La solidarité en première ligne dans les pays du Maghreb


L'Afrique du Nord a été peu touchée par la Covid-19. Le Maroc a pris des mesures drastiques de lutte contre la propagation dès l'apparition des premiers cas et lancé un Comité de suivi économique pour juguler l'impact de la pandémie. La solidarité gouvernementale comme celle des particuliers a pleinement joué.


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DOSSIER SPECIAL COVID-19. Au Sud de la Méditerranée, la Covid-19 a commencé à sévir fin février 2020. Dans la plupart de ces économies chancelantes et en pleine recomposition politique – Algérie avec un nouveau président et des manifestations se poursuivant et Tunisie avec la nomination d'un nouveau premier ministre –, les conséquences ont pourtant été mesurées. À l'aune du faible nombre de cas recensés. Les gouvernements ont très vite réagi dès mars 2020, avant les pays européens, et de façon drastique avec les deux outils disponibles et usités pratiquement dans le monde entier : le confinement de la population et des mesures d'atténuation de l'impact économique.

Selon un rapport de l'Oxfam paru début avril 2020, la Covid-19 pourrait faire reculer de trente ans la lutte contre la pauvreté en Afrique du Nord. En cause, les arrêts brutaux de l'activité économique pour limiter la propagation de la pandémie.
L'Observatoire de l'Organisation internationale du travail (OIT) évaluait à la même période la baisse du nombre d'heures travaillées à 4,9% pour l'ensemble de l'Afrique, laissant craindre l'aggravation des problèmes sociaux.

Comme l'ont décrit les auteurs du rapport de l'Association des économistes méditerranéens (EMEA), publié fin avril 2020, tous les pays méditerranéens ont accompagné les entreprises avec des facilités monétaires et fiscales, des assouplissements des règles bancaires. Maroc et Tunisie sont même allés jusqu'à en faire bénéficier les travailleurs du secteur informel.

Réquisition des stocks d'hydrocloroquine au Maroc

Les autorités marocaines ont réquisitionné tous les stocks d'hydrocloroquine de l'usine Sanofi de Casablanca (photo : Sanofi Maroc)
Les autorités marocaines ont réquisitionné tous les stocks d'hydrocloroquine de l'usine Sanofi de Casablanca (photo : Sanofi Maroc)
Le Maroc s'est distingué en étant le premier à réagir pour limiter la propagation. Dès le 13 mars 2020, alors que le premier cas datait du 2 mars et que seulement sept cas étaient enregistrés, le pays fermait tous les établissements scolaires et interdisait les rassemblements publics. Il a ensuite suspendu toutes les liaisons aériennes et maritimes avec la France et l'Espagne, les dessertes terrestres avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla puis avec l'Algérie. Rabat a fermé tous les principaux lieux accueillant du public, des mosquées aux hammams en passant par les cafés, les restaurants et les salles de sports. L'état d'urgence sanitaire entrait en vigueur le 20 mars 2020, accompagné d'un confinement obligatoire avec un régime dérogatoire pour les seules personnes devant se rendre au travail.

Les autorités ont décrété la réquisition de tous les stocks de Nivaquine (chloroquine sulfate) et de Plaquenil (hydrocloroquine). Des médicaments fabriqués par l'usine Sanofi de Casablanca et intervenant dans le traitement des patients touchés par la Covid-19. Dans le même temps, Rabat a pris le contrôle de la distribution du gel hydroalcoolique et des masques, tout en en régulant les prix.

Dès début avril 2020, le gouvernement instaurait un port du masque obligatoire hors du domicile par décret-loi et rendait disponible cette protection au prix de 80 centimes de dirhams (7 centimes d'euros) dans les commerces.


Mobilisation des syndicats pour alimenter un fonds de solidarité

Un fonds spécial Covid a été créé au Maroc pour les plus nécessiteux (photo : F.Dubessy)
Un fonds spécial Covid a été créé au Maroc pour les plus nécessiteux (photo : F.Dubessy)
La Banque centrale marocaine a baissé son taux directeur à 2% le 25 mars et le gouvernement marocain a mis en place un Comité de suivi économique (CVE) pour déterminer les actions à prendre pour limiter les impacts. Le CVE a préconisé de suspendre le paiement des cotisations de sécurité sociale (CNSS) et a instauré un moratoire pour le remboursement des prêts bancaires accordés aux entreprises comme aux salariés. De plus, les affiliés à la CNSS ont bénéficié d'une allocation mensuelle forfaitaire de 2 000 dirhams nets (183 €). Les syndicats se sont mobilisés pour demander à leurs adhérents de faire don de trois jours de salaire durant trois mois pour alimenter un fonds de solidarité spécial Covid.
 
Rabat a également lancé un Fonds spécial de 200 M$ (177 M€) pour moderniser d'urgence les établissements de santé. Alors que certaines entreprises marocaines se lançaient dans la fabrication de production de respirateurs artificiels et de masques pour la première fois. Un volontarisme qui a permis à la fois de faire tourner les usines, donner du travail aux salariés et offrir plus de ressources sanitaires.
 
