Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


Le Maréchal Khalifa Haftar s'autoproclame à la tête de la Libye


Se disant détenteur d'un mandat du peuple libyen, le Maréchal Khalifa Haftar semble se désolidariser du Parlement de l'Est et dénonce l'accord de Skhirat prévoyant une solution politique à la guerre civile libyenne. Le Gouvernement d'union nationale, reconnu par l'Onu, parle de "énième coup d’État".


            Partager Partager

LIBYE. Après avoir tenté, en vain depuis avril 2019, de s'emparer par les armes de Tripoli, le Maréchal Khalifa Haftar passe à la vitesse supérieure, sans renoncer à conquérir militairement la capitale. Lundi 27 avril 2020 au soir, dans un discours télévisé, il s'est autoproclamé maître de la destinée libyenne. Ce passage en force soulève l'émoi du côté du Gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli (Nord-Ouest), présidé par Fayez al-Sarraj et reconnu par l'Organisation des Nations unies (Onu). Le GNA évoque une "farce" et un "énième coup d'Etat qui s'ajoute à une longue série." Elle avait débuté en 2014, alors quand le Maréchal affirmait dans un discours télévisé sa volonté de prendre le pouvoir. Sans effet. Tout comme en 2017, les mots ne s'étaient pas traduits en actes.

L'homme fort de l'Est, mais aussi d'une partie du Sud du pays, bénéficiait jusqu'alors du soutien d'un gouvernement parallèle et d'un Parlement dissident de celui de Tripoli basés à Tobrouk qui l'avait nommé à la tête de l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée. Il s'estime aujourd'hui investit d'un "mandat du peuple", sans préciser comment et quelle institution lui aurait confié un tel pouvoir. Et entend désormais diriger seul la Libye, "jusqu'à ce qu'un gouvernement civil puisse être restauré", indique-t-il.
Selon le GNA, il aurait même décidé de se passer de la tutelle du gouvernement et du Parlement de Tobrouk pour prendre entièrement les rênes du pouvoir. Le président de la Chambre des Représentants s'était prononcé, voici quelques jours, pour une solution politique.

"Echec de son projet dictatorial"

Dans le même temps, Khalifa Haftar annonce renier l'accord de Skhirat. Il l'avait déjà fait en 2017 sous prétexte de son expiration. Ce texte signé entre les belligérants en 2015 au Maroc, sous l'égide des Nations unies, servait de base aux multiples réunions infructueuses successives entre les deux hommes ou leurs partisans (notamment à Paris, à Palerme, à Moscou et dernièrement à Berlin) pour trouver une issue politique à la partition de fait du pays. Malgré les nombreuses promesses de "cessez-le-feu" (la dernière à Paris de Khalifa Haftar à Emmanuel Macron début mars 2020) et les multiples volte-face du Maréchal - Ghassan Salamé, médiateur de l'Onu pour la Libye, s'en est lassé et a démissionné en mars 2020 -, les chefs d'Etat et autres institutions intervenant pour faciliter le dialogue entre les rivaux persistent à croire à une élection mettant fin pacifiquement au conflit. 

Selon le GNA, Khalifa Haftar, subissant des revers militaires, veut "dissimuler la défaite de ses milices et mercenaires" et "l'échec de son projet dictatorial". Poussé dans ses retranchements voici un an, le gouvernement officiel libyen s'appuie depuis quelques mois du soutien de la Turquie pour se sortir de l'encerclement de sa capitale. Et même mieux, vient de réussir, grâce aux Turcs, à s'emparer de deux villes stratégiques à l'Ouest, Sabratha et Sorman, détenues par l'ANL. Le Maréchal, appuyé par la Russie et les Emirats arabes unis, s'est d'ailleurs plusieurs fois plaint de l'ingérence d'Ankara dans ce conflit interne avant même que les liens deviennent officiels. Les accords signés depuis entre Fayez al-Sarraj et Recep Tayyip Erdogan ont été dénoncés par quatre ministres des Affaires étrangères européens. Ils prévoient un tracé de leurs frontières maritimes communes en Méditerranée ne tenant pas compte des droits de Chypre ou de la Grèce (via la Crète), dans une zone au fort potentiel gazier.

Désavouer par son allié russe

Les alliés du Maréchal semblent désavouer la nouvelle attitude de leur protégé. En premier lieu Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, qui affirme "ne pas approuver la déclaration du maréchal Haftar selon laquelle il décidera unilatéralement de la façon dont le peuple libyen vivra." Son administration a demandé à toutes les parties de cesser immédiatement tous les actes d'hostilité et appelé au retour au dialogue sous la supervision de l'Onu. Pour Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, "la poursuite du conflit entre les frères peut entraîner de graves conséquences pour la Libye et son peuple qui souffre depuis longtemps."

Sans surprise, les Nations unies, par la voix de Stéphane Dujarric, son porte-parole, ont d'ailleurs réitéré leur message : "Pour nous, l'accord politique libyen et les institutions qui en découlent restent le seul cadre de gouvernance internationalement reconnu en Libye. Tout changement politique doit avoir lieu par des moyens démocratiques, et non par des moyens militaires."
Union européenne, comme Etats-Unis, continuent d'ailleurs à se ranger officiellement derrière cette position. Selon la France et son ministère des Affaires étrangères, "les décisions unilatérales ne conduiront à aucun règlement". Même avis pour Rome, pour qui, "chaque décision sur l'avenir de la Libye doit être prise dans l'harmonie et la démocratie à la suite de l'accord politique libyen de Skhirat".

Le président tunisien, Kaïs Saïed, a réagi en insistant sur la voie pacifique et sur la nécessité de respecter l'unité de la Libye et la volonté de son peuple.

La rédaction
Mercredi 29 Avril 2020

Lu 1975 fois





1.Posté par Diallo Oumar M'ballia le 03/05/2020 00:55
C'est une bonne chose pour la Libye et pour le monde en général et je remercie toute les personnes qui se sont engagées pour faire régner la paix en Libye.
Je vous remercie infiniment


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.



Actus par pays

Voir en plein écran




Suivez-nous
Facebook
Twitter
YouTube
Newsletter


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA








À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.