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La croisière coûte plus qu’elle ne profite aux territoires d’escales



Les territoires méditerranéens d’accueil ne bénéficient pas de retombées économiques en rapport avec l’impact environnemental négatif et les investissements consentis. La croisière ne constitue pas un modèle de développement durable selon le Plan Bleu.


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La croisière est en plein essor malgré la crise, grâce aux économies d’échelles induites par le gigantisme des navires. Ici dans la baie de Venise (photo Frédéric Dubessy)
La croisière est en plein essor malgré la crise, grâce aux économies d’échelles induites par le gigantisme des navires. Ici dans la baie de Venise (photo Frédéric Dubessy)
MÉDITERRANÉE. Le récent naufrage du Costa Concordia, au large de l'Italie, ne devrait pas se traduire par une baisse de l'activité des croisiéristes, en pleine croissance. Depuis le début des années 2000, un état de grâce touche les compagnies les plus importantes : Costa, MSC et Grimaldi  Lines. Mais il en va différemment des 152 villes-ports, simples escales, ou même têtes de lignes, qui parsèment le littoral méditerranéen du nord au sud, de l'est à l'ouest. C'est une des conclusions de Loïc Bourse, chargé de mission Tourisme au Plan Bleu.
 
En Italie, pays méditerranéen qui abrite le plus de têtes de lignes, les villes-ports perçoivent l'essentiel des dépenses des croisiéristes hors navire, c'est-à-dire 40 euros par passager. Mais « l'enrichissement supposé de ces territoires par l'activité de croisière est un mythe, dont résulte une surenchère d'investissements d'infrastructures, sans qu'il soit garanti pour autant que les recettes perçues permettent d'amortir les coûts engagés »  déclare Loïc Bourse.
 
Avec un prix moyen de croisière méditerranéenne d'environ 600€ et une moyenne dépensée à bord de 400€ par client, la plupart des clients de croisières font attention à ce qu'ils dépensent hors du navire. Le système conçu par les compagnies et leurs partenaires hôteliers capte efficacement le budget du voyageur. Les vrais bénéficiaires des croisières sont donc les armateurs et les régions industrielles où la construction navale, activité à forte valeur ajoutée, capte les commandes.
 

Avantages largement contrebalancés par l’impact sur le milieu et sur les coûts

La valeur ajoutée et l’emploi dans l’activité croisiériste sont d’abord dus à la construction navale, loin des escales des croisières (doc. Plan Bleu)
La valeur ajoutée et l’emploi dans l’activité croisiériste sont d’abord dus à la construction navale, loin des escales des croisières (doc. Plan Bleu)
Or ces régions industrielles sont aujourd'hui en Allemagne et au Royaume-Uni. Si Costa passe commande aux chantiers italiens de Fincantieri et Monfalcone, les principaux chantiers navals  s'appellent Meyer Werft, Papenbourg, et Saint-Nazaire à un niveau plus modeste.
 
Sur 143 000 emplois directs générés par le secteur croisières en Méditerranée, un quart l'est par la construction, 36 % par les services à bord, mais seulement 14% par l'ensemble des services de maintenance qui se trouve, lui, dans les ports d'escale.
 
La croisière génère de l'activité pour les territoires d'accueil, mais largement contrebalancée par les investissements coûteux destinés à accueillir une population importante de passage. Les impacts sur l'environnement sont particulièrement graves en termes de puisement sur les ressources naturelles comme l'eau ou encore de pollutions (déchets solides lâchés en mer, eaux usées, émission de gaz à effet de serre).
 
La  recherche de compétitivité des villes-ports méditerranéennes pour concurrencer les autres destinations mondiales, telles que les Caraïbes, aboutit à un modèle non soutenable, estiment les chargés de l'étude du Plan Bleu. Or les compagnies recherchent des économies d'échelles en utilisant des navires de plus en plus grands, pour  proposer des prix de plus en plus compétitifs. Les investissements publics dans les villes-ports pourront-ils suivre et le devraient-ils questionne le Plan Bleu ?


English version

Article écrit en partenariat avec Plan Bleu
 

Lundi 6 Février 2012


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Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d’analyse de JFC Conseil
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