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La Turquie : un Eldorado pour les entreprises françaises ?

Par Axel Baroux, directeur d'Ubifrance Turquie


Directeur d’Ubifrance Turquie, Axel Baroux a consacré la totalité de son parcours professionnel au service du développement international des entreprises et de l’économie française, à la Coface tout d’abord puis à la Direction des Relations Economiques Extérieures du Ministère de l’Economie (administration centrale et réseau international). Il a rejoint Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises, en 2004.


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Axel Baroux (photo C;Verrier/BSM international communication)
Axel Baroux (photo C;Verrier/BSM international communication)
Avec, grosso modo, 12 Mds € d’échanges bilatéraux sur les douze derniers mois, le commerce entre la France et la Turquie atteint un niveau record. Plus encore, et bien que peu en ait véritablement conscience, la Turquie représente, avec 6,5 Mds € d’exportations françaises sur la même période, notre troisième débouché mondial hors UE/Suisse, devant la Russie, le Brésil, l’Inde ou encore le Japon, seulement derrière la Chine et les États-Unis. Et dans ces temps d’inquiétude, forte et légitime, sur le niveau de notre solde commercial, nous dégageons avec Ankara un excédent très appréciable, qui devrait être voisin de 1,5 Md € sur 2011.

Leader économique incontesté du Sud et de l’Est de la Méditerranée (1), la Turquie jouit d’une santé économique enviée. Sa croissance forte (8,9% en 2010, 11% sur le premier semestre 2011) est essentiellement tirée par la demande interne et l’investissement des entreprises. Sa note souveraine vient tout juste d’être relevée par Standard & Poor’s (2) . Son niveau d’endettement (40% de son PIB) comme son déficit budgétaire (2,8% attendu pour 2011) lui permettrait déjà de respecter les critères de Maastricht. Le niveau de son déficit courant (3) peut certes faire craindre aux observateurs économiques un risque de surchauffe, mais force est de constater que la Turquie effectue en ce moment même le chemin inverse de nombre d’économies européennes.

C’est que le pays reste d’abord un grand pays industriel. Et, bien qu’encore en phase de modernisation, il affiche déjà un palmarès remarquable : 1er producteur européen de téléviseurs, 1er producteur d’engrais chimique, 2e fabricant européen d’électroménagers, 5e producteur européen d’automobiles, 4e exportateur mondial d’habillement… Le taux d’utilisation de ses capacités de production, tombé à moins de 63% au plus fort de la crise, début 2009, est depuis en progression constante et dépasse désormais le seuil de 75%.

Portée par une population importante (74 millions d’habitants), jeune (la moyenne d’âge atteint à peine 29 ans et les deux tiers des Turcs ont moins de 35 ans), bien formée (4 millions d’étudiants), largement urbaine (plus de 70% des Turcs vivent en ville tandis que le pays compte 12 villes de plus d’un million d’habitants) et au pouvoir d’achat en progression (près de 11 000 USD/habitant aujourd’hui), la nouvelle classe moyenne turque se tourne vers nos standards de consommation et cultive un goût certain pour la modernité.
Dans un concours de luxe voire d’exubérance, le pays compte 283 « shopping mall », qui accueillent plus de 10 000 franchises ; le nombre de téléphones mobiles en circulation dépasse les 60 millions ; relativement proche du volume de cartes bancaires (45 millions) ; et 30 millions d’internautes actifs placent la Turquie au 3e rang mondial en termes de membres Facebook… Les besoins d’équipements en infrastructures (urbaines, routières, ferroviaires…), en énergie / électricité (4) et dans le secteur de l’environnement (5) restent considérables et suscitent l’appétit des fournisseurs et l’intérêt des bailleurs de fonds.

La Turquie comme plate-forme régionale

Plus encore, le rôle économique régional d’Ankara sort renforcé du « Printemps Arabe », la Turquie apparaissant, à tout le moins pour les populations de la région, comme l’exemple – sinon le modèle – à suivre.

