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La crise de la Covid-19 gangrène l'économie tunisienne et exacerbe la pauvreté


La Covid-19 est venue aggraver en Tunisie une situation de crise économique et sociale déjà insoutenable. Obligé de revenir à des mesures sanitaires contraignantes, le gouvernement ne pourra plus aider les plus pauvres et les entreprises comme il l'avait fait au Printemps pour répondre aux conséquences de la pandémie.



Les conséquences de la crise de la Covid-19 sur, notamment, le secteur de l'hôtelerie-restauration et du tourisme (photo : F.Dubessy)
Les conséquences de la crise de la Covid-19 sur, notamment, le secteur de l'hôtelerie-restauration et du tourisme (photo : F.Dubessy)
TUNISIE. Au 12 octobre 2020, la Tunisie enregistrait 32 556 cas avérés de Covid-19 et recensait 478 décès, selon les chiffres fournis par l'université Johns Hopkins. Ce pays de 11,7 millions d'habitants affronte depuis quelques semaines une recrudescence des morts par coronavirus avec plus de vingt par jour, contre cinquante au total entre mars et juin 2020. Les autorités gouvernementales renforcent donc les restrictions pour limiter la propagation de la pandémie. 

Début octobre 2020, tout rassemblement devenait interdit, les chaises supprimées dans les bars, et, depuis jeudi 8 octobre 2020, un couvre-feu prenant effet à 20h à été instauré dans plusieurs région, principalement celle de Tunis. Le gouvernement n'ira pas jusqu'au recourir au confinement général comme lors de l'arrivée de la Covid-19. L'économie tunisienne, déjà très mal en point avant la Covid-19 et depuis les anciennes et récentes mesures, se verrait encore plus menacée.

"La première vague de l'épidémie a entraîné la perte de 165 000 emplois selon nos estimations", déclarait Béchir Boujday à l'AFP. Membre du bureau exécutif de l'Utica (Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat), principal syndicat patronal du pays, il affirme que 40% des entreprises d'artisanat ont déjà fermé et qu'environ 30% des Pme se trouvent "menacées de faillite."

274 500 chômeurs à fin 2020

Au premier semestre 2020, le taux de chômage est passé de 15 à 18% selon les données de l'Institut national de la statistique tunisien (INS). Une étude récente menée par le gouvernement et l'Onu prévoit qu'il atteindra les 21,6% d'ici à la fin de l'année 2020, soit 274 500 chômeurs. Sans compter les pertes de travail dans le secteur informel qui emploie 44% des travailleurs tunisiens. Principalement d'ailleurs dans de l'agriculture, le tourisme, la restauration, le commerce, soit les quatre secteurs les plus impactés par la Covid-19.

Une note macroéconomique de l'agence de notation financière nationale Pronoia By Reckon (PBR Rating), publiée en septembre 2020,  certifie que "pour redémarrer, le pays a besoin d’une refonte de tout son modèle de développement et de création de valeur. La crise actuelle, tout en exacerbant les maux dont souffrent l’économie tunisienne, offre cependant de formidables opportunités et une urgence dans la mise en place des plans de restructuration, dont la Tunisie a bien besoin". L'analyse se veut très claire : "la décennie 2010-2020 est loin d'être une satisfaction pour l'économie tunisienne".

La dette tunisienne représentait 66% du PIB à fin 2019 selon le gouverneur de la Banque centrale. Elle se situait à 82% en mars 2020 avec un endettement de 92 milliards de dinars tunisiens ( 28,5 mrds€) selon le Premier ministre d'alors Elyes Fakhfakh.
En mai 2020, Fitch Ratings évoquait le seuil des 90% du PIB franchit en 2021. Et PBR Rating, en septembre 2020 tablait sur 85,4% (avec un taux de chômage de 17,1%) dans son scénario optimiste et 88,4% (taux de chômage de 19,9%) dans le pessimiste.

