Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


La Tunisie tente de rassurer les touristes


Après l’attaque qui a fait vingt et un morts, vingt étrangers et un Tunisien, au musée du Bardo à Tunis mercredi 18 mars 2015, le pays tente de rassurer les touristes. Une question de survie, car le secteur représente toujours officiellement 7% du PIB, plus de 400 000 emplois directs ou indirects.


            Partager Partager

MSC et Costa Croisières annulent leurs escales au port de la Goulette, à Tunis (photo F.Dubessy)
MSC et Costa Croisières annulent leurs escales au port de la Goulette, à Tunis (photo F.Dubessy)
TUNISIE. En 2014, le nombre de touristes entrés en Tunisie a chuté de 3,2%, passant de 6,27 millions de visiteurs l’année précédente à 6,07 millions, selon le ministère de tutelle. Il représenterait toujours 400 000 emplois directs ou indirects mais 13 000 emplois directs ont été perdus depuis la révolution, reconnaît-il. Mais le secteur pèse toujours 7% du PIB, « le plus grand poste pourvoyeur de devises étrangères pour le pays après l’industrie », affirme le service communication du ministère du tourisme. Il demeure donc vital pour le pays. 
 
Le drame, qui a causé vingt et un morts dont vingt étrangers mercredi 18 mars 2015 au musée du Bardo, risque fort d’accentuer la crise. Alors même que le pays se dirigeait vers une reprise, fort de ses avancées sur le plan politique (adoption d’une Constitution et tenue d’élections en 2014). Le gouvernement tunisien a d’ailleurs qualifié de "terrible" son "impact économique" pour le pays. 
 
Signe peu encourageant, les autorités tunisiennes ont reconnu des failles sécuritaires après cet attentat. L’enquête reste en cours mais de nombreuses interrogations demeurent. Car, l’attaque a été menée en pleine capitale, en plein jour, sur un site très fréquenté par les visiteurs et qui jouxte l’assemblée. Tout un symbole.
 
Déjà deux opérateurs italiens MSC Croisières et Costa Croisières, ont annoncé la suspension de leurs escales à Tunis, certains de leurs passagers ayant été touchés lors de l'attentat. Des tours opérateurs polonais ont également suspendu leurs voyages vers la Tunisie, dont le géant Itaka. « Nous sommes en négociation avec eux, pour qu’ils reprogramment la destination », explique Zoubeir Jebabli, du service communication du ministère du tourisme.  « Ce qui est positif, c’est qu’aucun touriste étranger n’a demandé de l’aide pour être rapatrié de Tunisie. La ministre du Tourisme a par ailleurs annoncé des mesures de sécurité renforcée dans les zones touristiques  », poursuit-il.

Appels à la solidarité

L'Office de tourisme tunisien espère le retour des touristes (photo F.Dubessy)
L'Office de tourisme tunisien espère le retour des touristes (photo F.Dubessy)
Tous les partenaires ne cèdent pas à la panique. Le Syndicat des tour-opérateurs français (Seto) a par exemple annoncé qu'il ne relevait aucune « vague d'annulations » auprès des voyagistes français. « Les annulations sont insignifiantes, à part le marché polonais qui a rapatrié ses ressortissants », précise Wajdi Sghiri, secrétaire général de la fédération tunisienne de l’hôtellerie. « Le problème, c’est que les réservations ne marchent pas, elles sont bloquées », regrette-t-il. 
 
