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La situation humanitaire en Syrie rend urgente la normalisation politique




Après une décennie de conflit, la Syrie est dévastée (photo : Jessica Lawson/WFP)
Après une décennie de conflit, la Syrie est dévastée (photo : Jessica Lawson/WFP)
SYRIE. Envoyé spécial des Nations unies en Syrie, Geir Pedersen a prévenu une nouvelle fois le Conseil de sécurité de l'Onu, mardi 28 septembre 2021. "Le peuple syrien a désespérément besoin d'un processus politique dirigé et contrôlé par les Syriens pour obtenir des résultats", indiquait-il.

Geir Pedersen appelle à "une diplomatie constructive en Syrie" et pour cela demande "aux États clefs de collaborer avec lui dans le cadre de discussions exploratoires sur des mesures concrètes, mutuelles, vérifiables et réciproques qui peuvent être mises en oeuvre en parallèle", comme le précise un communiqué de l'Onu.

Alors que les lignes de front militaires sont largement gelées et que le statu quo s'installe entre les belligérants - même si des groupes terroristes comme l'État islamique du Levant (EIIL/Daech) continuent à opérer dans le pays  -, l'envoyé spécial des Nations unies estime que "le moment est venu de faire pression pour un processus politique." Il devra être dirigé et contrôlé par les Syriens eux-mêmes tout en nécessitant "une attention internationale soutenue à l'appui d'un effort plus large visant à consolider le calme, à atténuer les souffrances et à faire avancer la Syrie sur la voie du rétablissement de sa souveraineté, de son unité, de son indépendance et de son intégrité territoriale."

"J'espère que les questions abordées lors des récents contacts internationaux constituent le plancher, et non le plafond, de ce que nous voulons collectivement réaliser en Syrie", souligne Geir Pedersen.

Rédiger un processus de réforme constitutionnelle

Geir Pedersen réclame "une diplomatie constructive en Syrie" (photo : Onu)
Geir Pedersen réclame "une diplomatie constructive en Syrie" (photo : Onu)
La sixième session du Comité constitutionnel syrien se réunira à Genève à partir du 18 octobre 2021. Composé de trois délégations nommées par le gouvernement, l'opposition et la société civile, elle aura pour tâche de rédiger un processus de réforme constitutionnelle. 

La résolution 2254, votée par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2015, appelait à un cessez-le-feu et à une résolution politique du conflit en Syrie. L'arrêt des combats a été signé le 5 mars 2020 sous l'égide de la Turquie et de la Russie.
Le texte onusien prévoyait également la tenue d'élections libres et équitables, sous la supervision des Nations unies, dans les dix-mois et une transition politique effectuée par les Syriens. Un scrutin s'est bien déroulé lieu fin mai 2021 et a permis à Bachar el-Assad d'obtenir un quatrième mandat de Président avec 95,1% des voix. Seuls les habitants résidant depuis au moins dix ans consécutifs dans les deux-tiers du territoire contrôlés par le régime syrien et ceux pouvant se rendre dans quelques ambassades syriennes à l'étranger où des urnes étaient disponibles, ont pu déposer leur bulletin. Et encore, pour voter ils devaient disposer d'un passeport valide, frappé d'un tampon officiel de sortie du territoire, ce qui excluait, par définition, toute l'opposition. Le taux de participation s'est élevé à 76,64% annonçait le président du Parlement syrien.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Damas règne sur uniquement 63,7% du pays, son opposition, les Forces démocratiques syriennes (FDS), sur 22,9% et le reste, se trouve entre les mains de divers groupes principalement islamistes, mais aussi des armées étrangères.

13,4 millions de Syriens ont besoin d'une aide humanitaire

L'accès à l'eau potable a atteint "un point de rupture" selon MSF (photo : Delil Souleiman/Unicef)
L'accès à l'eau potable a atteint "un point de rupture" selon MSF (photo : Delil Souleiman/Unicef)
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies au droit de l'homme, plus de 350 000 personnes ont été tuées lors de la première décennies du conflit syrien. "Compte tenu du grand nombre de personnes qui n'ont toujours pas été recensées, le chiffre réel est probablement beaucoup plus élevé", soulève toutefois le communiqué de l'Onu.
Quelque douze millions de Syriens ont été déplacés et des dizaines de milliers d'autres seraient toujours détenus, enlevés ou portés disparus.

