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Le CMI et le Femise repèrent les opportunités post-covid dans cinq pays méditerranéens


Rédigé par , le Mercredi 2 Mars 2022 - Lu 1955 fois


Le rapport commun entre le CMI et le Femise fait le focus sur cinq pays (photo:CMI/Femise)
Le rapport commun entre le CMI et le Femise fait le focus sur cinq pays (photo:CMI/Femise)
MEDITERRANEE. Le Centre pour l'intégration en Méditerranée (CMI) et le Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise) explorent dans un rapport*, les opportunités à saisir, après la crise sanitaire, sociale et économique de la Covid-19, pour favoriser la croissance et approfondir la coopération régionale dans la région méditerranéenne. Ces trois chapitres thématiques ont été étudiés à travers des focus sur cinq pays (Algérie, Égypte, Jordanie, Maroc et Tunisie).

"Le document s'inscrit dans le droit fil d'une série de travaux analytiques dirigés par le CMI depuis 2018 avec un premier rapport sorti en 2019,  "Enhancing Mediterranean Integration ". Puis un second en 2020, après le début de la pandémie, "Trading Together ", avait déjà lancé l'idée de s'appuyer sur la crise sanitaire pour trouver des opportunités de relancer la croissance et commercialiser entres les deux rives", commente Blanca Moreno-Dodson. Directrice du CMI, elle indique que "ce troisième rapport va beaucoup plus loin car, il analyse en détail quels types de flux commerciaux pourraient faire l'objet de cette commercialisation."

Cette étude de 146 pages, publiée fin février 2022 en Anglais (une version française est en cours) sous le nom “Post Covid-19: opportunities for growth, regional value chains and Mediterranean integration” (“Post Covid-19: Opportunités de croissance, chaînes de valeur régionales et intégration méditerranéenne”), est le fruit de la première collaboration sur le plan institutionnel entre le CMI, rattaché à l'Unops (Onu) depuis 2021, et le Femise, tous deux basés à Marseille. "Nous avions déjà travaillé avec certains de leurs membres. Ce solide partenariat avec le Femise nous a permis, grâce aux contributions techniques de leurs co-auteurs et les commentaires détaillés des membres du CMI, d'affiner les données et les recommandations", souligne Blanca Moreno-Dodson.

Maryse Louis voit dans ce rapport un prolongement naturel de son partenariat avec le CMI (photo: F.Dubessy)
Maryse Louis voit dans ce rapport un prolongement naturel de son partenariat avec le CMI (photo: F.Dubessy)

Le CMI et le Femise unissent leurs expertises

"Ensemble, nous réunissons une très bonne connaissance de la région et une pluralité de points de vue et de domaines d'expertises. Ceci était nécessaire pour assurer la qualité et la pertinence de l'analyse", affirme la directrice du CMI. Maryse Louis, directrice générale du Femise, voit aussi dans cette collaboration "un développement naturel de notre partenariat car, nous trouvons des similitudes et des synergies dans nos objectifs." 

"Nos deux institutions ont ressenti le besoin de répondre rapidement et efficacement à la crise en unissant leurs forces et en proposant une vision commune au profit de la région", poursuit-elle. De début 2020 à fin 2021, le partenariat entre Femise et le CMI a d'ailleurs produit vingt-deux documents de politique générale (Policy  Briefs) pour "mieux comprendre l'impact de la Covid sur la région dans différents secteurs et proposer des recommandations", indique la directrice générale du Femise.

"La crise a révélé les vulnérabilités des pays de la région dans différents domaines et le rapport plonge dans les causes profondes de ces défis, notamment en termes de sécurité alimentaire, et la fragilité du secteur de la santé dans le but de présenter des solutions pour améliorer les capacités de sécurité alimentaire, renforcer et numériser le secteur de la santé et développer davantage le secteur pharmaceutique", commente Maryse Louis.

Pour la directrice générale du Femise ce rapport recèle un double objectif car, il va au-delà de ce constat, très important à poser. "La crise a créé des opportunités pour approfondir l'intégration régionale, les pays choisissant de privilégier le raccourcissement de leurs chaînes de valeur. Le rapport met en lumière ces opportunités pour la région UE-Med en identifiant des 'niches de produits' pour un potentiel de near-shoring (NDLR: délocalisation dans un pays proche) entre les deux rives de la Méditerranée vers une intégration économique plus substantielle et une meilleure participation des pays du Sud de la Méditerranée dans les chaînes de valeur mondiales", indique-t-elle.

