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La justice libanaise interdit au gouverneur de la Banque centrale du Liban de quitter le pays


Rédigé par , le Mercredi 12 Janvier 2022 - Lu 817 fois


Autrefois adulé, le gouverneur de la Banque centrale du Liban est désormais voué aux gémonies (photo:DR)
Autrefois adulé, le gouverneur de la Banque centrale du Liban est désormais voué aux gémonies (photo:DR)
LIBAN. Riad Salamé s'est vu imposer, mardi 11 janvier 2022 par Ghada Aoun, procureur général près de la cour d'appel de la région du Mont-Liban (centre), une interdiction de quitter le Liban. Gouverneur de la Banque centrale du Liban (BDL) depuis le 1er août 1993 (reconduit trois fois en 1999, 2005 et 2011), l'homme de soixante-et-onze ans est mis en cause depuis avril 2021 par la justice libanaise pour des soupçons de blanchiment d'argent et de transfert de fonds à l'étranger.

Cette décision de la justice libanaise, qui s'apprête à l'interroger, montre que l'étau se ressert autour de lui. Il fait aussi l'objet de plusieurs procédures en France et en Suisse notamment pour des opérations de blanchiment d'argent présumé au sein de la Banque centrale mais aussi sur l'origine de sa fortune personnelle et de celle de sa famille.

Riad Salamé est la cible du groupe "Le peuple veut la réforme du système" créé en octobre 2019 au début des manifestations dans le pays du Cèdre et qui s'est constitué partie civile. Douze avocats spécialisés dans les questions liées aux affaires et aux finances publiques y officient et ont déposé une plainte pour "manquement aux obligations professionnelles, négligence, enrichissement illicite, blanchiment d'argent et fraude" contre Riad Salamé.
La fondation suisse Accountability Now (Responsabilité maintenant), spécialisée dans la lutte contre l'impunité en matière de crimes financiers, a déposé une plainte en mai 2021 devant la justice française. Quelques semaines plus tard, l'ONG Sherpa et l'association "Collectif des victimes de pratiques frauduleuses et criminelles au Liban" (animé par des Franco-Libanais) saisissent le Parquet national financier français (PNF) car plusieurs victimes et personnes mises en cause bénéficient d'une double nationalité libanaise et française, comme Riad Salamé d'ailleurs. Figurent aussi parmi les personnes visées par cette plainte, le fils du gouverneur, Nadi Salamé, son frère cadet Raja Salamé ainsi que Marianne Hoayek sa plus proche collaboratrice à la BDL.

Selon Sherpa et le Collectif, Riad Salamé s'est constitué un patrimoine de plusieurs centaines de millions d'euros dont 35 M€ investis en France, principalement dans l'immobilier.

BCL et pyramide de Ponzi ?

Le PNF a ouvert en juillet 2021 "une information judiciaire contre X des chefs de blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs". L'ONG et le Collectif pointent également "les conditions suspects dans lesquelles ont été acquis par des responsables libanais privés ou publics ces dernières années sur le territoire français des biens immobiliers parfois très luxueux". Et assurent que l'"objectif final de cette procédure de Biens mal acquis est la restitution des avoirs à la population libanaise qui a été spoliée et la lutte contre la corruption".

Les deux partenaires de combat judiciaire ont aussi déposé, le 16 décembre 2021, une plainte auprès du Parquet du Luxembourg visant "les conditions suspectes dans lesquelles ont été acquis par des responsables libanais privés ou publics ces dernières années des fortunes colossales grâce notamment à l’utilisation de montage offshore et à la détention de sociétés luxembourgeoises".

En 2020, l'ONG Transparency International, mesurant le degré de perception de la corruption, classait le Liban à la 149e place sur 180 pays. Un an avant, l'institut de sondage américain Gallup révélait que 93% des Libanais considéraient que leur gouvernement était corrompu.

Le système de fonctionnement de la Banque centrale est parfois qualifié de schéma de pyramide de Ponzi (rémunération des plus anciens clients par l'argent des nouveaux clients), à cause de sa politique consistant à recourir régulièrement à l'endettement afin de rembourser les intérêts de retard de paiement déjà accumulés. Le pays se trouve en cessation de paiement depuis le 7 mars 2020 et traverse, selon la Banque mondiale, l'"une des pires crises au monde depuis 1850". Pourtant, Riad Salamé a autrefois été, dans les années 1990 et 2000, adulé pour sa politique de parité entre la livre libanaise et le dollar américain offrant un âge d'or aux Libanais jusqu'en 2011 et le début de la guerre en Syrie.

Sociétés offshore dans les paradis fiscaux

Face aux nombreuses accusations, le doyen des gouverneurs de Banques centrales demeure sur une même ligne de défense assurant que sa "fortune est claire et documentée." En novembre 2021, il avait encore déclaré "je suis un banquier prospère depuis près de vingt ans, et rien ne m'empêche d'investir et de développer ma propre fortune." Il aurait, selon ses propres propos, amassé une fortune de 23 M$ au cours de sa carrière de gestionnaire de fortune dans la banque d'investissement américaine Merrill Lynch (bureaux de Paris et de Beyrouth de 1973 à 1993).

Il avait parmi ses clients l'ancien homme d'affaires et Président du Conseil des ministres libanais  Rafic Hariri (assassiné en février 2005 dans la capitale libanaise) qui l'avait nommé pour la première fois à son poste à la Banque centrale voici près d'une trentaine d'années. Son fils, Saad Hariri a été deux fois Président du Conseil des ministres avant d'être contraint à la démission en octobre 2019 après le début des manifestations anticorruption et de rejet du système politique. Désigné fin octobre 2020 par le Président de la République Michel Aoun pour former un nouveau gouvernement, il avait échoué dans sa tâche en mars 2021 permettant au milliardaire Najib Mikati de briguer le poste fin juillet 2021 et de réussir à proposer une équipe en septembre 2021, après treize mois d'attente.

En octobre 2021, les Pandora papers (enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) alimentée par la fuite de 11,9 millions de documents financiers), avait dévoilé que Riad Salamé - tout comme Najib Mikati et Hassane Diab - possédait des sociétés offshore ( Amanior fondée en 2007 et dont il est le directeur, Toscana créée en 2013 détenue par son fils) dans des paradis fiscaux avec l'aide du cabinet Trident Trust. Le gouverneur faisait déjà partie de la liste des Panama Papers en 2016 qui citaient la société de courtage Forry Associates Limited mise en place par son frère Raja.

Parallèlement, depuis mars 2020, plusieurs partis politiques libanais désignent le gouverneur comme responsable de la faillite de l'Etat et de la chute inexorable de la livre libanaise qui a perdu 95% de sa valeur face au dollar américain depuis 2019.




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