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La justice française appelée à s'intéresser à la fortune du gouverneur de la Banque centrale du Liban




Riad Salamé est gouverneur de la Banque centrale du Liban depuis 1993 (photo : BDL)
Riad Salamé est gouverneur de la Banque centrale du Liban depuis 1993 (photo : BDL)
LIBAN / FRANCE. Au cœur d'une plainte contre X pour des faits présumés de "blanchiment", "recel", "escroquerie", "pratiques commerciales trompeuses", "association de malfaiteurs" et "absence de justification de ressources", commis au Liban et à l'extérieur du pays, Riad Salamé, sa famille et ses proches pourraient avoir à s'expliquer face à la justice française.

Gouverneur de la Banque du Liban (BDL) depuis le 1er août 1993, l'homme de soixante-dix ans se trouve sous les radars de l'ONG Sherpa et l'association Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban à l'origine d'une saisie du Parquet National Financier français. Pour les deux avocats en charge de l'affaire, William Bourdon (fondateur de Sherpa) et Amélie Lefebvre - qui ne dirigent pas l'enquête directement contre Riad Salamé, mais estiment qu'il en est un personnage pivot - justifient la compétence des juridictions françaises pour deux raisons : plusieurs victimes et certaines personnes mises en cause disposent de la nationalité française (NDLR : dont Riad Salamé) et des infractions ont été commises dans l'hexagone.
Principaux noms sont cités par la presse libanaise, Nady Salamé, fils de Riad Salamé, et son neveu Marwan Issa el-Khoury, ainsi que le frère du gouverneur, Raja Salamé, et son assistante à la BDL, Marianne Howayek.

Des biens d'une valeur de plusieurs millions d'euros

Dans un communiqué en date du lundi 3 mai 2021, Sherpa précise que "La plainte déposée (NDLR : vendredi 30 avril 2021) vise non seulement des faits de blanchiment en lien avec l’externalisation de capitaux considérables à compter de la crise de l’automne 2019, mais également les conditions suspectes dans lesquelles ont été acquis par des responsables libanais privés ou publics ces dernières années sur le territoire français des biens immobiliers parfois très luxueux". Les infractions concernent des propriétés "d'une valeur de plusieurs millions d'euros", selon Laura Rousseau, une des responsables de Sherpa, interrogée par Reuters. La fortune du gouverneur "dépasse largement le montant des salaires et traitements issus de ses activités politiques et professionnelles connues", complètent les deux avocats.

Répondant à la même agence de presse, lundi 3 mai 2021, Riad Salamé s'est défendu. Selon lui, les biens en question ont été acquis avant qu'il prenne ses fonctions à la Banque centrale du Liban. "Pour les juges financiers du monde entier, le recours à des offshores et des sociétés écrans pose question, d'autant plus lorsque l'on dirige l'institution de réglementation et de contrôle du système financier", commentent les deux avocats. Ils accusent le gouverneur de ne pas avoir joué son rôle de "gardien de l'ordre financier et bancaire".

L'ONG indique que "l'objectif final de cette procédure de Biens Mal Acquis est la restitution des avoirs à la population libanaise qui a été spoliée et la lutte contre la corruption". Et annonce que "l’Association Sherpa attend du Parquet National Financier que soient établies les responsabilités des différents dignitaires libanais, mais aussi des intermédiaires financiers et bancaires notamment, français ou non, susceptibles d’être impliqués dans les faits dénoncés, dont les agissements par leur caractère prémédité et systématique, sont directement en lien avec la catastrophe humanitaire que connaît aujourd’hui le peuple libanais".

Enquête également en Suisse et au Liban

Une enquête a déjà été ouverte en Suisse début janvier 2021 impliquant directement Riad Salamé, son assistante et son frère. Dans le cadre d'une demande d'assistance juridique de ce pays, le gouverneur avait été interrogé par le procureur général libanais, sur des transferts d'argent présumés vers la Confédération helvétique (330 M$ de "détournement de fonds au détriment de la BDL" et "blanchiment d'argent aggravé"). A l'époque, Riad Salamé se plaignait d'"être un bouc émissaire." Lors d'un entretien télévisé accordé à France 24, il calculait que "2,6 mrds$ étaient sortis du pays depuis octobre 2020 dont 1,6 mrd$ pour des banques et 1 mrd$ pour des Libanais." Selon lui, "durant les derniers douze mois, les Libanais ont retiré à peu près 30 mrds$ sur les comptes dans les banques." Fin novembre 2020, le cabinet Alvarez & Marsal renonçait à conduire l'audit juricomptable de la BDL - nécessaire pour débloquer les fonds internationaux - en invoquant un problème d'accès "aux informations et documents nécessaires pour commencer à mettre en œuvre sa mission".

La justice libanaise s'intéresse aussi aux "transferts bancaires effectués par la Banque du Liban pour le compte de l'entreprise Forry Associated Ltd en Suisse (NDLR : le bénéficiaire économique serait Raja Salamé) ainsi que sur  tout le circuit qui en a résulté", dévoile le juge Jean Tannous au journal Commerce du Levant.

En 2020, le Liban a été classé par l'ONG Transparency International au 149e rang sur 180 États étudiés sur le critère de la corruption.
Le pays se trouve en cessation de paiement depuis mars 2020, le cours de sa monnaie, la livre libanaise, ne cesse de dégringoler face au dollar américain, alors que Liban affiche la troisième dette la plus importante au monde.

Eric Apim
Lundi 3 Mai 2021

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