« Cela peut arriver n’importe où dans le monde. Nous restons optimistes. Je suis sûr que la Tunisie va dépasser cet événement malheureux et que les Tunisiens vaincront le terrorisme », veut croire Dhafer Letaif secrétaire général adjoint de la FTAV (Fédération tunisienne des agences de voyages). Mais d’autres professionnels reconnaissent leurs craintes. « Nous sommes très inquiets pour l’avenir du secteur, il est menacé par le terrorisme. Jusqu’à présent les policiers et militaires se trouvaient visés, cette fois ils ont frappé l’économie de la Tunisie », explique Houcine Krimi, représentant du secteur hôtellerie alimentation au syndicat Ugtt (Union générale tunisienne du travail). Et d’ajouter : « Nous attendons un soutien des Européens, qu’ils n’aient pas peur de ce phénomène, nous allons combattre le terrorisme, nous ne nous laisserons pas faire. »
 
Les appels à la solidarité se multiplient. « Cette attaque va ralentir notre activité, il est crucial que l’investissement étranger et que le tourisme continuent », assure Majdi Hassen, directeur exécutif de l’IACE (Institut arabe des chefs d'entreprise). « Il faut montrer que la Tunisie avance malgré attentat. qu’elle est en train de construire quelque chose de solide », renchérit-il.

En visite officielle, vendredi 20 mars 2015 après l’attaque, le ministre français de l’intérieur a lancé : « la meilleure réponse à apporter au terrorisme est de continuer à vivre libres, de continuer à visiter les villes que nous aimons. » Au sommet de l’Etat, le président Beji Caïd Essebsi tente aussi de rassurer : « Les touristes peuvent venir en toute sécurité. Nous avons pris les mesures pour », déclare-t-il. 
 
« Il faut que tout retombe au niveau psychologique, que les effets de l’attaque s’estompent, les gouvernements amis de la Tunisie ne peuvent pas obliger leurs ressortissants à réserver, ni nous », nuance Wajdi Sghiri de la fédération de l’hôtellerie. Pour lui, la priorité reste d’aider les hôteliers, les agences de voyages et les tours opérateurs, « via un soutien de l’Etat tunisien ou des partenaires, car la Tunisie manque de moyens.» « Les marchés émetteurs et récepteurs doivent s’aider  » assure-t-il, « il faut que ce soit gagnant gagnant. Cette méthode a été utilisée quand l’Egypte a connu des attentats, et ceci a fonctionné. »

Le tourisme représente 7% du PIB de la Tunisie, une manne indispensable pour son économie (photo F.Dubessy)
Le tourisme représente 7% du PIB de la Tunisie, une manne indispensable pour son économie (photo F.Dubessy)
« Le forum social démarre mardi (ndlr 24 mars 2015) en Tunisie, espérons que ce soit une bonne réponse au terrorisme  »,  lâche le syndicaliste Houcine krimi, dans un demi-sourire. Dans la foule des manifestants venus rendre hommage aux victimes et dire non au terrorisme jeudi 19 mars 2015 au soir, Annie Grente, française de cinquante six ans, venue passer plusieurs semaines en Tunisie pour des formations et une rencontre internationale autour de l’esperanto. Elle se réjouit que les soixante dix participants d’Europe, du Maghreb ou encore de Turquie aient confirmé leur venue au Forum social mondial (FSM). « Ceux qui voient ça de loin se disent qu’il y a des terroristes partout, mais dans la rue la vie continue comme avant », tient-elle à expliquer. « Beaucoup de gens vont surement annuler leurs vacances en Tunisie mais il n’existe pas de raison, c’est dommage », déplore-t-elle avant de préciser « je n’irais pas dans le Sud tunisien ou à la frontière algérienne mais je ne me sens pas en danger à Tunis. »
 
Le ministère de la Culture a promis de rouvrir le musée Bardo mardi 24 mars 2015.


Lundi 23 Mars 2015

Lu 1700 fois




Dans la même rubrique :
< >

Mardi 19 Mars 2019 - 12:24 La croisière s'allie au Sud €


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.



Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
YouTube


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA



RÉFLEXION

La Syrie, symbole du retour triomphant de la Russie au Moyen-Orient...
et après ?

Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d’analyse de JFC Conseil
avis d'expert


LE Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération 2019
Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération
 30,00 € 
  Prix Spécial | 19,00 €
FICHES FINANCEMENT - FICHES PAYS - ANNUAIRE