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La corruption règne toujours en Méditerranée dénonce Transparency international


Rédigé par Eric Apim, le Mardi 25 Janvier 2022 - Lu 932 fois


La corruption prend diverses formes (illustration: Amy Chiniara-Transparency international)
La corruption prend diverses formes (illustration: Amy Chiniara-Transparency international)
MEDITERRANEE. Comme chaque année depuis 1995, Transparency international publie son indice de la perception de la corruption (CPI pour corruption perception index). Son édition portant sur les données 2021, éditée mardi 25 janvier 2022, montre que la Covid-19 a fourni de prétexte dans beaucoup de pays pour restreindre les libertés fondamentales et contourner d'importants mécanismes de contrôle. "Dans les contextes autoritaires où le contrôle est entre les mains de quelques-uns, les mouvements sociaux sont le dernier contrepoids au pouvoir. C'est le pouvoir collectif détenu par des personnes ordinaires de tous horizons qui, en fin de compte, permettra de rendre des comptes", souligne Daniel Eriksson, directeur général du secrétariat de Transparency international.

Indiquant que "la corruption prend des formes très différentes d'un pays à l'autre", l'étude de l'ONG allemande constate que "les scores de cette année révèlent que toutes les régions du globe se trouvent au point mort lorsqu'il s'agit de lutter contre la corruption du secteur public".

Réalisé à partir d'enquêtes d'opinion dans 180 pays, le classement des pays où la perception de la corruption est la plus forte s'appuie sur le calcul d'un indice de 0 à 100 (zéro étant le plus corrompu et 100 le plus vertueux en la matière). Le Danemark, la Finlande et la Nouvelle-Zélande occupent tous la première place ex æquo avec un indice de 88. Il faut atteindre la 22e place pour voir apparaître le premier pays méditerranéen, la France, avec une note de 71.

L'indice de la Slovénie atteint son plus bas historique

Le bassin méditerranéen reste très contrasté en la matière. Sur les vingt-cinq pays étudiés dans cette zone géographique, seuls huit dépassent l'indice 50. En 2021, la Grèce se trouve chassée (à un point près) de cette liste où elle apparaissait en 2020.

Toujours en Europe du Sud, la situation en Slovénie s'aggrave. Certes, son indice de 57 demeure honorable, mais il constitue le plus bas niveau historique pour ce pays des Balkans. "Suite à la mise en place d'un cadre anti-corruption relativement solide, il a été révélé que le gouvernement a négligé l'application des règles existantes garantissant la transparence, l'efficacité et l'égalité de traitement des fournisseurs dans les marchés publics durant la pandémie", regrette l'ONG. Elle dénonce également des "pressions exercées sur des organes de contrôle indépendants, des menaces proférées à l'encontre de la liberté de réunion pacifique et des restrictions disproportionnées imposées au droit de manifester" ainsi qu'"une campagne de dénigrement contre médias publics du pays".

En Macédoine du Nord, Dimitar Kovacevski, nouveau Premier ministre élu le 16 janvier 2022, place la lutte contre la corruption parmi ses priorités. Même s'il a gagné quatre places en un an, ce pays demeure, avec un indice à seulement 39, l'un des moins bien noté en Europe du Sud.

Le Liban perd six points depuis 2012

La Méditerranée demeure toujours très touchée par la corruption (carte: Transparency international)
La Méditerranée demeure toujours très touchée par la corruption (carte: Transparency international)
"Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les intérêts d'une poignée de puissants continuent de dominer la sphère politique et privée, et les restrictions imposées aux libertés civiles et politiques empêchent tout progrès significatif", note l'ONG. "La corruption y est systémique, avec de profondes racines aussi bien dans les institutions que dans la vie quotidienne", poursuit-elle.

Dans cette région, où la Libye (indice 17 comme en 2020) et la Syrie (13 et avant-dernier de la liste à égalité avec la Somalie et juste devant le Soudan) enregistre les plus mauvais scores mondiaux, Transparency international indique que "la corruption systémique met en danger la démocratie et les droits humains".

En dehors de ces pays qui peinent à sortir de leurs guerres civiles, la Tunisie se voit attribuer un indice de 44 (comme lors du dernier classement). Pour l'ONG allemande, "elle est devenue un exemple malheureux montrant comment les gains démocratiques peuvent être perdus". Est pointé ici du doigt la suspension du Parlement, en juillet 2021, par le président élu Kaïs Saïed, prolongée depuis, mais aussi la fermeture, en août 2021, des locaux de l'Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC), créée au lendemain de la révolution de 2011 pour succéder à la Commission d'enquête sur les affaires de malversations et de corruption. Son ex-président, l'avocat Chawki Tabib fait l'objet d'une enquête pour "suspicion de fraude et usage de faux". Lors de l'intronisation du nouveau gouvernement en octobre 2021, la nouvelle Premier ministre tunisienne Najla Bouden a toutefois annoncé que sa priorité était "la lutte contre la corruption".

Le Liban perd encore un point d'indice (-6 depuis 2012) soit la plus importante chute de la région après celle de la Syrie (-13 sur la même période). "Plusieurs lois votées ces deux dernières années sont loin d'être appliquées. Le Liban présente également des lacunes importantes en matière de procédures de marchés publics et de transparence financière", note l'ONG. "Parmi toutes les sociétés offshore révélées dans les fuites des Pandora Papers, ce sont les hommes politiques et les hommes d'affaires libanais qui en possèdent le plus grand nombre, soit 346 sociétés. Bien que plusieurs personnalités publiques et politiquement exposées aient été nommées, aucune enquête n'a été entreprise par les autorités libanaises", regrette Transparency international. Riad Salamé, gouverneur de la Banque centrale du Liban, vient, le 11 janvier 2022, de se voir signifier une interdiction de quitter le pays par le procureur général près de la cour d'appel de la région du Mont-Liban (centre).

Classement et évolution de l'IPC des pays méditerranéens

Rang mondial 2021 Pays IPC 2021 IPC 2020
22 France 71 69
32 Portugal 62 61
34 Espagne 61 62
36 Israël 59 60
41 Slovénie 57 60
42 Italie 56 53
49 Malte 54 53
52 Chypre 53 57
58 Grèce 49 50
58 Jordanie 49 49
63 Croatie 47 47
64 Monténégro 46 45
70 Tunisie 44 44
87 Kosovo 39 36
87 Maroc 39 40
87 Macédoine du Nord 39 35
96 Serbie 38 38
96 Turquie 38 40
110 Albanie 35 36
110 Bosnie-Herzégovine 35 35
117 Algérie 33 36
117 Égypte 33 33
154 Liban 24 25
172 Libye 17 17
178 Syrie 13 14

Tableau: econostrum.info (sources : Rapport IPC 2021 Transparency international)




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