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Le FMI critique la lenteur dans la mise en œuvre des réformes au Liban


Rédigé par , le Jeudi 22 Septembre 2022 - Lu 967 fois


Ernesto Ramirez Rigo (FMI) s'est étonné auprès du président libanais Michel Aoun de l'ambiguïté régnant au niveau des autorités exécutives et législatives pour faire avancer les réformes (photo : Présidence de la République du Liban)
Ernesto Ramirez Rigo (FMI) s'est étonné auprès du président libanais Michel Aoun de l'ambiguïté régnant au niveau des autorités exécutives et législatives pour faire avancer les réformes (photo : Présidence de la République du Liban)
LIBAN. " Malgré l'urgence d'agir pour résoudre la profonde crise économique et sociale du Liban, les progrès dans la mise en œuvre des réformes convenues dans le cadre de l'accord de stabilisation et d'association d'avril (NDLR : 7 avril 2022) restent très lents." Le message adressé, sous forme de communiqué mercredi 21 septembre 2022 par le Fonds monétaire international (FMI), est clair. Il résume l'impression générale des membres de la délégation de l'institution. Cette équipe vient d'achever sa mission à Beyrouth (19 au 21 septembre 2022) avec comme feuille de route, pour la première fois, l'évaluation des progrès du Liban en matière de réformes. "Retarder leur mise en œuvre ne fait qu'augmenter les coûts pour le pays et sa population. L'achèvement des actions préalables est nécessaire pour que le Conseil d'administration du FMI puisse examiner la demande d'un programme financier avec le Liban. Nous resterons engagés avec les autorités pour faire avancer le programme de réformes", poursuit le texte.

Pour obtenir cette facilité de crédit du FMI d'un montant de 3 mrds$ sur quatre ans, le gouvernement libanais s'est en effet engagé sur une liste de dix réformes dont deux lois, une sur le contrôle des capitaux et une autre sur le secret bancaire. Les textes ont bien été adoptées par le Parlement en juillet 2022, mais ont été renvoyés aux députés pour révision. Le conseiller financier de l'Association des banques libanaises avait tout simplement jugé "illégal" ou "à titre subsidiaire, inconstitutionnel" ce projet en juin 2022.

Le FMI reconnaît que la loi sur le secret bancaire "contenait quelques mesures positives", mais se veut très critique dans l'ensemble. " Elle était loin d'apporter les changements nécessaires pour la rendre conforme aux meilleures pratiques internationales. Nous nous félicitons que le Parlement examine certaines de ces lacunes, qui sont fondamentales pour lutter contre la corruption, éliminer les obstacles à une supervision et une restructuration efficaces du secteur bancaire, à l'administration fiscale, ainsi que pour enquêter sur les crimes financiers et récupérer les actifs détournés".

Le Président libanais dénonce des obstacles posés par un certain nombre de partis

Les législateurs n'ont toujours pas voté le budget 2022. Pour le FMI, "l'accent doit maintenant être mis, à des fins macroéconomiques sur la préparation et l'approbation d'un budget 2023 crédible". Le Fonds indique qu'il devra se baser sur "des hypothèses macroéconomiques réalistes, avec les mesures nécessaires pour augmenter les recettes, y compris le recours à un taux de change réaliste (NDLR : Des taux de change multiples existent) pour tous les objectifs fiscaux. Cela devrait permettre une augmentation significative des dépenses sociales et d'investissement et un ajustement des dépenses du secteur public pour relancer le fonctionnement de base de l'administration publique à un moment où les services publics sont en train de disparaître, avec un impact notable sur la collecte des recettes".

Face à Ernesto Ramirez Rigo, chef de la délégation du FMI, qui s'étonnait de l'ambiguïté qui régnait au niveau de autorités exécutives et législatives, notamment quant à la réalisation des réformes nécessaires pour faire avancer l'économie libanaise, Michel Aoun, président de la République libanaise, a pointé "les acteurs nationaux" comme responsables du ralentissement des progrès dans ce domaine. Selon un communiqué de son cabinet, le président libanais a évoqué "plusieurs obstacles apparus de la part d'un certain nombre de partis qui ont retardé la réalisation de ce qui était requis et constitue le début de le processus de reprise économique. Ces obstacles ont aggravé le rythme de dégradation de la situation économique".

"Le chômage et la pauvreté atteignent des taux historiquement élevés"

Le soutien du FMI demeure pourtant absolument indispensable pour le pays, en défaut de paiement depuis mars 2020 et dont la monnaie ne cesse de s'affaiblir. Selon une étude menée en juillet 2022 par l'université Hopkins (États-Unis), la livre libanaise (LBP) arrive troisième parmi les devises qui ont le plus perdues de valeur face au dollar américain depuis 2020 (chute de 91,96%). Elle devance même la livre syrienne (5ème avec une baisse de 77,11%), pourtant pays en guerre.

