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La dégringolade de la livre libanaise, miroir d'une économie exsangue




La Banque du Liban se lance dans l'évaluation financière des banques du pays (photo : Lina Garrana/BDL)
La Banque du Liban se lance dans l'évaluation financière des banques du pays (photo : Lina Garrana/BDL)
LIBAN. Alors qu'il se trouve sans gouvernement depuis six mois, le précédent se contentant de gérer les affaires courantes, le Liban voit son économie s'enfoncer de plus en plus. Mardi 2 mars 2021, la livre libanaise tombait à son plus bas niveau historique face au dollar américain. La parité, sur le marché parallèle et selon la presse locale, dépasse aujourd'hui les 10 000 £ pour 1$. La chute de la monnaie locale se poursuit inexorablement depuis l'été 2019.
Pourtant, depuis vingt ans, le cours officiel, trônant toujours sur le site de la Banque du Liban (BDL), reste fixé à 1 507,50 livres pour un dollar.

Ce dernier épisode d'une macabre série intervient en pleine évaluation de la situation financière des banques menée par la Banque du Liban (BDL). Une opération réalisée sous une forte pression internationale. La restructuration du secteur bancaire est devenue incontournable si le pays veut espérer recevoir le soutien massif longtemps promis, mais conditionné à des réformes. Ceci concerne notamment les 10 mrds$ accordés par le Fonds monétaire international (FMI) pour la relance du pays. Cette aide ne sera versée qu'à trois conditions posées durant l'été 2020 par Athanasios Thanos Arvanitis, vice-directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI : "restructurer la dette publique, renforcer le dispositif fiscal, renflouer les banques." Il ajoutait même "Il faut réformer l'économie en en particulier les entreprises publiques et améliorer la gouvernance ainsi que la transparence."

Pendant ce temps, les retraits dans les banques sont toujours plafonnés, les transferts d'argent à l'étranger interdits, les crédits inaccessibles.

La Banque centrale avait donné jusqu'au dimanche 28 février 2021 aux banques pour augmenter leur capital de 20% et élever leurs liquidités à l'étranger. Elles ont donc été contraintes à retirer des dollars du marché, ceci provoquant, selon le quotidien Al-Akhbar, une nouvelle baisse de la livre de par son indexation à la devise américaine.

Les Libanais ont retiré 30 mrds$ de leurs comptes bancaires

La monnaie locale avait déjà subi une forte dépréciation en 2020 qui avait entraîné une inflation à trois chiffres et donc une hausse des prix. Mais aussi l'arrestation, en mai 2020, de Mazen Hamdane, responsable des opérations monétaires de la BDL, qui arrivait après celle du président du syndicat des changeurs accusé de spéculation monétaire. A la même époque, Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban, dénonçait "les promesses de réformes non concrétisées de la part de l'Etat pour des raisons politiques." Il ajoutait, "je ne sais pas s'il y avait vraiment une volonté de réformes, mais je sais que la Banque centrale les a toujours réclamées."

En janvier 2021, le gouverneur était entendu par le procureur général libanais après une demande d'assistance juridique de la Suisse enquêtant sur des transferts d'argent présumés qu'il aurait effectué dans ce pays. Sur France 24, toujours en janvier 2021, Riad Salamé se défendait affirmant "être un bouc émissaire. Nous faisons les financements, et le loi nous oblige à financer, mais nous ne faisons pas les dépenses et nous n'avons aucun pouvoir pour créer des réformes." Il rejetait toute responsabilité de la BDL dans la pénurie de liquidités l'attribuant essentiellement à des importations massives de plus de 65 mrds$ (53,8 mrds€) entre 2017 et 2019 orchestrées par l'Etat. Lors de cet entretien télévisé, le gouverneur de la Banque du Liban précisait que "2,6 mrds$ étaient sortis du pays depuis octobre 2020 dont 1,6 mrd$ pour des banques et 1 mrd$ pour des Libanais." Selon lui, "durant les derniers douze mois, les Libanais ont retiré à peu près 30 mrds$ sur les comptes dans les banques."

Quelques mois avant, fin novembre 2020, Alvarez & Marsal renonçait à son audit juricomptable de la BDL, pourtant essentielle pour débloquer les fonds internationaux du plan de sauvetage économique. Le cabinet d'audit invoquait un problème d'accès "aux informations et documents nécessaires pour commencer à mettre en oeuvre sa mission".

Réforme, Relèvement, Reconstruction

Début décembre 2020, quelques mois après la catastrophe des explosions du 4 août 2019 sur le Port de Beyrouth, la Conférence de soutien à la population libanaise avait débouché sur l'adoption d'un cadre baptisé 3RF pour Réforme, Relèvement, Reconstruction. Il s'appuyait sur une facilité de financement (Fonds fiduciaire multi-bailleurs) de la Banque mondiale, des Nations unies et de l'Union européenne. A l'époque, Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, soulignait : "Le peuple libanais attend également, depuis trop longtemps, la formation d'un nouveau gouvernement, qui aura la capacité de mettre en œuvre les réformes indispensables pour conduire le Liban sur la voie de la reprise." Depuis, rien n'a changé.

Selon la Banque mondiale, 45% de la population vivrait sous le seuil de pauvreté et 22% sous celui d'extrême pauvreté. Au fil des crises économique et sanitaire, les Libanais ont vu leurs salaires baisser (car payés en £ libanaise) et leur pouvoir d'achat dégringoler.
Avec la dépréciation de la monnaie, et le tarissement des dollars dans ses réserves, la Banque centrale n'arrive plus à compenser la différence entre le prix à l'importation et le prix au taux officiel grâce à des subventions sur les denrées (plus de 300 produits) payés en dollars. Il s'agit principalement des carburants, du blé et des médicaments qui représentent, selon les chiffres du gouvernement libanais, 11% du panier moyen des ménages. Ces subventions, d'un coût de 700 M$ par mois alors que la BDL n'a plus que 19,5 mrds$ de réserves en devises étrangères dont 17,5 mrds$ sont des réserves obligatoires (chiffre septembre 2020), risquent de disparaître venant compliquer encore plus la situation inflationniste sur les prix.

En janvier 2020, la Banque mondiale a accordé une aide d'urgence de 246 M$ (203,50 M€) au pays, sous forme de transferts d'argent et d'accès au services sociaux pour 786 000 Libanais.

Un pays en cessation de paiements

La crise économique et sociale, renforcée par les effets de la Covid-19, l'arrivée en masse de réfugiés (1,7 million en majorité syriens), mais aussi une sclérose du pouvoir incapable de réagir, pousse à l'exaspération une population. Elle se mobilise contre la classe politique depuis octobre 2019 et les premières manifestations contre l'affairisme, la corruption des politiques et des conditions de vie très difficiles. La colère a repris de plus fort début mars 2021 avec la dépréciation de la livre.

Le Liban (6,2 millions d'habitants) se trouve en situation de cessation de paiements depuis mars 2020 et affiche la troisième dette la plus importante au monde. Son PIB a reculé de 19,2% en 2020.

Début février 2021, une enquête de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) dévoilait que le Liban se plaçait pourtant en tête des pays méditerranéen en développement disposant des plus fortes capacités productives, devant la Tunisie et le Monténégro. L'institution lui octroyait un Indice des capacités productives (ICP) de 33,7 (sur 100) contre 31 pour la Jordanie, 30,5 pour le Maroc, 27,8 pour l'Algérie et 24,7 pour la Syrie.

Mercredi 3 Mars 2021

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