Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


La bourse du Caire s'envole, Casablanca déprimée


Sébastien Hénin est gérant de portefeuilles pour The National Investor (TNI), banque d’affaires, basée à Abu Dhabi.


            Partager Partager

Sébastien Hénin, The National Investor (DR)
Sébastien Hénin, The National Investor (DR)
Econostrum: Vous investissez dans la région Mena. Comment abordez vous les marchés d’Afrique du Nord ?

Sébastien Hénin : Dans la région, l’Arabie Saoudite reste un poids lourd, représentant 40% de l’indice Mena. L’Afrique du Nord, qui constitue 20% de l’indice, offre une diversification intéressante, sachant que ces marchés sont très différents les uns des autres. Nous sommes dans une zone tournée vers l’Europe, alors que les pays du Golfe regardent plutôt vers l’Asie. La région demeure hétérogène, avec des niveaux de richesses, des situations démographiques, et des balances courantes très différentes liées à la production ou pas de pétrole.

Econostrum: Plus d’un an et demi après le Printemps arabe, comment se comporte la bourse du Caire ?

Sébastien Hénin : Sur le pourtour méditerranéen, l’Egypte se trouvait l’année dernière la place la plus impactée, en baisse de 47%. En 2012, elle affiche une progression de plus de 50%, après une reprise très forte au premier semestre. Ce rebond s’explique par des facteurs politiques et techniques. Au niveau politique, les investisseurs craignaient beaucoup le premier anniversaire de la révolution en Egypte. Tout s’est bien passé, ceci rassure la communauté financière. Le deuxième facteur se veut technique : nous nous trouvions dans un marché très « survendu », lié à un consensus négatif important sur l’Egypte. Le pays apparaissait sous pondéré dans le portefeuille des investisseurs internationaux, voire même « shorté », vendu à découvert par de nombreux gérants.

Durant les élections, le marché a été volatile. Mais depuis cet été, nous notons de nombreux points positifs. Le président Mohamed Morsi semble avoir trouvé sa place vis à vis des militaires, notamment après l’attaque du Sinaï. Pour la première fois, il y a un point d’équilibre entre les militaires et le président égyptien. Sur le plan économique, les réserves en devises, qui avaient fortement chuté ces derniers mois, atteignant un seuil critique de moins de trois mois d’importations (15 milliards $), sont remontées. Avec le FMI, les négociations pour un prêt de 4,8 milliards $ sont très bien avancées. Cela va donner une réelle bouffée d’oxygène.

Enfin, nous nous attendons à des opérations de fusions acquisitions. Qatar National Bank cherche à racheter la filiale égyptienne de la Société Générale… Nous constatons un discours plus orienté vers la chose économique, c’est assez positif.

La place de Tunis reste une exception

Econostrum: En revanche, la bourse de Casablanca reste déprimée…

Sébastien Hénin : Oui, Casablanca a perdu 13% l’année dernière. Elle perd 10% cette année. L’environnement économique, en raison de la crise en Europe et des difficultés chez le voisin ibérique, s'est fortement dégradé. La facture énergétique pèse lourdement. Au niveau des liquidités, les banques sont sous pression. Elles sont plus réticentes pour financer les investissements des entreprises et accorder des crédits aux particuliers. Les résultats 2011 des sociétés cotées ont été inférieurs aux attentes. Nous relevons pour 2012 une avalanche de profit warning. Dans ce contexte, il n’est guère étonnant que la bourse de Casablanca soit pénalisée. En même temps, la baisse reste mesurée.
Je reste positif. Le Maroc est stable politiquement. L’inflation maitrisée. Des réformes structurelles ont été engagées depuis quelques années déjà.

Econostrum: Comment réagit la place de Tunis ?

Sébastien Hénin : La bourse de Tunis reste une exception. En Afrique du Nord, le pays figure parmi les plus mal engagés dans le processus post révolutionnaire. Mais paradoxalement, la bourse de Tunis demeure proche de ses plus hauts historiques. L’année dernière avec la crise, elle ne perdait que 7% et cette année, elle connait une hausse de 10%. Les raisons à cela ? Il s'agit d'une bourse très étroite avec de faibles volumes de transaction, il existe très peu d’investisseurs étrangers et d’institutionnels. Par ailleurs, sa valorisation reste très élevée. Sa performance est d’autant plus surprenante que nous avons assisté ces derniers mois à une dégradation très significative de l’environnement politique et économique. Des audits ont été diligentés dans le secteur bancaire afin de se faire une idée plus précise sur le contenu des comptes des banques. Or, les valeurs bancaires constituent la moitié de la capitalisation boursière de Tunis.

Christelle Marot, à CASABLANCA
Vendredi 14 Septembre 2012

Lu 1954 fois




Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.



Actus par pays

Voir en plein écran




Suivez-nous
Facebook
Twitter
YouTube
Newsletter


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA








À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.