La crise sanitaire révélatrice de la trop faible intégration de la région

La région Mena (Moyen-Orient Afrique du Nord) demeure celle la moins intégrée au monde. La crise sanitaire n'a fait qu'aggraver ce point récurent. "En observant les données, aussi bien sur le commerce que sur les mouvements de capitaux et de personnes, on ne peut que dire qu'elle est décevante", regrette Blanca Moreno-Dodson. Elle suggère "des actions concertées au niveau de toute la région, avec le soutien de la politique de voisinage actuelle de l'Union Européenne." Ceci pourrait passer par "des investissements importants qui valorisent et exploitent le potentiel de la région pour en faire un moteur de croissance. Il s'agirait d'une combinaison de politiques publiques (dans quelques cas avec des modifications des lois et des régulations) accompagnant le secteur privé et toujours en partenariat avec les centres de recherche, la société civile et surtout une jeunesse éduquée pour mettre en œuvre les changements nécessaires."

Ce cheval de bataille est enfourché depuis de nombreuses années par le Femise qui "défend l'importance de l'intégration régionale et du renforcement des relations avec l'Afrique (voisins des voisins), le développement inclusif et durable, la participation du secteur privé, la croissance tirée par l'innovation entre autres", comme le décline Maryse Louis. "Notre rapport s'inscrit donc parfaitement dans nos priorités et dans la continuité de notre positionnement sur ces sujets", poursuit-elle.

Patricia Augier note les effets négatifs de la Covid-19 sur le passage sous le seuil de pauvreté (photo: F.Dubessy)
Patricia Augier note les effets négatifs de la Covid-19 sur le passage sous le seuil de pauvreté (photo: F.Dubessy)

De nombreux enseignements

"Ce rapport montre une fois de plus la nécessité d'une meilleure coopération Sud/Sud malgré les problèmes politiques et les nombreux obstacles", indique Patricia Augier, co-auteure de ce document qu'elle a co-dirigé avec Blanca Moreno-Dodson. Professeure à Aix Marseille Université (AMU), rattachée à Aix-Marseille School of Economics (AMSE), elle alarme sur "les effets négatifs de la Covid-19 amplifiés dans les pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée. Ils ont été victimes de la baisse massive des fonds et d'une activité touristique qui s'est effondrée." L'impact a été d'autant plus important qu'"entre 40 à 60% de leur population active travaille dans le secteur informel. Ils sont très vulnérables à la pauvreté et se trouvent juste au-dessus des seuils internationaux de pauvreté. Donc, il suffit d'un rien pour les faire basculer en dessous", pointe-t-elle. D'où l'importance de "faire un focus sur les opportunités post-covid qui pourraient se présenter."

Parmi les enseignements, Blanca Moreno-Dodson pointe le manque d'exploitation par l'Europe de la capacité de production et d'exportation de nombreux produits dans les pays de l'Est et du Sud de la Méditerranée. "L'UE les importe de pays beaucoup plus éloignés géographiquement, notamment de la Chine", souligne-t-elle. Le rapport suggère d'enlever les barrières qui entravent ces échanges potentiels, et de promouvoir les investissements dans les secteurs offrant un avantage compétitif.  

La directrice du CMI souligne également la menace qui plane en matière de sécurité alimentaire sur ces pays, "à cause de la Covid-19, mais également du changement climatique et du manque de valorisation aussi bien du secteur agricole que de la diète méditerranéenne." Ainsi que "l'importance du numérique dans le domaine de la santé pour combler des lacunes au niveau de la performance." Elle relève également "le haut potentiel du secteur pharmaceutique qui devrait être développé davantage. Je lance cet appel aux investisseurs qui s'intéressent au secteur!"  


