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La première économie de la Méditerranée est-elle celle du bonheur ?

Par Étienne Pauchant, président Fondateur de Mediterranean travel association (Meta)



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La première économie de la Méditerranée est-elle celle du bonheur ?
Les quatre moins « moins longtemps », « moins loin » « moins cher », « moins souvent », ont été au rendez-vous des vacances 2012 des Européens, privilégiant les voyages domestiques... ”

Malgré une vingtaine de sommets internationaux organisés dans la hâte depuis quatre ans, et dont les résultats ont tous été présentés comme des succès ; la crise financière importée en 2009 des USA, et qui ravage l’Union Européenne, ne marque pas le pas. Bien au contraire, de nouvelles urgences émergeaient en 2012 ; en Grèce bien sûr, dont la sortie de la zone euro est aujourd’hui moins probable, mais également en Espagne, dont les banques sont menacées de faillite, ce qui par le jeu des dominos pourrait entrainer d’autres banques et d’autres États dans un début de détricotage des soixante ans de construction européenne. L’euro affaibli jusqu’au début septembre 2012 a favorisé la destination européenne auprès des clientèles éloignées. Il ne s’est redressé qu’après la décision de la BCE concernant son nouveau programme de rachat d'obligations publiques. Malgré cet euro faible jusqu’à la rentrée, le Maghreb a performé en 2012, et devrait bénéficier d’un Euro fort pour son arrière-saison.

Nous n’en sommes pas encore là, mais la ruine des petits épargnants menace toujours, la baisse des salaires et des pensions aussi ; ainsi que les pertes d’emplois. Bien sûr, des mesures de relance seront prises à court terme, tentant de concilier l’austérité avec la prodigalité, un peu comme on marie la carpe avec le lapin. Il y a peu de chances que cet étrange attelage puisse trouver une solution, sachant que le fédéralisme salvateur est, pour l’instant, et jusqu’en décembre, hors de portée.

Dans ce contexte, les quatre moins « moins longtemps », « moins loin » « moins cher », « moins souvent », ont été au rendez-vous des vacances 2012 des Européens, privilégiant les voyages domestiques ou pour les plus fortunés, les voyages en Europe proche et en Méditerranée, continuant le mouvement déjà observé en 2011. La devise européenne qui s’échangeait en juin 2012 autour de 1,25 US$, aura attiré sur le continent des vacanciers internationaux, souvent nouveaux entrants touristiques, depuis des pays en forte croissance, et qui ont profité d’une baisse des prix conséquente. Les résultats de 2013 dépendront grandement de l’évolution économique de la zone euro, première émettrice et première réceptrice de tourisme dans le monde.  

Le stress également bon pour le tourisme

Le tourisme est une activité à forte résilience. Il est directement lié au niveau de stress mesuré sur le marché en émission. Au plus il est important, au plus le besoin d’un « break » devient incontournable. Les résultats du tourisme méditerranéen en 2011 en sont la preuve (+ 2,4 % d’arrivées internationales), malgré les alarmes et les mauvais augures qui, tous, prédisaient une forte baisse. Il en sera probablement de même en 2012.

Ces résultats ne concernent que les vacances passées à l’étranger, réputées plus onéreuses (ce qui est de moins en moins vrai en Méditerranée) pas les voyages de loisirs réalisés vers les destinations domestiques. Ces derniers, mal évalués à l’échelle mondiale, sont nettement supérieurs aux départs vers l’étranger. La première destination allemande est la Bavière, et la seconde la Mer Baltique, L’Espagne n’arrive qu’en troisième position. La première destination de vacances des Français est la France, comme l’Italie l’est pour les Italiens, l’Espagne pour les Espagnols, etc... En 2011, Atout France dénombre 23 millions de départs en vacances à l’étranger réalisés par les Français à comparer aux 180 millions de voyages qu’ils ont réalisés pour motif personnel à destination « domestique ».

Il faut bien avouer que l’extrême compétition entre les sociétés industrielles dans cette période de crise économique mondiale, est un facteur de stress important, encore augmenté par le nouveau monde global, qui relie électroniquement trois milliards d’humains dans une conversation sans fin. Le besoin de calme et de temps de vacances partagé avec ses proches, ses amis et son groupe social n’en est que plus important.

Suivre les demandes des marchés d'émission

Sachant que la décroissance n’est pas à l’ordre du jour, certains chercheurs, très proche de META* proposent de compléter les indicateurs de « développement » des nations par des indicateurs du « bonheur » dans celles-ci, suivant en cela les initiatives prises par l’ONU, rejointe par l’OCDE, qui a engagé une démarche de mesure du bien -être et du progrès dans laquelle les indicateurs de développement, et notamment le PIB, sont battus en brèche. Si l’équilibre entre temps de travail et temps de loisirs fait partie des facteurs de bien-être, nul n’a (encore) prouvé que les vacances contribuent au bonheur.

Concernant les voyages réalisés à l’étranger, le tourisme n’apporte pas la paix, mais ne peut se développer que dans les destinations en paix. Il s’arrête immédiatement en cas d’alerte sanitaire, comme l’épidémie de SRAS, ou la fausse alerte de la grippe H1N1. Il fuit les catastrophes naturelles, et bien entendu est totalement rétif aux mouvements de foule et, pire, aux attentats.
 
Les destinations méditerranéennes ont bien compris leur intérêt, à suivre les demandes des marchés d’émission, anticipant celles-ci en élargissant leurs gammes de prix pour capter une partie des petits budgets. L’activité est maintenant reconnue par tous, comme un acteur majeur de l’économie des pays méditerranéens et sa forte capacité à générer de l’emploi. Des pays non encore touristiques, comme l’Algérie (au potentiel immense) ou la Libye, se préparent à « entrer en tourisme » pour le plus grand bonheur de leurs futurs hôtes.


*Robert Lanquar in « le tourisme fait-il le bonheur des nations ? » Cordoue octobre 2012

English version : "Is happiness the Mediterranean’s largest economy? "

L'ensemble des articles du dossier Crise et tourisme en Méditerranée
Notre dossier en pdf : Crise et tourisme en Méditerranée

Dossier réalisé par Econostrum.info en partenariat avec la BEI .

Lundi 26 Novembre 2012




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