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La guerre civile à Tripoli rouvre les cicatrices de l'histoire


Face à la main mise de la France sur le dossier libyen, l'Italie se rappelle que la Libye fut une de ses colonies et entend bien revenir sur le devant de la scène alors que le pays, jusqu'à sa capitale, se trouve en plein chaos, plongé dans une énième guerre civile.


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Au cours d'une réunion avec les parties belligérantes, la Manul a réussi à imposer un cessez-le-feu, mais il reste fragile (photo : Manul)
Au cours d'une réunion avec les parties belligérantes, la Manul a réussi à imposer un cessez-le-feu, mais il reste fragile (photo : Manul)
LIBYE. L'accord de cessez-le-feu annoncé mardi 4 septembre 2018 à Zawiya par l'Onu semble très fragile. La capitale libyenne se trouve, depuis le 27 août 2018, plongée dans des combats fratricides entre des milices armées rivales pour son contrôle. Alors que vingt-sept morts sont déjà décomptés, la Manul (mission d'appui des Nations unies en Libye - UNSMIL en anglais), établie en septembre 2011 après la Révolution, veut croire à un meilleur sort pour ce second arrêt des combats proclamé; Le dernier, la semaine dernière, n'avait duré que quelques heures. La force de l'Onu entend "mettre fin à toutes les hostilités, protéger les civils et sauvegarder les biens publics et privés". Mieux, la Manul compte rouvrir le seul aéroport international encore en service, dans la banlieue de Tripoli, fermé dès le début de cette nouvelle guerre civile.

Dimanche 2 septembre 2018, le chaos dans Tripoli favorisait l'évasion de 400 détenus de la prison d'Aïne Zara. Et mardi 4 septembre 2018, la NOC, compagnie nationale pétrolière, s'effrayait de voir ses installations proches de la capitale menacées. Au point de publier un communiqué commun avec Brega Petroleum Marketing Company (BPMC) demandant aussi un cessez-le-feu immédiat pour protéger ses salariés présents sur le site de Tareq el-Matar. Deux pompiers du BPMC ont été blessés en tentant d'éteindre un feu dans un réservoir de stockage touché par des tirs d'artillerie, tout comme un réservoir d'eau justement prévu pour la lutte contre les incendies. Mustafa Sanalla, président de la NOC, réclame l'"évacuation des salariés", tout en soulignant "des pertes matériels énormes" prévisibles.

Paris a la main mise sur le dossier libyen

L'impuissance du Gouvernement d'Union nationale (GNA), reconnu par l'ONU et la communauté internationale, reste criante. Le pays demeure toujours divisé en deux. A l'Est, soutenu par le maréchal Haftar et son armée nationale libyenne (ANL), le Parlement de Tobrouk et un gouvernement parallèle - disposant de sa propre banque centrale et de sa propre agence de presse officielle - continuent à faire de l'ombre au président légal depuis fin mars 2016, Fayez el-Sarraj. Même si les gestes de bonne volonté se sont multipliés ces derniers temps. Avec notamment une réunion à Paris, le 29 mai 2018, des deux hommes forts sous l'impulsion d'Emmanuel Macron qui leur a même fait approuver, oralement cependant car aucune signature n'a été apposée, un document comprenant plusieurs engagements. Au centre de ceux-ci figurent la rédaction d'un nouvelle constitution et l'organisation d'élections générales avant la fin 2018.

Mais sitôt quitté le président français, Khalifa Haftar annonçait, fin juin 2018, le placement des installations pétrolières - les quatre terminaux du Croissant pétrolier et le Port de Hariga à Tobrouk - sous l'autorité du gouvernement parallèle. Après des négociations suite à l'arrêt de toute exploitation et importation de pétrole à l'Est, les deux parties trouvaient cependant un accord en juillet 2018. Selon ce texte, la Noc - dont le siège se trouve à Tripoli - reprend le contrôle de ces terminaux avec comme obligation de répartir équitablement les revenus entre les deux factions ennemies. Les exportations, manne essentielles pour l'économie du pays, ont pu depuis reprendre.

Rome fustige les errances de Paris

La main mise de Paris sur le dossier énerve le nouveau gouvernement italien. "Il est indéniable qu'aujourd'hui ce pays se retrouve dans cette situation car quelqu'un, en 2011, a privilégié ses intérêts", indiquait, lundi 3 septembre 2018 en commentant le désastre libyen, Elisabetta Trenta, ministre italienne de la Défense.

Le lendemain, Matteo Salvini enfonçait le clou, accusant, sans la citer mais l'allusion s'avère limpide, la France "pour des motifs économiques nationaux de mettre en péril la stabilité de l'Afrique du Nord et par conséquent toute l'Europe." Le ministre italien de l'Intérieur, et également vice-président du Conseil, précise qu' "évidemment, quelqu'un se trouve derrière (le combats actuels). Cela n'arrive pas par hasard (...)  Je pense à quelqu'un qui est allé faire la guerre alors qu'il n'avait pas à la faire. A quelqu'un qui fixe des dates pour les élections sans prévenir les alliés, l'Onu et les Libyens."

Il compte d'ailleurs entrer de plain pied dans cette fourmilière. Et pas qu'au sens figuré, puisqu'il affirme vouloir se rendre sur place. "Bientôt", prend-il le soit de préciser ajoutant, "je suis personnellement disponible pour courir quelques risques." Pour Matteo Salvini, "l'Italie doit rester protagoniste du processus de stabilisation en Méditerranée." 

Une affirmation lourde de sens, la Libye ayant été une colonie italienne de 1911 à 1945, date à laquelle Rome renonce irrévocablement à ses droits sur ce pays avant de signer, en1947, le Traité de ... Paris. Le texte confie la Tripolitaine et la Cyrénaïque aux Britanniques et le Fezzan aux Français. Deux nations qui occupaient déjà ces régions à la fin de la second guerre mondiale.

Le 1er mars 1949, la Libye gagnera son indépendance, au moins sur une partie du pays, la Cyrénaïque, qui devient un Emirat. Il faudra à son monarque Idris attendre le 21 novembre 1949 (résolution 289 de l'Onu) pour voir les Français et les Britanniques se décider à partir et le 1er janvier 1952 pour qu'il puisse régner sur tout le pays. Suivra le renversement du roi, devenu Idris 1er, par Mouammar Kadhafi en septembre 1969 et l'instauration de la Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste de Mouammar Khadafi qui vivra jusqu'à la révolution de 2011. Le pays s'appelle désormais tout simplement, depuis le 8 janvier 2013, l'Etat de Libye.

Rome ne souhaite cependant pas envoyer de forces spéciales à Tripoli comme il l'a déjà signalé. L'Italie dispose cependant sur place d'un contingent de 300 hommes dédié à la protection de son ambassade dans la capitale, de celle d'un hôpital à Misrata et avec mission de soutien logistique aux garde-côtes libyens.

Une conférence internationale sur la Libye, sous l'égide de l'Onu, devrait se dérouler cet automne en Italie avec l'ensemble des protagonistes.


Mercredi 5 Septembre 2018

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