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Le Maroc décide d'intégrer les eaux du Sahara occidental à ses frontières maritimes



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Le Sahara occidental est, selon l'Onu, un territoire non autonome (photo : Onu/Minurso)
Le Sahara occidental est, selon l'Onu, un territoire non autonome (photo : Onu/Minurso)
MAROC / ESPAGNE. Le Parlement marocain a adopté, mercredi 22 janvier 2020 à l'unanimité, deux lois permettant d'intégrer les eaux du Sahara occidental à son espace maritime s'étendant désormais de Tanger à Lagouira (La Guera). Auparavant, la frontière maritime s'arrêtait au sud de la ville de Tarfaya.
La première complète un autre texte fixant la limite des eaux territoriales et la seconde institue une zone économique exclusive de 200 miles marins au large des côtes marocaines.

Selon Nasser Bourita, "ces lois visent à réactualiser l'arsenal juridique national" pour assurer "la souveraineté totale du royaume sur ses frontières effectives, terrestres et maritimes." Le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger insiste sur le fait que Rabat "ne cherche pas à aller au-delà de ses droits. Les autres pays ont délimité leur espace maritime sans demander d'autorisation."

Pour le Front Polisario, partisan de l'indépendance de cet ancien territoire colonisé par l'Espagne et qui réclame un référendum d'autodétermination, ces textes n'auront "aucun effet légal". L'un des membres de sa direction, Mhamed Khadad souligne, dans une déclaration écrite à l'AFP, qu'"il ne s'agit que de propagande, dénuée de toute valeur juridique internationale."

Selon l'Onu, le Sahara occidental reste classé comme "territoire non autonome", donc au statut juridique pas encore défini (voir encadré ci-dessous).

Le Maroc prêt au dialogue avec l'Espagne

Le Front Polisario n'est pas le seul concerné. L'Espagne se trouve également en conflit avec le Maroc au sujet de la délimitation des eaux. L'archipel des Canaries se situe en effet à moins d'une centaine de kilomètres des côtes marocaines. En décembre 2019, Madrid rappelait attendre un "accord mutuel" pour régler ce problème.

Ángel Víctor Torres, président des îles Canaries, a réagi avant le vote en menaçant le Maroc. "S'il touche à un millimètre des eaux des Canaries, il se trouvera en face du gouvernement central et autonome", a-t-il mis en garde. Il affirme avoir conclu un pacte avec Madrid pour défendre ses eaux contre les velléités marocaines. "Les frontières ne seront jamais modifiées (...) L'Espagne considère qu'elle est dans sa zone exclusive économique", souligne Ángel Víctor Torres.

Son opposition, la formation nationaliste Coalition Canaria, s'est tournée vers le premier ministre espagnol Pedro Sanchez pour l'inciter à déposer une plainte auprès des Nations unies contre le Maroc, avant le vote. Elle estime sur son site Internet que "la décision unilatérale du Maroc n'est pas conforme au droit international". Pour Coalition Canaria, "l'objectif du Maroc est d'aller plus loin dans sa lutte pour s'approprier le Sahara occidental (...) et d'avoir accès à une partie des fonds marins où il existe un potentiel énorme".

"Nous ne voulons par imposer un fait accompli, et nous sommes prêts au dialogue avec l'Espagne dans le cadre de nos droits essentiels et souverains", commente Nasser Bourita. Le ministre marocain des Affaires étrangères, rencontrera d'ailleurs, vendredi 24 janvier 2020 à Rabat, son homologue espagnole, Arancha Gonzales.

Le Sahara occidental attend un statut depuis 42 ans

Ancienne colonie espagnole (1884 à 1975) bordée par le Maroc, l'Algérie et la Mauritanie, le Sahara occidental est disputé depuis 1976 entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario avec sa République arabe sahraouie démocratique (RASD) autoproclamée.

Les quelque 266 000 km² qui le compose sont inscrits sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies depuis 1963, après une demande du Maroc (fraichement indépendant) alors que le Sahara occidental se trouvait encore sous domination espagnole.

Sans statut définitif, le territoire se trouve de fait contrôlé à 80% par le Maroc, qui le considère comme une de ses provinces, et à 20% par le Front Polisario qui réclame son autonomie, sinon son indépendance.

Un cessez-le-feu intervenu en 1991, après une guerre d'embuscades, trace une pseudo-frontière (un mur de sable en fait) surveillée par la Minurso, les casques bleus onusiens, en charge également d'organiser un référendum sur le statut final du Sahara occidental. Lequel n'a jamais pu avoir lieu.

En 2007, un plan dit de "large autonomie" avait été présenté par le Maroc mais rejeté par le Front Polisario. En 2015, Mohammed VI a lancé une stratégie de "Nouveau modèle de développement des provinces du Sud" avec un budget de 7,4 mrds€ sur dix ans.

Le Sahara occidental compte 603 253 habitants (chiffre 2017) dont près de 500 000 dans les villes contrôlées par le Maroc et notamment à Laâyoune (218 000 habitants).


Jeudi 23 Janvier 2020

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