Fin mai 2020, la Banque africaine de développement (BAD) octroyait un prêt de 264 M€ pour aider le Maroc à "contenir la propagation du virus et à atténuer les conséquences économiques et sociales" de la pandémie, comme l'indiquait Mohamed El Azizi, directeur général de la BAD pour l'Afrique du Nord. Cette enveloppe est destinée à préserver le pouvoir d'achat des Marocains notamment les 4,3 millions de ménages vivant du secteur informel et les 800 000 salariés affiliés à la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) ne pouvant plus travailler.

Subventions aux start-up tunisiennes développant des applications de télémédecine

Distribution de matériel anti-Covid-19 par l'AFD au gouvernorat de Nabeul (photo : AFD)
Distribution de matériel anti-Covid-19 par l'AFD au gouvernorat de Nabeul (photo : AFD)
En Tunisie, le couvre-feu a débuté le 18 mars 2020 après la décision de fermer les écoles, les cafés et les restaurants et avant la fermeture des frontières. Le Premier ministre, Kaïs Saïed a demandé à ses compatriotes aisés de faire "don de la moité de leur salaire ou plus" aux tunisiens privés de revenus à cause de la pandémie. Dans le même temps, il incitait le Parlement à voter un mécanisme pour dédommager les entreprises en souffrance économique.

Le premier cas de Covid-19 a été enregistré le 2 mars 2020 dans un pays qui peine à traduire en solutions politiques et économiques les idéaux qui ont inspiré sa révolution en janvier 2011. Tunis doit en plus gérer sa proximité avec un pays en guerre civile, la Libye. La fragilité de son économie et les problèmes financiers de l'Etat, qui n'arrive pas à boucler son budget 2020, n'aident pas à affronter le coronavirus.

La Banque centrale de Tunisie a baissé son taux directeur de 7,75% à 6,75%. Le gouvernement a débloqué une enveloppe de 2 500 millions de dinars tunisiens (783 M€) pour lancer des mesures de soutien, comme des aides aux familles pauvres et vulnérables, le report de six mois du remboursement des prêts pour les bas salaires, un report du paiement des impôts et des cotisations sociales de trois mois pour les entreprises ainsi que la création d'un fonds d'investissement de 700 millions de dinars (220 M€) pour épauler les entreprises touchées par la crise. Les sociétés situées dans les zones offshore ont même pu vendre jusqu'à 50% de leur production sur le marché local. Les autorités ont également consenti des subventions aux start-up pour les accompagner dans le développement d'applications de télémédecine, e-commerce et e-learning.


Enquêtes épidémiologiques dans les wilayas algériennes

L'Algérie a vite fermé toutes ses frontières (photo : F.Dubessy)
L'Algérie a vite fermé toutes ses frontières (photo : F.Dubessy)
L'Algérie, qui a connu son premier cas le 25 février 2020 et déclaré son entrée en stade 3 dès le 22 mars, fermait progressivement du 9 au 16 mars 2020 ses frontières terrestres avec la Libye, la Tunisie, le Maroc, le Niger et le Mali, ainsi que celles aériennes et maritimes. Et ce après deux pics successifs d'évolution des cas pour arriver très vite à une courbe plate.

Un blocage des activités aux fortes répercussions économiques. D'autant plus que le ralentissement économique dans le monde entier, entraînant une interruption de la demande mondiale de pétrole, pèse pour un pays dont les hydrocarbures représentent 95% des recettes d'exportation et 65% du budget de l'Etat.

L'Algérie prépare, depuis la sortie du plan de "protection sanitaire" jeudi 4 juin 2020, les opérations de déconfinement. Il se fera de façon progressive en fonction des chiffres de contamination enregistrés dans les différentes régions. Certaines activités commerciales (petits commerces, souks, marchés, centre commerciaux, ont repris dès dimanche 7 juin 2020 avec de lourdes contraintes sanitaires obligatoires à mettre en place. "Le non-respect de ses mesures donnera lieu à la fermeture immédiate du commerce ou de l'activité concernée", prévient le gouvernement.
Il a lancé fin mai des enquêtes épidémiologiques dans la dizaine de wilayas enregistrant les taux d'infection les plus élevés au coronavirus. Elles serviront à effectuer des rapports sur la situation et déjà ces régions sont pointées du doigt pour ne pas suivre les mesures préventives conseillées, notamment la distanciation sociale, l'hygiène des mains et le respect du confinement".

Le conflit du Sahara occidental est même venu se greffer au dossier Covid. Les Marocains indiquant début juin 2020 qu'il n'y avait plus aucun cas dans cette région au statut non défini et les Algériens installant du côté de leur frontière un hôpital de campagne pour ... les soigner.
 
Dans son dernier rapport sur les perspectives des économies dans ses régions d'intervention paru mi-mai 2020, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) livre de bonnes nouvelles.
Ce document atteste que la résilience sera de mise dans les pays méditerranéens dès 2021, et donc pour ceux d'Afrique du Nord. La Berd prévoit en effet cette année 4% de croissance pour le Maroc (-2% en 2020) et 2,5% pour la Tunisie (-2,5% en 2020). Le Fonds monétaire international (FMI) partage cet optimisme, mais de façon plus modérée. Dans ses perspectives, il prévoit pour ces mêmes pays un PIB en hausse de respectivement 4,8% (-3,7% en 2020) et 4,1% (-4,3% en 2020). L'Algérie devrait connaître une croissance de 6,2% en 2021 après une chute de 5,2% en 2020.


Mardi 16 Juin 2020
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