Voici une quinzaine de jours, Martin Griffiths témoignait devant le Conseil de sécurité à l'issue d'un séjour sur place et en Turquie. Le chef des affaires humanitaires de l'Onu estimait que 13,4 millions de personnes à travers le pays avaient besoin d'une aide humanitaire, soit une augmentation de 21% par rapport à l'année précédente et le chiffre le plus élevé depuis 2017. "La réalité vécue est encore plus désastreuse que les chiffres ne peuvent le décrire", affirme-t-il. Le taux de pauvreté avoisine les 90%.

Mardi 28 septembre 2021, Médecins sans frontières (MSF) indiquait qu'"une décennie de guerre a laissé les infrastructures d'eau et d'assainissement détruites et négligées". L'accès à l'eau potable dans le Nord du pays aurait atteint "un point de rupture" mettant en péril la santé de plus de trois millions de personnes. "Dans les camps de personnes déplacées, des maladies se propagent à cause de cette situation : la diarrhée, l'hépatite, l'impétigo, ou encore la gale", constate Ibrahim Mughlaj, promoteur de la santé pour MSF dans le Nord-Ouest de la Syrie. "Même quand l'eau est disponible pour la population du Nord, elle n'est pas potable", poursuit-il. Depuis janvier 2021, 28 % de l’ensemble des consultations menées dans l’un des hôpitaux soutenus par MSF dans le gouvernorat d’Idlib sont des cas de diarrhée aqueuse aiguë. A fin mai, ils ont augmenté de 50% par rapport à l'année précédente dans un centre de santé primaire implanté par l'ONG à Raqqa.

L'ONG propose actuellement des services d’assainissement et d’acheminement de l'eau dans près de quatre-vingt camps dans le Nord-Ouest de la Syrie, dont bénéficient près de 30 000 personnes déplacées. Ses équipes distribuent des kits d’hygiène, assurent le traitement et la distribution d’eau potable, ainsi que la collecte de déchets, mettent en place de canalisations et des égouts, et construisent et réhabilitent des latrines. Tout en assurant la promotion de la santé.

La Covid aggrave une situation humanitaire déjà désespérée

La mauvaise situation sanitaire et la saturation des infrastructures s'alourdit avec le développement de la Covid-19, obligeant récemment au transfert de patients hospitalisés à Damas et à Lattaquié vers d'autres provinces du pays. Cette année, une première campagne de vaccination a été lancée en collaboration avec l'Onu et le programme Covax garantissant un  accès équitable au vaccin. Mais uniquement dans les zones contrôlées par le régime et dans le Nord-Est dominé par les Kurdes.

D'après le ministère syrien de la Santé, le nombre de contaminés ne cesse pourtant de progresser depuis la mi-août 2021. Il est passé de cinquante à plus de 300 cas par jour. Le ministre de la Santé, Taoufic Hassaba, reconnaissait même sur la télévision syrienne, "c'est la première fois que le nombre de cas atteint 400." Dans la région d'Idleb, les cas quotidiens atteindraient les 1 500 contre cinquante à 100 début août 2021. Le nombre croissant de tests PCR expliquerait, selon le gouvernement syrien, ces hausses subites. "L’accès limité à l’eau entrave également la capacité des populations à respecter les mesures d’hygiène essentielles pour la prévention et le traitement du virus", insiste Ibrahim Mughlaj.

Depuis le début de la pandémie, le CSSE de l'Université Johns Hopkins a recensé 33 640 cas confirmés en Syrie pour 2227 décès. 533 949 doses auraient été administrées et seulement 248 862 Syriens bénéficieraient d'un parcours vaccinal complet, soit 1,46% de la population..

Un plan global de réponse humanitaire pour la Syrie d'un montant de 4,2 mrds$ existe bien, mais, "seulement 27% de la réponse est financée", s'alarme l'Onu. "Même si ce total augmente dans les mois à venir, grâce à la réponse et à la générosité des donateurs - ce que j'espère - le financement ne suit pas le rythme des besoins croissants des Syriens. C'est une réalité fondamentale et objective", commente Martin Griffiths. Pour lui, "la Syrie est prise dans une spirale descendante (...) Le pays continuera d'être un lieu de tragédie, tant que le conflit se poursuivra."

Mercredi 29 Septembre 2021

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