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«La privatisation ne présente aucun intérêt pour Air Algérie»


Air Algérie devrait doubler sa production d’ici à l’horizon 2014 en transportant plus de 6 millions de voyageurs contre 3,2 actuellement. Pour atteindre cet objectif, la compagnie publique vient d'acquérir 11 nouveaux appareils pour un montant de 500 M$ (342M€). Son Pdg, Abdelwahid Bouabdallah, explique à Econostrum.info pourquoi la compagnie ne compte pas ouvrir son capital.



Abdelwahid Bouabdallah, Pdg d’Air Algérie (photo AB)
Abdelwahid Bouabdallah, Pdg d’Air Algérie (photo AB)
Econostrum.info : Quel a été le taux de croissance d'Air Algérie en 2008 et son évolution en 2009 ?

Abdelwahid Bouabdallah : En raison de la crise économique, l’année 2008 a été véritablement catastrophique pour la plupart des compagnies aériennes dans le monde. Le trafic passager a baissé dans des proportions telles que certaines d’entre elles ont été conduites à la faillite.

Mais comme le tourisme ne constitue pas encore une part substantielle de notre trafic passagers, nous avons été peu touchés par la récession mondiale. Ce trafic passager a d'ailleurs même augmenté de 10% entre 2007 et 2008 et de 8% sur le neuf premiers mois de l’année 2009. Notre chiffre d’affaires pour 2008 a également augmenté dans une proportion de 10%. 

Econostrum.info : Quelles sont les dernières acquisitions d'Air Algérie ?

Abdelwahid Bouabdallah : Nous avons engagé une stratégie de renforcement de notre flotte pour la rendre plus compatible avec l’ampleur de notre réseau.

Nous venons de signer les contrats d’acquisition de 11 nouveaux avions pour un montant d’environ 500 M$ (342 M€). Les sept nouveaux Boeing 737-800 « New Generation » et les quatre ATR 72, avec une capacité de 160 sièges pour les premiers, et de 66 sièges pour les seconds, sont des appareils particulièrement bien adaptés à nos lignes internationales et domestiques.

De plus, ces dernières acquisitions contribueront à renforcer la rationalisation de notre flotte et la compétitivité de la compagnie, car l’exploitation d’appareils de même type réduit substantiellement les coûts d’exploitation.

Mises à niveaux pour doubler le nombre de clients en 2014

Econostrum.info : Quels sont les axes du plan de développement d’Air Algérie, chiffré à 1 md$ (684 M€) ?

Abdelwahid Bouabdallah : Peu de temps après mon arrivée à la tête d’Air Algérie, j’ai compris que la compagnie faisait face à deux grandes difficultés.

D’une part, la flotte d’Air Algérie était largement sous-dimensionnée par rapport au vaste réseau de lignes que nous exploitons. Ce qui explique largement nos performances insuffisantes en termes de ponctualité. Il fallait renforcer le plus vite possible notre flotte. Cette opération, lancée il y a environ deux ans, vient d’aboutir avec les 11 nouveaux appareils.

L’autre grande difficulté que j’ai relevée réside dans les retards que nous avons accumulés dans la plupart des fonctions de soutien technique et opérationnel.

Il nous fallait investir davantage à plusieurs niveaux : dans la formation des pilotes, notamment par l’acquisition de simulateurs de vol, mais aussi de l'ensemble des collaborateurs, dans la modernisation du système de réservation, il fallait renforcer les équipements de servitude au sol, développer les infrastructures, notamment avec la réalisation d’un nouveau siège.

À côté de ces investissements majeurs, nous avons engagé plusieurs chantiers de réorganisation pour améliorer l’efficacité des opérations. Je peux citer la rationalisation du réseau et des fréquences des vols pour les adapter le plus possible aux besoins de notre clientèle ; la refonte de nos activités de marketing et promotionnelles pour rendre plus agressive notre offre commerciale ; la fiabilisation plus grande et la modernisation de nos systèmes de contrôle pour nous donner la possibilité d’évaluer au plus près nos performances économiques.

Tous ces efforts sont inscrits dans la stratégie de croissance adoptée pour la période 2009-2014, et qui verra Air Algérie doubler sa production à l’issue de cette période, en passant de 3,2 millions de passagers à plus de 6 millions.

Le fret aérien et le catering bientôt filialisés

Air Algérie s’est vigoureusement élevée contre la taxe carbone (photo AB)
Air Algérie s’est vigoureusement élevée contre la taxe carbone (photo AB)
Econostrum.info : L’ouverture du capital d'Air Algérie est-elle à l’ordre du jour ?

Abdelwahid Bouabdallah : La privatisation n’est plus aujourd’hui une option judicieuse pour Air Algérie.

Au cours de son développement, la compagnie a su maîtriser la technologie du transport aérien dans la plupart de ses aspects. Nous savons en effet très bien organiser des vols commerciaux, même dans des conditions extrêmes, comme nous l’avons fait tout récemment lors de ce qu’on appelle désormais le « pont aérien » de Khartoum.

Nos pilotes sont réputés comme parmi les mieux formés au monde. Beaucoup de compagnies aériennes font confiance à nos techniciens de maintenance pour l’entretien de leurs appareils, ce qui prouve que nos compétences techniques sont au top.

Air Algérie doit aussi assumer des missions de service public. La compagnie est en effet un instrument essentiel dans la politique nationale d’aménagement du territoire à travers le besoin de désenclavement des zones éloignées. Cette exigence fait que les pouvoirs publics accompagnent Air Algérie dans sa croissance.

