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Le Femise invite l'Afrique subsaharienne dans ses recherches


Lors de sa conférence annuelle - qui se tenait à Malte du 7 au 9 février 2018 - les membres du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise) ont affirmé leur volonté de créer des corridors entre l'Europe et l'Afrique via les pays méditerranéens.


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L'exécutif du Femise élargit son champ de recherches à l'Afrique sub-saharienne (photo F.Dubessy)
L'exécutif du Femise élargit son champ de recherches à l'Afrique sub-saharienne (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE / AFRIQUE. Les voisins de nos voisins sont nos voisins. Ainsi pourrait se résumer le thème de la conférence annuelle du Femise * qui se déroulait du 7 au 9 février 2018 à La Valette (Malte). Sur cette île méditerranéenne, à mi-chemin entre l'Europe et l'Afrique, les économistes du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques - et leurs invités - ont souhaité deviser sur les relations et la coopération entre les deux continents. "Comme l'Union européenne, le Femise prend une nouvelle direction, conscient de l'impératif de créer des corridors entre l'Europe et l'Afrique via les pays méditerranéens", souligne Ibrahim Elbadawi, président et coordinateur du Femise et directeur général de l'ERF (Economic research forum).

"Le Femise fête ses vingt ans. Vingt ans après, la donne a changé avec les révolutions, les évolutions, les conflits armés, les migrations... Le Femise a donc un nouveau rôle à jouer face aux nouveaux enjeux méditerranéens. Nous avons besoin de beaucoup de réflexions porteuses de possibilités, mais nous devons être plus interactifs avec les pouvoirs en place", commente Henry Roux-Alezais, président de l'Institut de la Méditerranée et trésorier du Femise.

"La meilleure valorisation de nos réflexions est de se focaliser sur des thèmes prioritaires autour d'un système triangulaire avec la recherche, les acteurs de terrain, et les policy makers (NDLR : les décideurs politiques). Il faut renforcer la recherche car elle devient plus pertinente, monter des partenariats pour avoir des compétences plus spécifiques et rendre plus visibles nos recherches.", complète Patricia Augier, présidente du comité scientifique et coordinatrice du Femise. Professeure à Aix-Marseille Université et présidente du Comité scientifique de l'Institut de la Méditerranée, elle entend "créer une chaîne de valeurs Femise."

2,5 milliards d'Africains versus 450 millions d'Européens en 2050

Clayton Bartolo recommande l'intégration des échanges commerciaux Sud/Sud (photo : F.Dubessy)
Clayton Bartolo recommande l'intégration des échanges commerciaux Sud/Sud (photo : F.Dubessy)
Président d'Hub Africa, Zakaria Fahim pointe que l'Afrique est la deuxième destination la plus attractive pour les investissements, après l'Asie du Sud-Est. "L'investissement direct étranger intra-africain monte en flèche, augmentant actuellement de 32,4% par an. En 2050, le monde comptera 2,5 milliards d'Africains versus 450 millions d'Européens", insiste-t-il.

Patricia Augier souligne également qu'"un habitant sur six de notre planète vit en Afrique. Ce sera un sur trois en 2050." Selon elle, "tout le monde a intérêt à ce que l'Afrique se développe pour créer des chaînes de valeur régionales. Si les investissements et les IDE (Investissement directs à l'étranger) sont privés, c'est le politique qui doit donner l'impulsion et créer les conditions favorables au développement de ces réseaux de production et d'échanges." Pour la présidente du Comité scientifique du Femise, "Ii faut élargir la coopération entre l'Euromed et l'Afrique subsaharienne pour diminuer la pauvreté. Sur les vingt-sept pays  qui connaissent dans le monde un taux de pauvreté extrême, vingt-cinq se situent en Afrique."

Député maltais et membre de l'Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM), Clayton Bartolo envisage "la coopération régionale comme un devoir méditerranéen au service des citoyens. Nous voulons réduire les différences entre les pays." L'élu recommande l'"intégration des échanges commerciaux, notamment sud/sud, et l'amélioration des financements pour les grands projets, principalement d'infrastructures." Il propose au Femise d'alimenter les débats parlementaires de l'APM - qui s'est déjà rapprochée du parlement panafricain - en rejoignant la plate-forme académique lancée en son sein.

Reste qu'un grand nombre d'obstacles demeurent dans le développement du continent : droits de douane, infrastructures de transport, instabilité politique, problèmes de financement...

Incitation à plus d'intégration au Maghreb

Patrick Plane rappelle que l'on parle d'intégration continentale depuis 1980 (photo : F.Dubessy)
Patrick Plane rappelle que l'on parle d'intégration continentale depuis 1980 (photo : F.Dubessy)
"Le cap des économies africaines est tracé avec huit communautés régionales qui existent déjà avec 107 pays adhérents pour cinquante-quatre pays africains, car un Etat peut appartenir à plusieurs communautés", souligne Patrick Plane, Responsable du programme Observatoire de la compétitivité durable à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI).  "Travailler à l'intégration continentale se trouvait déjà dans le Plan d'action de Lagos en 1980 et cette perspective a été rappelée dans le Traité d'Abuja en 1991 et figure dans le cadre général d'intégration économique régionale à travers l'Union africaine et les ambitions d'une communauté économique africaine", complète celui qui est également directeur de recherche au CNRS et professeur associé à l'Université de Clermont-Auvergne. Une zone de libre échange (ZLE) devait même voir le jour en 2017 comme en avait décidé le Sommet des chefs d'Etat et de gouvernements de l'Union africaine en juillet 2012 à Addis-Abeba. Suivie d'un Marché commun africain, base d'une Communauté économique africaine, au plus tard en 2023.

La demande d'adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pourrait bien accélérer le phénomène de création de ZLEC (Zone de libre-échange continentale). "La Commission CEDEAO a lancé le 1er février 2018 un étude d'impact sur les implications économiques de cette arrivée", précise Patrick Plane.
Il faudra cependant prendre garde de ne pas tomber dans un écueil comme le souligne Patricia Augier : "il n'est pas possible d'imaginer que se tourner vers le Sud va réduire le coût de la non-intégration pour les pays d'Afrique du Nord. Cette nouvelle approche régionale peut devenir une nouvelle incitation pour plus d'intégration au Maghreb."

Hassan Sentissi El Idrissi, président de l'Association marocaine des exportateurs (ASMEX) appelle à ne pas oublier "les limites du partenariat euroméditerranéen" tout en signalant la "nécessité d'une action collective, basée sur le co-développement et un respect mutuel, pour faire face aux défis communs du 21e siècle qui incitent les deux continents à se réadapter et envisager un même destin."

* Selon les derniers chiffres communiqués en février 2018 par Constantin Tsakas, secrétaire général du Femise et délégué général de l'Institut de la Méditerranée, le Femise rassemble 104 instituts dont 57 du Nord de la Méditerranée et 47 du Sud.

Frédéric Dubessy, à LA VALETTE (MALTE)

Lundi 12 Février 2018

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