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"Le CMI va s'intéresser aux opportunités économiques en Méditerranée"


En poste depuis septembre 2017, Blanca Moreno-Dodson dirige le Centre pour l'intégration en Méditerranée (Center for Mediterranean Integration - CMI). Cette économiste espagnole, après vingt-six ans passés à Washington à la Banque mondiale - qui abonde 50% du budget du CMI - revient dans une région qu'elle connaît bien pour y avoir effectué ses études universitaires à Aix-en-Provence grâce à une bourse de l’État français. Elle révèle pour econostrum.info la nouvelle stratégie de son institution pour les trois ans à venir.



Blanca Moreno-Dodson va ajouter des travaux sur les opportunités économiques aux missions du CMI (photo : F.Dubessy)
Blanca Moreno-Dodson va ajouter des travaux sur les opportunités économiques aux missions du CMI (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : A combien s'élève le budget du Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMI) et qui l'abonde ?

Blanca Moreno-Dodson : Nous bénéficions d'un budget d'environ 2 M$ dont la moitié apportée par la Banque mondiale et l'autre par différents partenaires dont les principaux sont l'État français et la Banque européenne d'investissement (BEI). Nous sommes six salariés de la Banque mondiale à Marseille, et nous travaillons aussi avec des consultants. Des représentants de la BEI, de l'AFD et de la GIZ font également partie de l'équipe. C'est peu, sauf que nous collaborons avec toutes ces institutions et leurs experts à Washington, au Luxembourg, à Paris, à Eschborn et  partout dans le monde. Et ça, nous ne pouvons pas le quantifier financièrement.

Évacuons tout de suite le sujet, des rumeurs insistantes annonçaient en fin d'année 2017 le départ du CMI de Marseille. Qu'en est-il ?

B.M-D. : Il n'a jamais existé de plan pour quitter Marseille. Cette ville a toujours joué un rôle en Méditerranée de par sa proximité géographique et nous avons beaucoup de partenaires implantés localement. Notre présence ici renforce en plus la dimension internationale de Marseille.
Il est vrai cependant que d'autres pays se sont positionnés pour accueillir soit le bureau principal du CMI (NDLR : donc un transfert du bureau de Marseille), soit une antenne.

Quels pays ?

B.M-D. :  Notamment l'Italie et la Tunisie. Les membres du CMI ont décidé de rester à Marseille lors du dernier conseil de surveillance en février 2018. Le CMI est une initiative conjointe entre le Banque mondiale et l'État français. Il s'agit du seul partenariat de ce genre en Europe, car l'intégration en Méditerranée est considérée comme très importante et justifiait donc d'un tel partenariat. Il faut donc comprendre que d'autres villes souhaitent accueillir des représentations de la Banque mondiale comme le CMI.

"Le CMI ne fait rien sans partenaire"

Vous allez cependant quand même être obligés de déménager*... Mais à Marseille ?

B.M-D : Nous rejoindrons effectivement, mais pas avant septembre ou octobre 2018, de nouveaux locaux au seizième étage de la Tour la Marseillaise dans le quartier d'Euroméditerranée. Le CMI partagera ses bureaux avec le Plan Bleu ainsi qu'une troisième institution non encore définie (NDLR : selon nos informations, il ne s'agit ni de l'Avitem, ni du Femise, ni de l'Institut de la Méditerranée).

Vous avez récemment signé un accord avec l'Avitem (Agence des villes et territoires méditerranéens durables). Ces partenariats vont-ils se développer ?

B.M-D. : Le CMI ne fait rien sans partenaire. Nous nous rapprochons de l'Avitem, du Femise (Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques), de l'Institut mondial de l'eau.... Nous voulons trouvons des synergies, être complémentaires sans duplication du travail. Le CMI signera d'ailleurs en juin 2018 un partenariat avec l'Union pour la Méditerranée (UpM) pour aborder conjointement l'ensemble de ces problématiques.