Ainsi, le soutien de l’État pour faciliter la réalisation de nos gros investissements, couplé à une structure financière revenue à l’équilibre après les derniers efforts de rationalisation, fait que nous n’avons pas besoin de capitaux extérieurs pour financer notre croissance. Dans ces conditions, le recours à la privatisation ne présente aucun intérêt pour Air Algérie.

En revanche, nous avons jugé opportun de filialiser certains métiers où nous accusons encore des retards, en recherchant des partenaires extérieurs qui pourront entrer dans le capital de ces filiales en apportant essentiellement le savoir-faire et la notoriété qui nous font encore défaut.

C’est notamment le cas du fret aérien et du catering, deux activités qui vont bientôt être érigées en filiales avec des participations minoritaires pour des leaders internationaux dans chacun de ces métiers.

Des conditions pour ériger l’aéroport d’Alger en hub

Econostrum.info : Quand le hub de l’aéroport international d’Alger sera-t-il effectif ?

Abdelwahid Bouabdallah : Ce projet est inscrit dans la stratégie 2009-2014 d'Air Algérie, et conditionne directement la stratégie de croissance que nous avons retenue pour les prochaines années.

Pour Air Algérie, l’opération est relativement aisée et pourrait être mise en œuvre très rapidement. Il s’agit essentiellement de réaménager certains de nos vols pour bénéficier des possibilités de connexion entre vols internationaux et vols domestiques qu’offre un vrai hub.

Toutefois, pour qu’il fonctionne, il faut mettre en place un certain nombre de conditions indispensables : des liaisons rapides et efficaces entre l’aéroport et la ville d’Alger, des procédures de sécurité plus souples et plus rapides, des zones de transit suffisamment vastes et bien disposées dans l’aérogare, des possibilités d’hébergement et de restauration plus nombreuses et de bonne qualité à proximité de l’aéroport…

La mise en place de ces conditions est de la responsabilité de plusieurs organismes indépendants d’Air Algérie.

Je dois toutefois préciser qu’après l’adoption de la stratégie de la compagnie par le gouvernement en juillet 2009, l’ensemble de ces organismes ont été instruits pour travailler à la concrétisation du hub de l’aéroport Houari Boumediene dans les délais les plus rapides.

La taxe carbone est contraire au droit international

une mentalité commando à base d'auto-défis (photo Air Algérie, DR)
une mentalité commando à base d'auto-défis (photo Air Algérie, DR)
Econostrum.info : Que pensez-vous de la future nouvelle taxe carbone, fixée de manière unilatérale et en dehors du protocole de Kyoto ?

Abdelwahid Bouabdallah : Cette taxe fait suite à une directive européenne qui impose à toutes les compagnies qui desservent l’Europe, quelles soient européennes ou non, de payer des droits de pollution de gaz à effet de serre, les fameux GES, à partir de 2012.

Air Algérie, comme du reste l’ensemble des compagnies non européennes, s’est vigoureusement élevée contre cette mesure qui, non seulement contrevient aux principes internationaux dans ce domaine, en particulier les dispositions du protocole de Kyoto, mais aussi du droit international le plus basique.

Au sein de l’IATA, l’association internationale des compagnies aériennes, Air Algérie est évidemment partie prenante des discussions en cours pour contrer la mesure décidée par Bruxelles. L’IATA est par ailleurs présente au sommet de Copenhague pour défendre la position des compagnies aériennes et éviter une pénalisation arbitraire et lourde pour leur rentabilité.

10 000 supporters transportés en trois jours à Khartoum

Econostrum.info : Quelles leçons tirez-vous de l’opération Khartoum, un pont aérien de grande envergure mené sans problèmes apparents ?

Abdelwahid Bouabdallah : Air Algérie a réussi à transporter d’Alger à Khartoum plus de 10 000 supporters de l’équipe nationale de football en seulement trois jours. Et cela, au pied levé, sans délai de préparation, alors même que nous étions en plein milieu de l’opération Hadj qui mobilise en cette période le plus gros de notre flotte.

Il fallait coûte que coûte relever un défi qui a pris la dimension d’un véritable enjeu national. C’est donc avec une véritable mentalité de « commando » que nous avons mené cette opération, c’est-à-dire en mobiliser les collaborateurs de la compagnie à la limite de leurs possibilités.

Je dois dire que des pilotes aux techniciens de maintenance, des personnels commerciaux aux responsables de la programmation des vols, la mobilisation a été exceptionnelle. La famille d’Air Algérie a montré dans cette opération une conscience professionnelle parfaite et un sentiment patriotique élevé qui ont répondu totalement à l’engouement populaire des Algériens lors de ces journées mémorables.

À mes yeux, l’enseignement le plus important est que nous avons, en Algérie et pas seulement à Air Algérie, des capacités humaines de grande valeur qui ne demandent qu’à s’exprimer. Pour cela, il faut compter sur eux, avoir confiance dans leur professionnalisme, leur montrer du respect et de la considération.

C’est ce que j’appelle la mentalité « commando ». À travers mon expérience professionnelle, je crois profondément à la force de ce type de management qui me paraît particulièrement bien adapté à la culture de l’Algérien, une personne qui aime les défis pour autant qu’on lui donne la possibilité de montrer ce qu’il sait faire.

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Mardi 15 Décembre 2009

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