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"La stratégie du Maroc en matière d'investissements climatiques rejoint celle de la BEI"

SPECIAL COP22


En charge des financements en Espagne, au Portugal, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, le vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Román Escolano va renforcer son action pour atteindre 35% des financements totaux de la banque réalisés dans le domaine climatique en 2020.


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Román Escolano veut atteindre les 35% de financements climat (photo F.Dubessy)
Román Escolano veut atteindre les 35% de financements climat (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE.
 

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econostrum.info : A quelques heures de l'ouverture de la COP22 à Marrakech, nous nous trouvons à Ouarzazate sur le site de la centrale solaire Noor, un projet financé par la Banque européenne d'investissement. il symbolise votre nouvelle politique ?

Román Escolano : Nous venons d'adopter en septembre 2015 une nouvelle stratégie de financement de l'action climatique à l'intérieur et en dehors de l'Union européenne. Ce changement date de la COP de Paris où nous avons pris l'engagement de consacrer 35% de nos activités à cette priorité climatique dans les pays en voie de développement, au lieu de 25%, d'ici 2020.
La BEI est le plus grand bailleur de fonds international dans le domaine climatique et le plus grand émetteur de Green bonds (obligations vertes).

Ici, à Ouarzazate, la BEI a mobilisé ressources et compétences pour accompagner Masen (NDLR : Agence marocaine pour l'énergie solaire) dans l'élaboration du complexe, en tant que chef de file des financiers européens pour les phases I et II, avec un soutien global de 217,5 M€.

A Marrakech pour la COP22, nous allons traduire cet engagement dans le concret. Nous allons expliquer ce que nous avons déjà fait et annoncer de nouveaux prêts.

Par exemple ?

R.E. : Je ne veux rien déflorer. Il faudra attendre quinze jours et la fin de la COP22. Mais, 35% c'est ambitieux ! Nous allons finir l'année à 31% donc, nous allons continuer à travailler pour investir 100 mrds$ supplémentaires en 2020 grâce à cette progression de 25 à 35%. Nous devons étudier des projets additionnels pour atteindre cette somme.

Le défi climatique est particulièrement sensible dans les pays méditerranéens. C'est vrai ici au Maghreb mais aussi dans mon pays l'Espagne : augmentation de la température, sécheresse, pénurie d'eau, changement de cultures...
Le gouvernement marocain conduit sa nouvelle stratégie depuis dix ans et a annoncé que l'énergie renouvelable représenterait 51% de leur mix énergétique en 2020. Il va leur falloir investir beaucoup pour atteindre cet objectif et nous nous trouverons encore à leurs côtés.

La stratégie du Maroc rejoint la notre. Dans ce pays, partenaire historique, nous travaillons déjà bien avec l'Office national de l'Electricité et de l'eau potable (ONEE), mais aussi avec Masen, créé plus récemment. Ce sont deux clients traditionnels.

"Tout un éventail de produits pour répondre au changement climatique"

Serez-vous par exemple présents sur les prochaines phases de Noor ?

R.E. : Nous sommes en train d'étudier tous les projets qui viennent de Masen comme de l'Onee. Nous avons déjà travaillé à Tanger sur l'éolien avec l'Onee. Nous sommes présents sur les grands projets d'énergie renouvelable au Maroc.
Nous disposons de tout un éventail de produits pour répondre au changement climatique, pas seulement sur le renouvelable.
Il existe un autre volet : le transport de masse qui est responsable d'une partie très importante des émissions polluantes. La BEI a financé le tramway de Casablanca et de Rabat et nous étudions actuellement des extensions dans ces deux villes. Nous finançons aussi le métro du Caire, avec des retombées sociales évidentes, et à Tunis un projet de transport en commun.
Nous finançons aussi l'économie verte par l'intermédiaire de prêts consentis aux banques comme notre récent accord avec la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE).

Nous sommes très fiers d'être présents sur de tels dossiers.

"La banque n'a pas deux politiques distinctes en Méditerranée"

La BEI a décidé de séparer le Maghreb et le Machrek qui se trouvaient auparavant réunis dans un seul portefeuille. Est-ce vraiment un avantage ?

R.E. : Du point de vue fonctionnel, j'ai effectivement un collègue qui s'occupe du Machrek (ndlr : Dario Scannapieco). Ceci ne veut pas dire pour autant que nous ayons changé nos politiques, notre mandat sur le voisinage sud. Les conditions de travail, d'étude et d'analyse des projets, les équipes restent les mêmes. Nous ne travaillons pas de façon différente.
J'insiste sur le fait que je ne voudrais pas que l'on pense que la banque a deux politiques distinctes une pour le Maghreb et l'autre pour le Machrek. Ce n'est pas le cas ! Il s'agit seulement d'une nouvelle répartition de tâches au sein du comité de direction de la BEI.

Qui gère donc maintenant la Femip (Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat) ?

R.E. : Du point de vue institutionnel c'est moi. Du point de vue opérationnel, je m'en occupe seulement dans le cadre du Maghreb et mon collègue italien gère les opérations au Machrek.

"La BEI est à la disposition des Algériens"

La Méditerranée reste une priorité pour Román Escolano (photo F.Dubessy)
La Méditerranée reste une priorité pour Román Escolano (photo F.Dubessy)
L'Union européenne semble consacrer moins d'argent à la Méditerranée car elle a aujourd'hui d'autres priorités ?

R.E. : Politiquement, l'Union européenne reste plus que jamais consciente des défis de la Méditerranée avec la crise en Syrie et les crises migratoires. Nous travaillons à la banque sur un plan de résilience et aussi, avec la Commission européenne, sur le plan d'investissement extérieur européen (PIE) en Afrique et dans les pays du voisinage de l'UE.

La banque travaille avec de nouveaux produits, des instruments financiers plus complexes, et je demeure certain, par l'évolution de la maturité des banquiers, que le Maroc et la Tunisie continueront à en bénéficier. De même, le Liban et la Jordanie, très impactés par la crise des réfugiés, vont disposer de beaucoup plus de ressources de notre banque qu'avant. Je ne pense donc pas que la Méditerranée ait perdu sa priorité.

Voici dix mois, lors de notre précédent entretien, je vous avais posé la question sur la possibilité pour la BEI de revenir en Algérie. Vous m'aviez répondu que vous y travailliez. Comment cela évolue-t-il ?

R.E. : Nous avons eu depuis des contacts avec les autorités algériennes. La banque était présente lors de l'échange Union européenne/Algérie en matière d'énergie. L'Algérie est un partenaire de longue date de la BEI. Les grands projets énergétiques de l'Algérie vers l'Europe ont été cofinancés par notre banque.

Le cadre légal demeure parfaitement défini. En cas de requête de financement des autorités algériennes, nous sommes complètement ouverts à considérer tout bon projet soit dans le domaine traditionnel de l'énergie, soit dans d'autres comme le financement au secteur privé, le financement climatique, les nouvelles énergies, l'agriculture... Le même éventail de produits que nous proposons dans d'autres pays du Maghreb reste à la disposition des Algériens.

Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à OUARZAZATE
Jeudi 10 Novembre 2016

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