"Travailler sur notre excellence technique"

La nouvelle directrice du CMI veut multiplier les partenariats. Ici lors d'un récent colloque à Marseille avec l'Institut de la Méditerranée et Energies 2050 (photo : F.Dubessy)
La nouvelle directrice du CMI veut multiplier les partenariats. Ici lors d'un récent colloque à Marseille avec l'Institut de la Méditerranée et Energies 2050 (photo : F.Dubessy)
Quelle est votre stratégie pour les prochaines années ?

B.M-D. : Tous les trois ans, nous réalisons un évaluation indépendante du CMI. Avant mon arrivée en septembre 2018, une série de discussions s'est déroulée avec les membres (voir encadré). Tous, même ceux qui ne contribuent pas à notre budget mais qui disposent de droits identiques aux autres. Un rapport a suivi et préconise dans ses nouvelles recommandations de travailler sur notre excellence technique. Nous sommes un centre de réflexion et de pensée, pour traduire l'anglais Think-Tank, mais avec de l'opérationnel. Nous entendons résoudre, de façon collective avec les pays du Nord et ceux du Sud de la Méditerranée, les défis de la région.

Évidemment nous conservons nos approches historiques comme l'énergie, l'eau, l'éducation, le développement territorial intégré, les réfugiés et les migrations, ainsi que la prévention de l'extrémisme. Avec la jeunesse comme fil rouge pour tout ces thèmes.
Nous allons y ajouter les opportunités économiques. Ceci comprend des travaux sur la diversification économique, les partenariats public-privé, la montée en gamme des économies du Sud pour s'ouvrir aux marchés internationaux et l'intégration financière.

Nous devions agir sur la croissance et l'emploi. Pour une convergence régionale, les pays du Sud doivent avancer sur l'économie et le social. Pour tout vous dire, nous envisagions même d'ajouter un D, comme développement, à notre sigle CMI. Mais nous n'avons finalement pas retenu l'idée car, au-delà des initiales, notre dénomination aurait été trop longue.

Notre stratégie - qui s'oriente sur trois ans mais est ajustée chaque année -, repose désormais sur trois piliers : les opportunités économiques, l'inclusion sociale et l'empowerment qui vise à donner plus de pouvoir aux populations pour qu'elles participent à la prise de décision.


Comment va se matérialiser cette nouvelle stratégie ?

B.M-D. : De fin 2018 à fin 2019 nous prévoyons trois grands événements dont les dates ne sont pas encore calées.
D'abord une étude suivie d'une conférence internationale sur l'intégration en Méditerranée. Elle portera sur les standards en éducation, la logistique et les ports, l'interconnexion électrique et les Accords de Paris sur le Climat appliqués aux pays du Sud. Ensuite, nous évoquerons la sécurité et le développement pour évaluer leur lien et comment il est affecté par les conflits en Syrie et en Libye que ce soit en terme de perception des investisseurs ou au point de vue humain.
Enfin, nous organiserons un Forum des investisseurs en Méditerranée.


* Installé dans une annexe de la villa Valmer à Marseille, le CMI va devoir quitter ses locaux. Cette villa appartenant à la ville de Marseille et située sur les hauteurs de la Corniche va en effet devenir un hôtel de luxe.

Les membres du CMI

Créé en octobre 2009 comme plate-forme participative, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMI) réunit des agences de développement, des États, des autorités locales et la société civile de l'ensemble du pourtour méditerranéen dans le but d'échanger des connaissances, de discuter des politiques publiques et d'identifier des solutions aux défis qui se posent dans la région.

Sont membres du CMI : L'Autorité palestinienne, l'Égypte, la France, la Grèce, l'Italie, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Tunisie, le Service européen pour l'Action extérieure (à titre d'observateur), la région  Provence-Alpes-Côte d'Azur, la ville de Marseille, la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque mondiale.

"L'Espagne et l'Algérie devraient prochainement rejoindre le CMI", confie Blanca Moreno-Dodson.



Propos recueillis par Frédéric Dubessy


Jeudi 24 Mai 2018



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