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Le Costa Concordia victime de la folie des grandeurs


La naufrage du Costa Concordia met en lumière la course au gigantisme des armateurs. Jusqu'à 7 600 passagers et membres d’équipage, leur boulimie semble sans limite. Une étude de l’Institut Français de la Mer réalisée par une quarantaine d’experts maritimes de tous horizons conclut à l’absence de limite technique au gigantisme des navires. Mais les problèmes de sécurité restent entiers.


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Les navirent de croisière prennent de plus en plus d'embonpoint. Photo NBDC.
Les navirent de croisière prennent de plus en plus d'embonpoint. Photo NBDC.
MÉDITERRANÉE. L'un des fleurons de la flotte Costa git aujourd'hui brisé. Le bilan ne fait état pour l'instant que de six morts. Mais si le commandant n'avait pas échoué le navire sur une ile, au vu des scènes de panique et de la désorganisation de l'évacuation racontées par les passagers du Costa Concordia, c'est à une catastrophe majeure que les autorités italienne auraient dû faire face.

Pourtant, comme l'expliquaient déjà à l'époque les propriétaires du Titanic, les paquebots géants sont censés être quasi insubmersibles.

Chaque année, l’industrie de la croisière investi plusieurs milliards d’euros dans la construction de paquebots dépassant maintenant régulièrement les 3 000 passagers. Le plus grand paquebot de l'histoire de la construction navale est sorti des chantiers navals finlandais en novembre 2009. L'Oasis of the Seas, armé par la compagnie américaine Royal Caribbean Cruise Line, affiche 365 mètres de long. Il abrite 2 700 cabines et transporte 5 400 passagers (près de 8 000 personnes avec l’équipage). Son jumeau, l'Allure of the Seas, navigue depuis début 2011. Chacun a coûté 1,8 mrd€. Royal Caribbean Cruise Line exploite au total une dizaine de paquebots pouvant transporter plus de 3 000 passagers.

Course à l'armement

Ses principaux concurrents ne sont pas en reste. A peine moins démesuré, le Norwegian Epic (du groupe Norwegian Cruise Line ) livré en 2010 mesure 330 mètres de long. Ses 18 ponts abritent 6 916 passagers et membres d'équipage, 2 114 cabines… Carnival (maison mère de Costa), MSC, tous possèdent des navires de plus de 3 000 passagers.

Cette course à l’armement n’a pas de limite technique selon un rapport de l’Institut Français de la Mer publié en 2009 et intitulé « Les très grands navires, questions et pistes de réponses ». La quarantaine d’assureurs, réassureurs, chargeurs, armateurs, transporteurs, logisticiens, représentants de l’Etat qui ont participé à sa rédaction constatent « une évolution continue et probablement irréversible à moyen et long terme». Le gigantisme a donc de beaux jours devant lui. Pourtant, certains clignotants commencent à passer au rouge.

La logistique suit difficilement le rythme imposé par les armateurs. Seuls les ports majeurs semblent en mesure de réaliser les investissements nécessaires (tirant d'eau, espaces d'évitement, etc.) pour traiter ces géants des mers.

Mais surtout, les experts craignent les graves avaries. Les préfets maritimes consultés et les sauveteurs affirment dans le rapport de l’IFM «ne pas être certains de pouvoir faire face à toutes les conséquences d’un accident grave. Pour des paquebots de plusieurs milliers de passagers, il est impossible de mettre en place les moyens nécessaires à l’évacuation, en plus par gros temps ». Rappelons que le naufrage du Costa Concordia s'est heureusement produit par mer calme.

Se débrouiller seul

Piscines, murs d'escalade, tennis, surf, salles de spectacle...la navire de croisière n'est plus un moyen de transport mais un lieu de vacances. Photo FD
Piscines, murs d'escalade, tennis, surf, salles de spectacle...la navire de croisière n'est plus un moyen de transport mais un lieu de vacances. Photo FD
L'amiral Anne-François de Saint Salvy, préfet maritime de la zone Atlantique, constate que « la taille des navires limite le choix des zones de mise à l'abri en cas d'avarie et dépasse bien souvent les moyens de sauvetage disponibles. » C'est d'ailleurs devant un port d'une taille disproportionnée au navire que le Costa Concordia s'est échoué. 

« Personne ne songerait à évacuer un avion en plein vol. Il doit pouvoir se sortir d’affaire seul » remarque un armateur. Oui mais aucun avion n’embarque 8 000 personnes pour une semaine de vol. « La probabilité qu’un grand navire, dont le compartimentage est maintenant très étudié, coule en quelques jours est très faible » assure le rapport de l’IFM. Et pourtant, il n'a fallut quelques dizaines de minutes et non pas quelques jours pour transformer le Costa Concordia en épave.

Les experts s'avouent également très inquiets concernant le risque incendie. Combien de temps résistera un paquebot géant confronté à un feu non maîtrisé aggravé par une panique des passagers ? Personne ne le sait.

Selon Charles Claden, commandant des Abeilles International, « la plupart des navires géants sont impossible à remorquer car  la majorité des grands bateaux ne possèdent pas de points de fixation de remorquage». Les plus gros, ou les plus fragiles comme les navires à grande vitesse en aluminium, auraient toutes les chances de voir leur proue arrachée en cas de remorquage.

Une facture très lourde

Les assureurs commencent eux aussi à tirer la sonnette d’alarme car les navires qui transporteront demain 7 000 à 8 000 passagers et membres d'équipages nécessiteront un engagement de 3,7 mrds$ (2,9 mrds€), soit en perte totale le volume de primes annuel du marché mondial de l’assurance de « corps de navires ». Réassureurs et assureurs annoncent donc des augmentations tarifaires qui auront obligatoirement des répercutions sur le prix final des croisières. Les primes passagers ont déjà augmenté de 543 % en dix ans.

La facture du naufrage du Costa Concordia n'est pas encore connu. Indemnisation des passagers, remboursement du navire, démontage de l'épave...elle se chiffrera sans doute en centaines de millions.

Lire aussi : Fin de la funeste croisière
Cinq morts dans l’échouement du Costa Concordia

Gérard Tur
Lundi 16 Janvier 2012

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