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La rue libanaise peut désormais compter sur treize députés pour faire entendre sa voix


Rédigé par , le Mardi 17 Mai 2022 - Lu 810 fois

Le bloc parlementaire constitué par le Hezbollah, le mouvement Amal et le Courant patriotique libre perd sa majorité au Parlement libanais au profit des Forces Libanaises et de ses apparentés. Les candidats issus des groupes de la contestation obtiennent treize sièges. English version


Les députés issus du mouvement de contestation deviennent les arbitres du Parlement libanais (photo: DR)
Les députés issus du mouvement de contestation deviennent les arbitres du Parlement libanais (photo: DR)
LIBAN. Les résultats définitifs des élections législatives du dimanche 15 mai 2022 au Liban sont enfin tombés, mardi 17 mai 2022. Comme prévu la veille, avec la publication des chiffres provisoires, le mouvement Hezbollah et ses alliés (notamment Amal et le Courant patriotique libre -CPL) perdent leur majorité au Parlement libanais. Ils n'obtiennent pas les soixante-cinq sièges (sur 128) nécessaires pour leur assurer la main-mise sur cette institution. Dans la dernière assemblée, ils disposaient de soixante-et-onze députés, ils n'en ont plus que cinquante-huit.

C'est notamment le recul du parti chrétien Courant patriotique libre (CPL) du président Michel Aoun, allié depuis 2006 du Hezbollah, qui explique cette mauvaise performance. Le CPL ne recueille que dix-sept sièges contre vingt-et-un en 2018 lors du précédent scrutin, mais réunit le plus grand pourcentage de voix du bloc parlementaire: 13,28% (11,72% pour Amal et apparentés, 10,16% pour Hezbollah).
Le président actuel du Parlement, Nabih Berri, du mouvement Amal, allié également au Hezbollah, devrait perdre son poste. Son parti n'a plus que quinze sièges (contre 17), le Hezbollah conserve ses treize députés, tous chiites.

Un véritable revers pour les deux personnes les plus importantes de l'État libanais. D'autant plus que Michel Aoun achèvera son mandat en octobre 2022.

Treize candidats de la contestation arrivent au Parlement

Soutenu par l'Arabie saoudite, le parti chrétien de droite des Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea décroche dix-neuf sièges, soit cinq de plus qu'en 2018. Ceci lui permet désormais de revendiquer la première place des partis chrétiens du pays, la dérobant, au CPL.

Le principal autre enseignement, en dehors d'un taux de participation en baisse (41% contre 48,68% en 2018), est la montée en puissance des candidats soutenus par les mouvements de contestation. Ceux qui appellent depuis octobre 2019 à chasser de leur poste les politiques actuels jugés incompétents et corrompus. Pour cette première élection depuis la crise sociale, ils sont treize à entrer dans l'enceinte du Parlement réalisant un pourcentage de 10,16%. Deux d'entre eux, Elias Jarada (grec-orthodoxe) et Firas Hamdan (druze) réussissent même le tour de force de prendre un siège détenu par des alliés du Hezbollah depuis trois décennies dans la circonscription Liban-Sud I.

Leur arrivée pourrait remettre en cause le système confessionnel en place qui attribue, par usage, le poste de Président de la République à un Chrétien maronite et celui de Président de l'Assemblée nationale à un Chiite. Le Président du Conseil des ministres a toujours été un Sunnite. A l'exception notable de la nomination de Hassan Diab, Chiite, en décembre 2019. Mais, l'expérience fut de courte durée avec sa démission forcée après les explosions dans le port de Beyrouth en août 2020. Le confessionnalisme favorise les tractations entre partis installés et mène aux impasses politiques.

L'avis de ses nouveaux venus, passés de la rue aux rangs de l'Assemblée nationale, va désormais compter. A condition qu'ils se constituent en bloc, et deviennent ainsi la troisième ou quatrième force du Parlement, selon les alliances futures. Ces contestataires pourraient peser sur la formation du nouveau gouvernement avant de jouer le rôle d'arbitres lors des débats durant la législature.

Redistribution des équilibres politiques

Le Premier ministre sortant, le Sunnite Najib Mikati (mouvement Azm), devrait céder sa place face à ces résultats qui redistribuent les équilibres politiques. Il a été désigné, fin juillet 2021, par le président Michel Aoun pour constituer une équipe gouvernementale, suite à l'échec pour la même mission de Saad Hariri après dix mois de négociations. Ce dernier avait d'ailleurs appelé à boycotter ce scrutin. Mardi 17 mai 2022, Najib Mikati qui a assuré l'intérim jusqu'aux élections législatives en se contentant d'expédier les affaires courantes, appelait d'ailleurs à la formation rapide d'un nouveau gouvernement.

La tâche qui attend le prochain Président du Conseil des ministres s'avère très lourde. En faillite depuis mars 2020, et avec une monnaie ayant perdue plus de 90% de sa valeur, le Liban a, dans les plus brefs délais, besoin de mener des réformes indispensables pour sortir de son marasme social et économique. C'est d'ailleurs la condition sine qua non plusieurs fois assénée, depuis des mois, par le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer une aide. Les discussions se poursuivent avec l'institution.

La pauvreté a quasiment doublé entre 2019 et 2021, touchant 82% de la population libanaise en 2021.

Un "État défaillant" selon l'ONU

Voici quelques jours, un expert missionné par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, Olivier De Schutter, indiquait, dans un rapport, que "l'impunité, la corruption et les inégalités structurelles ont été intégrées dans un système politique et économique vénal conçu pour faire échouer ceux qui sont en bas de l’échelle, mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi". Il n'hésitait pas à parler d"'État défaillant" et à qualifier d'"omniprésents", les liens politiques avec le système bancaire suscitant de "sérieuses inquiétudes concernant les conflits d'intérêts dans leur gestion de l'économie et de l'épargne des gens".

Selon lui, "les dirigeants politiques sont complètement déconnectés de la réalité, y compris du désespoir qu'ils ont créé en détruisant la vie des gens. Il décrit également le Liban comme l'un des pays les plus inégalitaires au monde, mais les dirigeants semblent au mieux ignorer cela et au pire se sentir à l'aise avec cela".

Ces remarques sont aussi amères à l'encontre de la Banque centrale: "La conclusion de mon rapport est que la Banque centrale a amené l'État libanais à être en violation flagrante du droit international des droits de l'homme".

Olivier de Schutter appelle le futur gouvernement à placer la responsabilité et la transparence au "coeur et au centre de ses actions" et lui demande de divulguer publiquement ses propres finances et ses conflits d'intérêts tout en exigeant que la Banque centrale agisse de même.

Dans un communiqué publié lundi 16 mai 2022, l'Onu indique que son "secrétaire général compte sur le nouveau Parlement pour adopter d'urgence toutes les lois nécessaires à la stabilisation de l'économie et à l'amélioration de la gouvernance".




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