Blanca Moreno-Dodson regrette la faible intégration dans la région (photo: F.Dubessy)
Blanca Moreno-Dodson regrette la faible intégration dans la région (photo: F.Dubessy)

Renforcement indispensable des chaînes de valeur

La Covid-19 a cruellement dévoilé la nécessité de renforcer les chaînes de valeur. Les pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée, mais aussi d'Europe du Sud, l'ont vite compris. "Nous assistons déjà à un raccourcissement de ces chaînes et à leur relocalisation pour répondre aux augmentations des prix du transport et de l'énergie", constate Blanca Moreno-Dodson. "Ceci a permis aussi une prise de conscience majeure des objectifs de décarbonisation et de protection de l'environnement.  Cette tendance avait déjà commencé d'ailleurs depuis la crise globale de 2008 et la Covid n'a fait que l'accentuer. C'est le moment de réfléchir à comment coproduire avec les voisins !", poursuit-elle.
Patricia Augier a repéré entre 400 et 500 produits exportés par quatre pays (Jordanie, Égypte, Tunisie, Maroc) en Asie et en Chine qui sont importés par des entreprises de l'Union européenne sous forme de biens intermédiaires. "Ceci s'explique par un souci de simple optimisation ou par une méconnaissance des produits fabriqués dans les pays méditerranéens", déduit la co-auteure du rapport.

Reste à savoir si la pandémie a finalement été un mal pour un bien en révélant certain dysfonctionnement ? La directrice du CMI s'avoue mitigée: "Elle le sera seulement si nous savons profiter de ce moment et si nous savons mettre de côté les différences éventuelles, même au niveau politique, en vue de chercher un meilleur avenir commun pour les générations suivantes. Pour ce faire, il faut valoriser les cadres institutionnels actuels aussi bien que les régulations et politiques qui encouragent la possibilité d'agir ensemble, et non pas chacun pour soi." Blanca Moreno-Dodson repose ses espoirs sur l'Union pour la Méditerranée, le nouvel accord de commerce entre l'Europe et le continent africain, le renouvellement du partenariat Union européenne - Union africaine, mais n'oublie pas "le rôle du CMI pour continuer à promouvoir l'intégration de nos économies, de nos mouvements de capitaux et de nos populations."

Le rapport présenté officiellement au Caire

Ce rapport “Post Covid-19: Opportunités de croissance, chaînes de valeur régionales et intégration méditerranéenne” sera officiellement lancé le 26 mars 2022 lors de l'assemblée annuelle de l'Economic Research Forum (ERF) organisée par le Femise du 26 au 30 mars 2022 au Caire. "Il sera présenté par les auteurs principaux et discuté par des panélistes clefs qui répondront aux questions sur les prochaines étapes compte tenu de ses conclusions", confie Maryse Louis. "Il faudra pousser plus en avant certains domaines d'études. Par exemple sur la sécurité alimentaire souvent confondue avec l'auto-suffisance et vue comme un protectionnisme alors que dans une situation de crise elle est essentielle", commente Patricia Augier.

Le document sera ensuite diffusé à travers plusieurs évènements thématiques, chapitres par chapitres, en collaboration avec le Ministère français de l'Économie et des Finances, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le CIHEAM (Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes) et la Banque mondiale. "L'idéal serait que ces idées soient portées par les institutionnels. J'aimerai aussi que le secteur privé s'en empare", espère Patricia Augier. "Il faudrait le mobiliser dans les pays européens et ceux du Sud et de l'Est de la Méditerranée dans chacun des secteurs étudiés, pour diffuser cette information et voir ce qu'il est possible de mettre en place dans la relation Nord/Sud pour créer des emplois au Sud. Ce serait une opportunité d'associer politique industrielle et politique commercial, cette dernière devant être au service de la première. Avec de vrais co-investissements et de vrais co-projets pour changer notre façon de coopérer et se situer dans une relation gagnant/gagnant", poursuit-elle.


* “Post Covid-19: opportunities for growth, regional value chains and Mediterranean integration” . Auteur(e)s : Patricia Augier, Blanca Moreno-Dodson, Pierre Blanc, Michael Grasiorek, Sami Mouley, Constantin Tsakas, Bruno Ventelou.





1.Posté par Henry MARTY-GAUQUIÉ le 04/03/2022 07:04
Ce rapport du Femise et du CMI est très bien venu car il met le doigt sur des faiblesses de la coopération et de l'intégration regionale en Méditerranée. Il est très heureux qu'il reçoive une audience élargie lors des discussions à l'ERF au Caire à la fin du mois. Mais, les causes des lacunes à l'intégration régionale et aux coopérations sud-sud sont hélas trop connues: le court-termisme, le poids des enjeux de politique intérieure dans chacun des pays méditerranéens, mais aussi la perte de confiance qu'induit le comportement disruptif de certains pays de la région qui aspirent à un rôle de puissance régionale...













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