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La protestation contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika recrute de plus en plus de manifestants


Les manifestations contre la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika, toujours hospitalisé à Genève, rassemblent de plus en plus de participants alors que le pouvoir tente de justifier un cinquième mandat comme seule solution pour éviter le chaos.


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La rue algérienne se lève contre un cinquème mandat d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 1999 (photo : F.Dubessy)
La rue algérienne se lève contre un cinquème mandat d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 1999 (photo : F.Dubessy)
ALGÉRIE. La rue gronde depuis trois semaines à Alger, Oran, Constantine, Blida, Béjaia... et le mouvement commence à prendre réellement de l'ampleur. La population se mobilise contre la volonté d'Abdelaziz Bouteflika (82 ans et souffrant depuis 2013 des séquelles d'un AVC) de briguer un cinquième mandat.

Vendredi 8 mars 2019, premier jour du week-end, les manifestations ont été encore plus massives que les jours précédents obligeant les autorités à fermer le métro d'Alger. Cet afflux démontre la détermination, en particulier chez les étudiants mais aussi les femmes défilant en cette journée internationale qui leur est consacrée, de ne pas céder sur leurs revendications.

Les marches ont connu, près de l'Ecole des Beaux-Arts, quelques heurts entre jeunes et forces de l'ordre qui ont répondu aux jets de pierre par des tirs de gaz lacrymogène. Mais, dans l'ensemble, le mouvement se veut pacifiste.

"Nous sommes en 2019, il nous faut un président neuf", clamait une jeune manifestante. "Nous voulons un président qui parle et qui marche", scandait une autre. Les slogans étaient en majorité humoristiques tout comme les messages sur les affiches brandies : un paquet de cigarettes avec l'inscription "vous êtes Mal barrés, votre système nuit gravement à notre santé", ou un boîte de la marque "Président" entouré de la phrase "ce camembert pue moins que votre système !" et encore un simple carton barré d'un "We're making Algeria great again".

La menace du chaos pour justifier un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika

Face aux critiques, le pouvoir a d'abord tenté de les réprimer puis d'apporter une réponse pour les rendre obsolètes. Par la voix d'Abdelghani Zaalane, son directeur de campagne, le président algérien a promis, dimanche 3 mars 2019, d'engager des réformes. Mieux, s'il était élu (ce qui ne fait aucun doute), il assure qu'il n'occupera qu' un an son siège. Le temps d'organiser une conférence nationale "devant constituer le socle d'un nouveau système" et de provoquer une élection anticipée.

Mais cette annonce n'a eu aucun effet sur la mobilisation. Jeudi 7 mars 2019, un communiqué de la présidence de la République mettait donc une seconde couche en brandissant le danger du chaos. Le texte présentait à nouveau Abdelaziz Bouteflika comme garant de la paix face à l'épée de Damocles de la décennie sanglante lors de la guerre civile. Tout en se félicitant que "le pluralisme démocratique soit désormais une réalité palpable", le message mettait en garde contre "une quelconque partie insidieuse, de l'intérieur ou de l'extérieur", à l'origine des troubles et infiltrant les mouvements de contestation.

Plusieurs associations historiquement proches du président se sont désolidarisées au cours des dernières vingt-quatre heures du pouvoir. Des dissidents de l'Organisation nationale des Enfants de Chouhadas (ONEC), réunissant les anciens combattants de la guerre d'indépendance, s'est ainsi ralliée aux mots d'ordres des manifestants contre le cinquième mandat. Tout comme l'Organisation nationale des Moujahidine (ONM) ou l'association des anciens du MALG (service de renseignement de l'Armée nationale de libération durant la guerre d'indépendance).

Des canulars en série au standard de l'hôpital de Genève

Quant au président Abdelaziz Bouteflika, il se trouverait toujours à Genève depuis le 24 février 2019 pour des "examens médicaux périodiques", comme le précise un communiqué de la présidence algérienne. L'hôpital indique cependant n'avoir aucune personne de ce nom sur sa liste de patients. Mercredi 6 mars 2019, son directeur de campagne assurait que le séjour était sur le point de s'achever et que son état de santé "n'inspire aucune inquiétude." Il balayait ainsi les récentes assertions de certains journaux helvétiques évoquant un président algérien "sous menace vitale permanente".
"D'un état de fragilité mais permettant une vie à peu près normale, il s'est transformé en patient dont l'état est très précaire et nécessite des soins constants", souligne la Tribune de Genève, qui parle d'examens des voies respiratoires.

En Suisse, les standardistes des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) semble bien s'amuser des messages téléphoniques parvenant d'Algérie après que leur numéro ait été diffusé sur les réseaux sociaux. La plupart restent très bon enfant comme cet interlocuteur indiquant avoir déjà livré quatre pizzas qui doivent être payées sinon il n'y aura pas de cinquième pizza (voir vidéo ci-dessus) en référence aux nombres de mandats. Ou cet autre écrivant sur la page Facebook des HUG un avis, "Ils réalisent des miracles, même Bouteflika est remis sur pied... enfin sur roues !"

Les dossiers de candidatures seront validés d'ici le 14 mars 2019

Le fantasque Rachid Nekkaz, candidat via cousin homonyme interposé après s'être fait recalé par le Conseil constitutionnel, s'est même rendu dans la capitale helvète pour "voir si le candidat Bouteflika va bien", précisait-il sur son compte Facebook. En affirmant toutefois que "tout le monde sait qu'il est mort depuis longtemps." Alors que l'ancien prétendant à la présidence française (2007 et 2012) puis à la présidence algérienne en 2014, se plaint depuis la fin février 2019 de se trouver en résidence surveillée d'abord dans son village puis dans son bureau près de la Grande Poste à Alger. La police l'a interpellé et menotté à l'intérieur de l'hôpital où est soigné le président Bouteflika. A l'heure où nous écrivons, Rachid Nekkaz se trouve toujours auditionné et fait l'objet d'une plainte pour violation de domicile indique Joanna Matta, porte-parole de la police genevoise.

Le Conseil constitutionnel a reçu vingt-et-un dossier de candidatures et doit se prononcer sur leur validité d'ici le 14 mars 2019.
Jeudi 7 mars 2019 à Alger, plusieurs avocats ont réussi à forcer les barrages policiers et à se rendre devant cette institution pour réclamer l'irrecevabilité de la candidature du chef de l'Etat. Les journalistes continuent aussi à manifester pour protester contre les pressions exercées par leur hiérarchie pour leur interdire de parler des évènements. Une dizaine de journalistes avaient été interpellés la semaine dernière avant d'être relâchés.

Le scrutin présidentiel doit se dérouler le 18 avril 2019.


Vendredi 8 Mars 2019

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