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Laisser la terre boire la pluie ?



FRANCE. Après des décennies d’artificialisation des sols, le diagnostic est dur : pollution et inondations doivent beaucoup au goudron à tout-va. L’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée, à contre-courant, cherche désormais à stimuler la créativité des aménageurs avec un leitmotiv : l’eau du ciel doit pouvoir aller sous terre.


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Fossé enherbés brisant la surface artificielle pour drainer les eaux de pluie à St-Maximin (83) pour ce parking (photo XDR)
Fossé enherbés brisant la surface artificielle pour drainer les eaux de pluie à St-Maximin (83) pour ce parking (photo XDR)

Octobre 1993. La Torse, paisible ruisseau traversant Aix-en-Provence, se transforme subitement en torrent à la suite d’un simple orage nocturne. Son débit a plus que décuplé. La crue emporte une demi-douzaine de véhicules garés sur ses abords et les charrie sur cinq cents mètres. Sur le passage, les caves de nombreuses résidences sont inondées.  Il n'y a pas de victime, car à cette heure la plupart des gens dorment. Le bitume, partout présent dans cet environnement urbain, a accéléré les eaux en leur donnant une force irrésistible tout en empêchant leur drainage.

 

Vingt ans plus tard, la tendance ne s’inverse pas. « 41% du littoral provençal est artificialisé, quatre fois plus qu’en Corse », précise le Commissariat français au développement durable.

 

Portés par l’habitude, les aménageurs ne renoncent pas au goudron à tout va, qui prive aussi les nappes phréatiques d’un rechargement bienvenu.

 

Pour l’Agence de l’Eau du bassin Rhône Méditerranée, il est temps de se mouiller. Elle a organisé le 3 juin 2014, à Marseille, un colloque sur le retour d’expériences des alternatives, « Osons désimperméabiliser les sols ».


Décrue budgétaire, montée des exigences environnementales

Martin Guespereau a annoncé un nouvel appel à projets doté de 15M€ pour l'Agence de l'Eau (photo MN)
Martin Guespereau a annoncé un nouvel appel à projets doté de 15M€ pour l'Agence de l'Eau (photo MN)

« De nouvelles techniques apparaissent pour laisser les eaux s’infiltrer » insiste le directeur de l’Agence, Martin Guespereau. « Elles présentent un avantage par temps de décrues budgétaires, elles coûtent moins cher que l’artificialisation !»

 

Seul hic, il faut de l’espace pour laisser s’épandre les eaux. Vitrolles, dans le pays d’Aix, n’en manque pas. Véronique Genoulaz, la chargée de mission hydraulique de cette ville, très marquée par ses zones d’activité, projette en effet la réalisation de 16 nouveaux bassins de rétention, pour une capacité de 68 000 m3. Ils s’ajouteront aux 18 actuels.

 

 Les projets favoriseront la décantation. Ici il s’agira d’un terrain de sport inondable, là d’un parc paysager.

 

C’est sur les bassins d'épandages, organisés, visibles et objets d’aménagements paysagers que le parc logistique modèle des Bréguières, aux Arcs (83) a misé. Au cours de violentes inondations qui ont ravagé la région en juin 2010, ce parc créé par la société Barjane fut épargné.

 

A Marseille c’est une originale succession de ruisseaux, fossés drainants, et bassins de rétention qui a permis à la ville d’aménager son premier technopôle, Château-Gombert, durant les années 1980.

 

1600 logements, des universités, laboratoires et espaces d’entreprises s’y agencent dans un environnement caractérisé par les reliefs doux, et par de discrets ouvrages canalisant une eau qui ne grossit plus les ruisseaux propices aux crues soudaines et dévastatrices.


Une aubaine pour les porteurs de projets alternatifs

Afin de favoriser les techniques d’infiltration des sols, l’Agence de l’Eau lance un appel à projets doté de 15 M€. « C’est le second, mais nous avons amplifié notre effort en 2014 » soutient Martin Guespereau.
 
Ouvert aux collectivités de tous ordres des régions Rhône-Alpes, Provence Alpes Côte d’Azur, Languedoc Roussillon et Corse, promoteurs, architectes et syndicats de copropriétés, le dispositif permettra de financer à 50% les réalisations, plafonnées toutefois à 1M€ par projet. Habituellement l’Agence aide à hauteur de 30%.
 
« Elle apporte son concours moins souvent qu’auparavant » précise en aparté le chargé de mission d’une structure cousine. « La crise budgétaire est passée par là. Aussi cet appel à projets est une aubaine ».
Selon l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée, 41% du littoral provençal (ici Marseille) sont artificialisés. Accélération des crues et concentration des pollutions en découlent (photo MN)
Selon l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée, 41% du littoral provençal (ici Marseille) sont artificialisés. Accélération des crues et concentration des pollutions en découlent (photo MN)

Les lauréats devront apporter une solution à la pollution du milieu en traitant l’eau de pluie collectée. « Seuls les premiers centimètres retiennent d’éventuels polluants, car la terre joue un rôle de filtre » précise, Emmanuel Liscouet, le directeur des opérations du groupe Barjane, qui a mené le chantier du parc logistique des Bréguières.
 
Les candidatures seront reçues jusqu’au 26 septembre 2014.

  Article réalisé en partenariat avec EDF

Jeudi 12 Juin 2014


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