Le nouveau gouvernement devra décrocher un accord avec le FMI

Difficile à l'Etat, malgré une contraction de 21,6% du PIB au second trimestre 2020 selon l'INS, de reconduire les aides financières octroyées en mars 2020. D'un montant total de 2,5 milliards de dinars (774 M€) -200 dinars (62 €) aux familles les plus démunies et 700 millions de dinars (217 M€) pour les entreprises - elles s'accompagnaient de mesures extraordinaires comme le report de six mois du remboursement des prêts pour les bas salaires, un report du paiement des impôts et des cotisations sociales de trois mois pour les entreprises, la possibilité pour les sociétés implantées dans les zones offshore de vendre jusqu'à 50% de leur production sur le marché local... Le gouvernement était même allé jusqu'à accorder des subsides aux travailleurs du secteur informel comme le soulignait fin avril 2020 une étude de l'Association des économistes euroméditerranéens (EMEA).

A la crise socio-économique qui ne cesse de gonfler depuis la Révolution, s'ajoutent des blocages politiques empêchant d'avancer et de mener à bien les réformes et plans nécessaires pour accompagner un essor et gommer les inégalités sur le territoire. Et pourtant demandés comme préalables par le Fonds monétaire international (FMI) pour parapher un nouveau programme quadriennal. La démission d'Elyes Fakhfakh de son poste de Premier ministre en juillet 2020, après seulement cinq mois en poste, illustre parfaitement le temps perdu. Quelques semaines avant ce retrait, Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI déclarait qu'il était "prêt à accorder un financement à la Tunisie en cas de demande de la part du gouvernement tunisien d'un nouveau programme." Cette solution semble la seule possible aujourd'hui, alors que la dette extérieure était estimée en mars 2020 à 60% du PIB par Elyes Fakhfakh.

Début septembre 2020, le Parlement tunisien a enfin investi un gouvernement de technocrates pour tenter de redresser le pays. Son Premier ministre, Hichem Mechichi, le neuvième depuis 2011 et la Révolution, certifiait alors qu'il pouvait désormais "avancer sur les problèmes économiques, du moment qu'il ne se retrouve pris dans aucun tiraillement politique." Le 30 septembre 2020, lors de la présentation de la Loi de Finances complémentaire 2020 et de la Loi de Finances 2021, Hichem Mechichi affirmait aborder la situation socio-politico-économique à travers "une approche pragmatique qui favorise les solutions pratiques et l'action, loin des slogans et des discours pompeux, en procédant directement à la levée de tous les obstacles entravant la réalisation des projets nationaux et régions et l'investissement."

La pauvreté concentrée au Centre-Ouest et au Nord-Ouest du pays

La carte de la pauvreté éditée par l'INS montre les disparités entre régions (carte : INS)
La carte de la pauvreté éditée par l'INS montre les disparités entre régions (carte : INS)
Paru début avril 2020, un rapport de l'Oxfam relevait que la Covid-19 pourrait faire reculer de trente ans la lutte contre la pauvreté en Afrique du Nord. Bien consciente de ce problème récurrent en Tunisie, l'INS publiait, fin septembre 2020, une étude comprenant plusieurs cartes de la pauvreté. Si le taux de pauvreté moyen se situe à 15,3%, il masque d'énormes disparités avec un médian de 6,3% dans les grandes villes, 15% dans les petites et moyennes communes, et 26% dans le milieu rural.

L'analyse montre une forte concentration de la pauvreté dans le Centre-Ouest et le Nord-Ouest du pays, principalement dans les régions non côtières. Les moins pauvres sont celles autour de Tunis comme El Menzah, la Goulette et Ariana Ville. Dans le Grand Tunis, le taux de pauvreté moyen s'établit à 6,1% et ne franchit dans aucune délégation les 15,2%. Au contraire, dans le Nord-Ouest, Neber, El-Rouhia, Sakiet Sidi Yousset atteignent respectivement les 45,4%, 40,7% et 39,7%. Au Centre-Ouest ces taux dépassent dans certaines délégations les 50% : Hassi Ferid (53,5%), Djedeliane (53,1%) et El Ayoun (50,1%). Toutes situées dans le gouvernorat de Kasserine.

Lundi 12 Octobre 2020

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