et le Front Polisario. 
 

Ce que propose le Maroc pour le Sahara occidental

Le plan d'autonomie, plus précisément l"initiative marocaine pour la négociation d'un statut d'autonomie pour la région du Sahara", a été dévoilé le 11 avril 2007 à New York par El Mostapha Sahel, ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, au Secrétaire général de l'Onu de l'époque, Ban ki-Moon.

Il prévoit pour la Région autonome du Sahara (RAS) un gouvernement investi par le Roi, mais préalablement élu par le Parlement de la Région (assemblée locale). Cet exécutif et ce législatif bénéficieront de compétences exclusives, notamment en matière fiscale pour financer le développement de la RAS, mais resteront donc sous souveraineté marocaine (drapeau, monnaie...).

Le Sahara occidental recèle de ressources, notamment halieutiques, mais aussi de gisements de phosphate et de minerais rares non encore exploités, voire de pétrole. Sans parler du potentiel en éolien et en solaire. Le projet de texte recense les revenus de l'exploitation des ressources naturelles qui seront affectées à la RAS, ceux qui iront à l'État et les revenus du patrimoine de la Région.

Le Royaume chérifien conserverait ses compétences dans les domaines régaliens, comme la défense, les relations extérieures (même si l'État s'engage à consulter la RAS sur les questions concernant la région) et les attributions constitutionnelles et religieuses du Roi.

Le Front Polisario réclame lui un référendum d'autodétermination. Il est prévu, sous le contrôle des Casques bleus de l'Onu (Minurso) depuis le cessez-le-feu de 1991, mais n'a jamais pu être mis en œuvre, les Sahraouis et les Marocains ne pouvant se mettre d'accord sur la composition du corps électoral.















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