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Le « Processus de Barcelone » cherche un second souffle


Que reste-t-il du « Processus de Barcelone » inauguré en 1995 ? Vingt ans après, l'Association des Chambres de Commerce de Méditerranée (ASCAME) profite de la neuvième semaine méditerranéenne des leaders économiques, organisée dans la capitale catalane du 25 au 27 novembre, pour relancer une volonté de coopération qui aille au delà des discours de bonnes intentions.



L'Ascame demande la création d'une agence méditerranéenne du tourisme et d'une « marque Méditerranée ». Photo FM.
L'Ascame demande la création d'une agence méditerranéenne du tourisme et d'une « marque Méditerranée ». Photo FM.
ESPAGNE / MEDITERRANEE. La neuvième semaine méditerranéenne des leaders économiques (MedaWeek 2015) s'est ouverte à Barcelone par une minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Paris, Beyrouth et Tunis. Un silence éloquent qui posait l'enjeu de ces rencontres organisées par l'Ascame (Association des Chambres de Commerce de Méditerranée), au moment de fêter le vingtième anniversaire du « Processus de Barcelone », visant à créer un espace méditerranéen « de paix, de sécurité et de prospérité ».

A l’heure où les attaques terroristes menacent une nouvelle fois cette volonté commune de développement, les leaders économiques méditerranéens ont réaffirmé leur implication, à l’endroit même où est né ce processus. Dans cette optique, l'Ascame a dévoilé une « déclaration 20+20 », proposant des initiatives concrètes pour « renforcer la compétitivité du secteur privé méditerranéen, palier le manque d'investissements privés, favoriser les prises de participations dans les capitaux des entreprises, unifier la promotion et le financement des micro-entreprises et des PME méditerranéennes ». La déclaration prévoit aussi la création d'une agence méditerranéenne du tourisme et d'une « marque Méditerranée » pour promouvoir la destination dans sa globalité auprès des clientèles touristiques mondiales. 

« Entrer en guerre contre la pauvreté, terreau du terrorisme »

La « déclaration 20+20 » de l'Ascame reprend les objectifs d'intégration des jeunes et des femmes dans le monde du travail, ainsi que la stimulation de l’esprit d'entreprise et d'innovation en Méditerranée.

Autant de bonnes intentions risquant de rester lettre morte sans l'implication des entrepreneurs, complémentaires des pouvoirs publics, estime Miquel Valls, président de la CCI de Barcelone : « À l'heure où les États entrent en guerre contre le terrorisme, il nous faut de notre côté entrer en guerre contre la pauvreté, terreau du terrorisme ». Une façon de dessiner une nouvelle feuille de route pour un développement économique méditerranéen basé sur davantage de justice sociale. Les chiffres illustrent cette nécessité : 40 millions de jeunes sont au chômage au sud et à l'est de la Méditerranée, dans un bassin de 369 millions d'habitants où 50 % de la population a moins de 25 ans.

Au delà du constat de paupérisation et de risque d'exclusion économique de toute une génération, le Secrétaire Général de l'Union pour la Méditerranée (UpM) Fathallah Sijilmassi en appelle à un changement de logique : « Je ne crois plus à la Méditerranée des discours, je crois à la Méditerranée des actions ».  

Affirmer la « dimension régionale » des défis

MedaWeek 2015 : les entrepreneurs au chevet du « Processus de Barcelone » (photo FM)
MedaWeek 2015 : les entrepreneurs au chevet du « Processus de Barcelone » (photo FM)
« D'anniversaire en anniversaire, de réunion en réunion, de discours en discours, beaucoup de jeunes méditerranéens restent sans perspective d'avenir. C'est pour eux que nous devons agir », ajoute Fathallah Sijilmassi, rappelant « l’importance opérationnelle des trente-trois projets labellisés par l'Union pour la Méditerranée, dont bénéficient 200 000 jeunes ». Des chiffres donnés comme une réponse aux critiques d'immobilisme parfois adressées à l'UpM.

La création de cette association des 43 États reste l'une des grandes étapes de la construction d'une « région Méditerranée » depuis le lancement du Processus de Barcelone. Elle constitue aujourd'hui une base pour affirmer la « dimension régionale » des défis qui se posent à l’ensemble des pays. « Qu'il s'agisse de terrorisme ou d’immigration, toute la région euro-méditerranéenne est concernée. Nous rôle consiste à coordonner les efforts de tous pour renfoncer les synergies, pour agir en complémentarité », poursuit le Secrétaire Général de l'UpM : « Fini le romantisme en Méditerranée, place à l'action ».  

« Il est important de séparer la religion de l’État »

Place également aux entrepreneurs, comme l'explique à Barcelone Fouad Makhzoumi, président exécutif du groupe Future Pipe Industries (FPI), en prenant l'exemple de ce que a été fait dans son pays, au Liban, pour une « séparation de la religion et de l’État », pour éviter de donner le pouvoir politiques aux fondamentalistes religieux. Car l'environnement politique conditionne évidement le développement des entreprises.

Dans le cadre des rencontres organisées par l'Ascame à Barcelone, il apparait paradoxal d'entendre les représentants institutionnels parler de la « nécessité de donner davantage de liberté au secteur privé », et le dirigeant d'un groupe privé remettre au cœur des débats l'importance de la politique, à commencer par l'indispensable résolution du conflit israélo-palestinien : « Nous ne pourrons rien faire de durable au préalable », estime Fouad Makhzoumi.
 
Et si l'édition 2015 de MedaWeek marquait le véritable point de départ d'une collaboration entre pouvoirs publics et secteur privé en Méditerranée ? Chacun peut en douter, avec les menaces terroristes, mais aussi l’espérer en écoutant Lamia Zribi, Secrétaire d’État aux Investissements en Tunisie, plaider pour un changement de cap : « Nous devons continuer d'améliorer le climat des affaires à travers une meilleure intégration des pays du sud. Plus que jamais, nous avons besoin d’une dimension sociale, pour faire du développement économique le socle des trois mots fondateurs du processus de Barcelone, c'est à dire pour fonder une Méditerranée de paix, de sécurité et de prospérité ».




Jeudi 26 Novembre 2015



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