Huit habitants sur dix se trouvent sous le seuil de pauvreté. "L'économie libanaise reste gravement déprimée par l'impasse persistante sur des réformes économiques indispensables et par une forte incertitude", commente Ernesto Ramirez Rigo. Le chef de la délégation enfonce le clou : "Le PIB s'est contracté de plus de 40 % depuis 2018, l'inflation reste à trois chiffres, les réserves de change diminuent et le taux de change parallèle a atteint 38 000 LBP par USD. Au milieu de l'effondrement des recettes et de la suppression drastique des dépenses, les institutions du secteur public sont défaillantes, et les services de base à la population ont été drastiquement réduits. Le chômage et la pauvreté atteignent des taux historiquement élevés."

En mai 2022, Olivier de Schutter, expert missionné par le Conseil des droits de l'homme aux Nations unies, qualifiait le Liban d'"État défaillant" et s'avérait très sévère sur la gouvernance : "l'impunité, la corruption et les inégalités structurelles ont été intégrées dans un système politique et économique vénal conçu pour faire échouer ceux qui sont en bas de l’échelle, mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi".

Le Fonds humanitaire pour le Liban (LHF) a accordé, mercredi 14 septembre 2022, une enveloppe de 8 M$ pour " répondre aux besoins urgents des personnes vulnérables ". Animé par le coordinateur humanitaire pour le Liban et géré par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le LHF va ainsi pouvoir contribuer au financement de dix-sept projets multisectoriels dans les secteurs de l'éducation, de la protection de l'enfance, de l'abri, et de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène dans les zones où les besoins sont les plus touchées.

Protéger les petits déposants

Le communiqué de la délégation du FMI indique également que "les pertes importantes subies par le secteur bancaire doivent être reconnues et traitées dès le départ, tout en respectant la hiérarchie des créances. Les petits déposants doivent être pleinement protégés et le recours aux ressources publiques - des actifs appartenant à tous les citoyens libanais, avec ou sans compte bancaire - devraient être limité". Un rappel utile dans la situation actuelle et alors que le contrôle des capitaux imposé du jour au lendemain par les banques commerciales en 2019 a gelé les comptes.

Durant la première quinzaine de septembre 2022, une dizaine de Libanais désespérés sont venus braquer leur propre banque pour pouvoir retirer leurs économies. L'Association des banques libanaises a décidé, jeudi 22 septembre 2022, de fermer "indéfiniment" tous les établissements libanais jusqu'à nouvel ordre. Elle réclame des mesures de protection de l'État pour rouvrir les portes des banques, justifiant sa décision par les risques trop importants encourus par les employés et les clients à l'intérieur des agences.

Rien ne va plus depuis des mois dans les institutions bancaires libanaise. En janvier 2022, le procureur général près de la cour d'appel de la région Mont-Liban (centre) prononçait une interdiction de quitter le pays à l'encontre de Riad Salamé, gouverneur de la Banque centrale du Liban (CBL) depuis 1993. Il est soupçonné de blanchiment d'argent et de transfert de fonds à l'étranger.
En mars 2022, la justice libanaise gelait les avoirs de cinq grandes banques (Banque de Beyrouth, Bank Audi, SGBL, Blom Bank et Bankmed) dans le cadre de son enquête sur les transactions effectuées par ces établissements. Deux mois plus tard, le Fonds monétaire international réclamait des audits sur les quatorze plus grandes banques du pays et demandait au Parlement d'approuver une loi de résolution d'urgence des problèmes bancaires. Les banques libanaises ont été l'un des principaux prêteurs du gouvernement libanais avant l'effondrement financier de 2019.

Face au président Michel Aoun, Ernesto Ramirez Rigo a insisté sur "la nécessité de restaurer la confiance dans le secteur financier et bancaire représenté par la Banque du Liban et les banques, compte tenu de la perte de confiance dans ces deux secteurs".

Emmanuel Macron réaffirme son soutien aux Libanais

Mardi 20 septembre 2022, Emmanuel Macron a rencontré, à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre libanais Najib Mikati. Le Président de la République française lui a réaffirmé son "soutien indéfectible" et rappelé son "engagement constant" à répondre aux besoins urgents de la population libanaise par l'action humanitaire française et en structurant l'aide internationale. Il a aussi insisté  sur le fait que "le Liban ne pourra durablement se relever que par la mise en place d'un programme sérieux de réformes structurelles", tout en "saluant les efforts de Najib Mikati à cet égard" et "a appelé à poursuivre dans cette voie".

La délégation du FMI a révélé à Michel Aoun qu'elle avait espéré signer l'accord final de financement avec le gouvernement libanais fin septembre ou début octobre 2022, après les élections législatives de mai 2022.




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