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La chute de la livre turque alimente toujours le chapitre de l'inflation


Rédigé par , le Vendredi 17 Décembre 2021 - Lu 846 fois


La livre turque ne cesse de perdre du terrain face au dollar (photo: TCMB)
La livre turque ne cesse de perdre du terrain face au dollar (photo: TCMB)
TURQUIE. La baisse des taux d'intérêts de 15 à 14% a fait chuter la livre turque de 6% sur la seule journée de jeudi 16 décembre 2021. Cette année, la devise a perdu 52% de sa valeur face au dollar et environ 30% en un mois. Il s'agit de la pire performance pour une monnaie émergente.

La Turquie est le seul pays du G20, avec la Chine, à ne pas avoir été en récession en 2020 (PIB à +1,8%) grâce au quasi-doublement des crédits octroyés par les banques publiques du fait de la faiblesse des taux d'intérêt. Elle le paye avec la chute de sa devise, donc des importations de plus en plus chères et une hausse des prix pour les consommateurs.

Ceci est le résultat de la politique de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc demeure sur une ligne stricte, et fort discutable en matière d'économie. Il préfère agir en réduisant les taux d'intérêt, offrant ainsi des crédits bon marché et donc favorisant les investissements et la croissance. Sans se soucier le moins du monde des conséquences immédiates de cette stratégie: la montée incessante de l'inflation (20% en un an) dans un pays très dépendant des importations et la perte de pouvoir d'achat de sa population. Au point que, jeudi 16 décembre 2021, le président a annoncé une revalorisation de 50,4 % du salaire minimum. Il passera, dès janvier 2022, de 2 825 livres (150,2 €) à 4 250 livres (226 €). Ceci vaut pour un travailleur seul, célibataire et sans enfants. "Le montant du nouveau salaire minimum évoluera à la hausse si le salarié est marié et en fonction du nombre d'enfants", a-t-il précisé. Ajoutant, "la revalorisation du salaire minimum est une démonstration de notre volonté de ne pas écraser les travailleurs sous les effets de l'inflation." Le gouvernement prévoit également de supprimer l'impôt sur les revenus pour le salaire minimum.

Une succession de démissions et de limogeages

Recep Tayyip Erdogan ne démord pas de sa politique, malgré les signes d'alertes adressés depuis des années.
Fin août 2018, après la publication successive de dégradations de vingt institutions financières locales dont deux compagnies financières et dix-huit banques par Moody's, puis la baisse des notations de quatorze banques par S&P, Erkan Kilimci, vice-gouverneur de la Banque centrale turque (Türkiye Cumhuriyet Merkez Bankasi - TCMB) préférait démissionner plutôt que de cautionner cette stratégie.
En juillet 2019, le président turc limogeait Murat Cetinkaya, gouverneur de la TCMB en poste depuis avril 2016, qui refusait sa politique de baisse des taux d'intérêt.

Début novembre 2020, Murat Uysal, son successeur, était destitué pour les mêmes raisons. Dès le lendemain, Berat Albayrak, ministre du Trésor et des Finances depuis juillet 2018 présentait sa démission face à l'entêtement de celui qui est, en outre, son beau-père. Le gendre de Recep Tayyip Erdogan était pourtant armé de bonnes intentions. "Dans la période à venir, nous allons œuvrer de manière intensive pour ramener l'inflation à un chiffre", indiquait-il à son avènement ministériel. Il a vite déchanté. Encore plus quand son président a décidé de nommer désormais lui-même le gouverneur de la Banque centrale turque et son équipe. Au grand dam de Christine Lagarde. Alors directrice du Fonds monétaire international (FMI), elle prévenait déjà en mai 2018, sur fond de rumeurs d'influence du président sur la TCMB: "quand il s'agit de politique monétaire, il est toujours souhaitable que les dirigeants politiques laissent les gouverneurs de banques centrales faire leur travail et garantissent leur indépendance."  Le conseil ne fut pas suivi...
Le remplaçant de Murat Uysal, Naci Agbal, ancien ministre des Finances, n'aura tenu que quelques mois avant d'être à son tour limogé en mars 2021. Sa "faute": avoir relevé de 200 points de base le principal taux directeur de la banque centrale contre l'avis du président. Cette fois-ci plus de faux semblants, c'est Şahap Kavcıoğlu, ancien député de l'AKP (le parti au pouvoir) et quand même toutefois économiste de son état, qui prenait sa place. D'emblée, il affirmait vouloir suivre la ligne directrice fixée par le pouvoir et son credo, "la baisse de l'inflation affectera positivement la stabilité macroéconomique grâce à une réduction des risques et une amélioration permanente des coûts de financement", insistait-il. C'est le pari de Recep Tayyip Erdogan qui mise tout sur cette équation pour afficher une croissance lors des futures présidentielles prévues en 2023.

Baisse de 500 points de base en trois mois

Début décembre 2021, Lütfi Elvan ministre des Finances, perdait aussi son poste qu'il occupait depuis seulement treize mois. Il a été remplacé par son adjoint Nureddin Nebati. Dans la charrette se trouvait également deux responsables de la Banque centrale. Tous ont eu le tort d'essayer d'expliquer à Recep Tayyip Erdogan qu'il se trompait dans son analyse. Jeudi 17 décembre 2021, le chef de l'État a encore fait taire les critiques de deux ministres adjoints des Finances en leur retirant leurs fonctions.

Ce jeudi 16 décembre 2021, Şahap Kavcıoğlu, troisième donc à occuper le poste à siège éjectable de gouverneur de la TCMB en deux ans, a suivi sagement les recommandations du président en procédant donc à une baisse de cent points de base des taux d'intérêt.
Le conseil de politique monétaire a justifié cette décision par "l'offre limitée dans certains secteurs et la hausse des coûts logistiques qui engendrent une hausse de prix à la production ainsi qu'à la consommation". La banque centrale a certifié qu'elle continuerait à prendre les mesures nécessaires pour atteindre l'objectif à moyen terme de 5% du taux d'inflation.

Ce passage de 15 à 14% a conduit à une nouvelle baisse de la livre la portant à 15,65 pour un dollar pour une clôture à 15,66, jeudi 16 décembre 2021. En ce vendredi 17 décembre 2021 en fin de matinée lors de notre bouclage, le rapport était de 16,82 livres pour un dollar avec un gain de 7,35 % par rapport à la veille.

Depuis septembre 2021, la banque centrale a fait dégringoler de 500 points de base les taux d'intérêt. Avec comme résultat une inflation à 21,31% enregistrée sur un an en novembre 2021 selon l'Institut turc de la statistique (TÜIK).




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