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La zone Euro : chronique d’un échec annoncé ?

Par Nathalie Janson, économiste et enseignant-chercheur du Département Économie, Culture et Affaires internationales de NEOMA Business School



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La zone Euro : chronique d’un échec annoncé ?

Au moment où la Lituanie entre dans l’Euro pour devenir le 19ème pays membres de la zone, les tensions sur la Grèce sont ravivées par les propos prêtés à Angela Merkel évoquant une éventuelle sortie de la Grèce de l’Euro.  Ces tensions régulières sont l’expression d’inquiétude et d’incertitude sur le devenir de la zone Euro dont les racines peuvent être identifiées dans l’absence de clarté sur les règles de fonctionnement d’une zone monétaire unifiée.

Il est temps de revenir aux sources.
 

L’analyse économique consacrée à la question des zones monétaires optimales n’est pas récente et a été formalisée dans sa version moderne par Robert Mundell dans les années 1980. Une zone économique au sein de laquelle les échanges commerciaux sont significatifs peut avoir intérêt à partager une monnaie commune afin de diminuer les coûts de transactions mais sous certaines conditions. Les conditions sont les suivantes : ou bien les pays partageant la même monnaie ont des cycles économiques synchronisés et l’adoption d’une monnaie commune n’implique pas de contrainte particulière en matière de politique économique, ou bien ils ne le sont pas et la flexibilité doit être de mise.

La flexibilité s’entend en termes de main d’œuvre, de marché du travail et de prix et doit s’accompagner de transferts budgétaires pour venir en aide aux pays faisant face à des difficultés économiques conjoncturelles. En effet, du point de la politique économique, adopter une monnaie unique revient à se priver d’un instrument de la politique économique ou plutôt à renoncer à sa souveraineté monétaire. Renoncer à sa souveraineté monétaire n’est pas sans conséquence sur les décisions de politique budgétaire. Mais à cet égard l’équation n’est pas très différente lorsque des pays décident de fixer un taux de change entre différentes monnaies comme avant l’Euro avec le SME ou de s’ancrer à une monnaie de référence.

Dans tous ces cas de figure, l’autonomie de la politique monétaire n’existe plus et à ce titre les choix de politique budgétaire sont donc contraints. En effet, il est difficile de mener une politique de relance qui puisse avoir des chances d’obtenir des résultats positifs - ne serait-ce qu’à court terme - si la politique monétaire reste inchangée puisqu’elle conduira inévitablement à une hausse des taux d’intérêt étant donné les ressources limitées. La tension sur les taux d’intérêt peut donc tuer dans l’œuf toute politique de relance par insuffisance de ressources financières disponibles. C’est l’illustration de l’effet d’éviction où la dépense publique finit par se substituer à l’investissement privé.


Pourquoi rappeler ces principes d’analyse économique ?

Parce qu’il est important de comprendre que, contrairement à ce que François Hollande a affirmé lundi 5 Janvier 2015, un pays membre de l’Euro n’a pas le droit de faire ce qu’il veut une fois entrer dans la zone Euro et cela ne relève pas de l’ingérence.

Adopter une monnaie commune lorsque les pays qui la partagent ne suivent pas le même cycle économique – ce qui est de la zone Euro dès le départ en 1998 et pas moins aujourd’hui avec ses 19 membres - signifie devenir flexibles et contraindre sa politique budgétaire à la politique monétaire. L’Allemagne a été claire sur l’objectif que la politique monétaire européenne devait poursuivre. Elle n’acceptait de renoncer à sa souveraineté que si la politique monétaire européenne visait la stabilité des prix afin de favoriser les conditions de la croissance économique. En d’autres termes, uniquement si l’Euro était géré comme le Deustchmark avec des garanties institutionnelles pour être certain qu’il n’y ait pas déviance possible par rapport à ce principe fondateur. C’est pourquoi il est formellement interdit à la BCE de financer directement les États membres.
 

Quelle marge de manoeuvre pour la Grèce ?

Et bien, au vu de ces considérations théoriques, mais dont les effets sont très réels comme nous avons pu l’éprouver depuis la crise de la dette souveraine en 2010, la Grèce n’a pas de marge de manœuvre. A part continuer à poursuivre les efforts d’assainissement et de réforme de fond de ses institutions. C’est ce qu’a tenu à rappeler Angela Merkel à travers sa phrase - sans doute maladroite – à propos de la possible sortie de la Grèce de la zone Euro.

Même si le parti d’opposition accède au pouvoir, il ne pourra pas mettre en place un plan de relance à moins de provoquer sa propre chute. Et cette fois Angela Merkel insiste : l’effet systémique de la Grèce n’existe plus comme en 2010 et à ce titre si le pays décidait de revenir sur ses engagements de politiques économiques, il risquerait de se retrouver seul.

Ce message est également un signal fort envoyé à tous les pays de la zone Euro pour signifier que renoncer à sa souveraineté monétaire à un prix, celui d’un choix limité en matière de politique économique. Alors certes on pourrait arguer que tous les pays puissent décider d’une relance commune pour sortir la zone Euro de son état léthargique, la France est d’ailleurs très promotrice de cette idée. Néanmoins, ce serait une remise en cause du principe de neutralité monétaire auquel les Allemands sont attachés et qu’ils ont cru – sans doute à tort – partager par tous les États membres. La zone Euro n’ a pas fini d’être agitée…

Vendredi 16 Janvier 2015