S’ils ont perdu du fait des évènements, plusieurs importants chantiers en cours, en Libye notamment, les entrepreneurs turcs entendent rapidement y reprendre pied, comme peut en témoigner par exemple l’impressionnante délégation d’entreprises turques qui accompagnaient le Premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan, à l’occasion de sa « tournée des pays du Printemps Arabe » qui l’a conduit, du 12 au 17 septembre dernier, en Égypte d’abord, en Tunisie puis en Libye ensuite. Au-delà, les positions prises par les entreprises turques sur un certain nombre de marchés voisins ouvrent d’importantes opportunités de coopération triangulaire. Ubifrance Turquie dénombre déjà une bonne dizaine de cas concrets de partenariats réussis entre entreprises françaises, de toutes tailles, et turques qui se positionnent ensemble sur des « pays tiers ».

Faisant figure de véritable plate-forme régionale comme de grand marché émergent de proximité (Istanbul n’est qu’à trois heures d’avion de la France !) voire d’Eldorado, le pays attire. Beaucoup. Et est évidemment beaucoup courtisé… surtout par nos concurrents. Car si nos échanges – et nos ventes – augmentent régulièrement et dans des proportions qui devraient nous gonfler d’orgueil (+31% en rythme annuel sur les six premiers mois de 2011), nos partenaires (Allemagne, États-Unis, Italie…) progressent davantage encore et nous perdons, en Turquie, des parts de marché. A 4,2%, qui font de la France seulement le 7e fournisseur du pays, notre part du marché turc reste certes encore au-delà de la part de marché mondial de la France, mais elle recule.     

Un Forum régional Med'Allia

Un constat d’autant plus regrettable qu’il ne peut être relié, de loin ou de près, à un désamour pour les produits et le savoir-faire français qu’encouragerait un dialogue bilatéral parfois difficile ou incompris. Non, les hommes d’affaires turcs sont avant tout des pragmatiques et c’est bien un dialogue d’entreprise à entreprise qu’il s’agit de nourrir. Et un constat d’autant plus regrettable que les entreprises, PME en tête, qui font l’effort d’approcher le marché turc, en repartent conquises et, le plus souvent, des commandes en poche ou en devenir. Alors oui, le coût de « l’opportunité ratée » ne constitue pas hélas encore un indicateur de performance de la bonne gouvernance d’une entreprise. Si cela était le cas la destination « Turquie » figurerait sans doute en haut du palmarès des marchés sur lesquels nous laissons trop souvent le champ libre à nos concurrents… alors même que nous avons les moyens de nous y battre, et que le potentiel y est considérable.

Les 17 et 18 novembre prochains, Ubifrance Turquie et ses partenaires (Chambre de commerce d’Istanbul, Chambre française en Turquie, section Turquie des CCEF) organisent à Istanbul le 1er forum Régional Med’Allia , « postprintemps Arabe ». 300 décideurs et hommes d’affaires, venus de Turquie, de France et de huit pays du sud de la Méditerranée s’y retrouveront pour deux jours pleins de rendez-vous ciblés autour de secteurs en forte croissance (infrastructures, énergie, environnement, équipements industriels, ingénierie, santé, habitat, franchise, distribution…).

Osez !

(1) Israël exclu, le PIB Turc dépasse celui, cumulé, de tous les pays du sud-Méditerranéen :Maroc, Algérie, Tunisie, Libye,Égypte, territoires Palestiniens, Liban, Jordanie, Syrie.
(2) Passant de BB+ à BBB-, avec une appréciation positive de l’Agence de notation sur ses perspectives futures.
(3) Qui devrait être voisin de 10% du PIB à fin 2011
(4) La production est d’environ 50.000 MW aujourd’hui pour des besoins estimés à près de 100.000 MW en 2020
(5) La Commission européenne évalue à 70 Mds € les investissements nécessaires à la mise aux normes du pays aux règles communautaires pour le seul secteur de l’environnement.

Coordonnées utiles Mission Economique – Ubifrance en Turquie :

Tél : 0212.243.10.11

Istiklal cad N°142

34430

Istanbul / Beyoglu

Mail : istanbul@ubifrance.fr

Site : www.ubifrance.fr


Mercredi 5 Octobre 2011






1.Posté par Fredo le 06/10/2011 09:11
Vu l'importance de ce pays pour nos propres exportations ainsi que son rôle "stabilisateur" dans cette région incertaine, comment expliquer l'attitude mystérieusement très négative de notre président à l'égard de la Turquie. J'avoue que là je m'y perd un peu...

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