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La Turquie va lancer une offensive en Syrie pour éloigner les Kurdes des YPG de sa frontière sud


Rédigé par , le Lundi 30 Mai 2022 - Lu 383 fois

Le président turc Recep Tayyip Erdogan envisage de reprendre les combats en Syrie pour repousser à 30 km de sa frontière sud les Kurdes des YPG présents au Nord de ce pays. Le spectre d'une reprise des combats s'agite. English version


Recep Tayyip Erdogan entend porter son combat anti-terroriste en Syrie (photo: Présidence turque)
Recep Tayyip Erdogan entend porter son combat anti-terroriste en Syrie (photo: Présidence turque)
TURQUIE / SYRIE. C'est un conflit oublié, masqué par la guerre en Ukraine, qui risque de revenir à la une des journaux. Le statu quo semblait s'être installé en Syrie depuis le cessez-le-feu en mars 2020 sous l'égide de la Russie et de la Turquie. La communauté internationale ne pouvait qu'acter la victoire de Bachar al-Assad, d'ailleurs réélu avec 95% des voix pour un quatrième mandat en mai 2021.

La situation recommence cependant à s'envenimer. Un des deux belligérants étranger annonce vouloir reprendre le combat. Recep Tayyip Erdogan a en effet indiqué, lors de la célébration du 569e anniversaire de la conquête d'Istanbul, qu'il souhaitait renvoyer son armée dans ce pays pour une nouvelle opération militaire contre les Unités de protection du peuple (YPG). La présence de cette milice kurde, qualifiée de mouvement terroriste par les autorités turques, à ses frontières est la principale raison de l'implication historique de la Turquie dans ce conflit.

Quelque 18 000 soldats turcs se trouveraient déjà sur le territoire syrien. Leurs cibles prioritaires dans cette future bataille seraient Tal Raffat et Kobani, une ville à majorité kurde dont la prise de contrôle permettrait d'effectuer une jonction avec les autres communes de Jarablus et de Tal Abyad détenues par les Turcs.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), commandées par les Kurdes, précisent qu'elles prennent "les mesures nécessaires" pour s'opposer à "une invasion potentielle".

La Turquie veut une zone de sécurité de 30 km de profondeur à sa frontière

La Turquie veut éloigner les Kurdes de sa frontière Sud (carte: DR)
La Turquie veut éloigner les Kurdes de sa frontière Sud (carte: DR)
Face à une reprise de ce conflit en sommeil, les États-Unis ont déjà protesté. "Nous condamnons toute escalade. Nous soutenons le maintien des lignes de cessez-le-feu actuelles", déclarait Ned Price, porte-parole du département d'État américain. Il craint une atteinte à la stabilité régionale et la mise en danger des troupes américaines sur place.

Le président turc s'est empressé, dimanche 29 mai 2022, d'ignorer cet avertissement. "Nous ne pouvons pas lutter contre le terrorisme en attendant la permission de qui que ce soit", indiquait-il. Tout en ajoutant, fermement, "que ferons-nous si les États-Unis ne font pas leur part dans la lutte contre le terrorisme? Nous nous débrouillerons seuls !"

La Turquie veut s'aménager une zone de sécurité de trente kilomètres à sa frontière sud avec le nord de la Syrie. La même demande qu'en octobre 2019 lors de la conclusion d'un premier cessez-le-feu. La Russie s'était portée garante à l'époque du retrait total des YPG de cette zone pré-définie de 30 km de profondeur sur 120 km de long.

Les rebelles syriens prêts à rejoindre les troupes turques dans cette offensive

"Nous continuerons à combattre les terroristes dans le Nord de la Syrie jusqu'à ce qu'ils soient éradiqués", insiste Recep Tayyip Erdogan. Si Ankara, et tout porte à le croire, passait à l'acte, il s'agirait de la quatrième offensive dans ce pays de son armée.

Déjà en 2016, avec l'opération "Bouclier de l'Euphrate", ses soldats étaient partis combattre contre les YPG, soutenus par Washington car alliés dans son combat contre l'État islamique. Ils étaient revenus en 2018 ("Rameau d'olivier") et en 2019 ("Source de paix"). Depuis 2020, la Turquie concentrait ses opérations anti-terroristes ("Griffe-Tigre", "Griffe-Aigle" et en avril 2022, "Griffe-Serrure") en Irak pour débusquer les cachettes du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, lié aux YPG. "Les opérations en cours aux frontières du Sud de la Turquie ne visent pas l'intégrité territoriale de nos voisins, mais sont motivées par un souci de la sécurité nationale", insiste un communiqué publié jeudi 26 mai 2022 par le Conseil turc de la sécurité nationale (MGK).

Les rebelles syriens de l'Armée nationale syrienne (SNA) ont annoncé, dimanche 29 mai 2022, se tenir prêts à se joindre aux troupes turques contre les combattants kurdes des YPG. Ils entendent ainsi reprendre les villes et villages, à forte population arabe, qui sont désormais dirigés par ces derniers. Les SNA bénéficient du soutien de l'armée turque dans ce conflit. "Des milliers de combattants sont prêts à participer à leurs côtés", affirme Abdul Salam Abdul Razak, un des commandants de l'opposition syrienne.

L'enjeu de l'adhésion à l'OTAN de la Finlande et de la Suède

La Turquie négocie actuellement sa voix en faveur de l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'OTAN et met en balance ses problèmes avec les Kurdes de Syrie et d'Irak. Membre de l'Organisation de l'Atlantique Nord, Ankara refuse pour l'instant de soutenir cette adhésion arguant d'un deux poids, deux mesures.

"Le concept stratégique ne doit pas prendre en considération le contexte actuel seulement", soulignait Mevlut Cavusoglu voici quelques jours. Pour le ministre turc des Affaires étrangères, "Il faut un document qui détermine l'avenir de l'Alliance à long terme (...) Le terrorisme est la menace asymétrique la plus importante visant l'OTAN et les pays alliés. La détermination à lutter contre toute forme de terrorisme doit être inscrite dans le nouveau concept stratégique."

Le chef de la diplomatie turque dénonce notamment le manque de "démarches tangibles dans la lutte antiterroriste" de ces deux candidats récents à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. "Leur soutien aux organisations terroristes PKK, YPG, DHKP-C  (NDLR; Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple, extrême gauche turque) et FETO (NDLR:  Organisation terroriste des partisans de Fethullah (Gülen), selon la dénomination des autorités turques pour désigner le mouvement Gülen) explique la réaction de notre pays. La sécurité de l'OTAN et la solidarité au sein de l'OTAN sont importantes pour tous les alliés. Nous comprenons les soucis sécuritaires de la Finlande et de la Suède, mais tout le monde doit comprendre ceux de la Turquie aussi", lançait Mevlut Cavusoglu.




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