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La Serbie et le Kosovo désamorcent partiellement leur conflit


Rédigé par , le Lundi 29 Août 2022 - Lu 777 fois


Le président serbe veut protéger la minorité serbe du Kosovo (photo: Dimitrije Goll/Présidence de la République de Serbie)
Le président serbe veut protéger la minorité serbe du Kosovo (photo: Dimitrije Goll/Présidence de la République de Serbie)
SERBIE / KOSOVO. La raison a fini par l'emporter, du moins provisoirement, dans la brouille entre la Serbie et le Kosovo. Belgrade et Pristina sont en effet parvenues, samedi 17 août 2022, à un "accord de liberté de circulation".

Fin juillet 2022, les autorités du Kosovo publiaient une loi exigeant que toute personne résidant dans ce pays, donc également les Serbes, dispose d'une carte d'identité délivrée par le Kosovo et que leurs plaques d'immatriculation serbes soient remplacées par des plaques du Kosovo. Albin Kurti, Premier ministre kosovar, invoquait un principe de réciprocité.

Le président serbe, Aleksandar Vučić, avait alors tapé du poing sur la table face à cet affront jugé vexatoire pour la minorité serbe (120 000 personnes), alors que la Serbie considère toujours le Kosovo comme une province autonome (Kosovo-et-Métochie) et donc partie intégrante de son territoire. Les Serbes n'ont jamais reconnu son indépendance autoproclamée annoncée en février 2008 après une guerre de deux mois entre les deux nations et l'intervention de l'Otan face à l'armée serbe. L'Union européenne ne la reconnait pas non plus, car cinq Etats membres (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie) refusent de le faire et il faudrait l'unanimité des vingt-sept pour le faire. Pas plus que l'Onu.

"Une solution européenne pour faciliter les déplacements"

La mise en place de cette décision a d'abord été repoussée à un mois, grâce à l'impulsion des États-Unis. Elle devait donc entrer en vigueur le 1er septembre 2022. Les Américains, l'OTAN, et surtout les Européens ont été à la manœuvre ces derniers jours pour calmer les esprits entre les deux capitales.

Une réunion à Bruxelles, mi-août dans le cadre du "Dialogue Belgrade-Pristina", piloté depuis 2011 par la Commission européenne, n'avait pas permis de progresser sur le sujet. Les discussions de ces derniers jours avec les différents médiateurs ont permis de sortir de l'ornière. "Je suis très heureux que nous ayons trouvé une solution européenne qui facilite les déplacements entre le Kosovo et la Serbie. C'est dans l'intérêt de tous les citoyens du Kosovo et de la Serbie. Je tiens à remercier les deux dirigeants d'avoir fait en sorte que cela se produise, en particulier le président Vučić, qui a fait preuve de responsabilité et de leadership aujourd'hui", commentait, samedi 27 août 2022, Josep Borrell. Le Haut représentent de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et principale médiateur sur ce dossier a tenu à remercier "nos partenaires américains" et l'"excellent travail accompli" par le représentant spécial de l'UE, Miroslav Lajčák.

Les plaques kosovares absentes de l'Accord

Albin Kurti refuse de céder sur les plaques d'immatriculation, mais accorde un délai supplémentaire (photo: Gouvernement kosovar)
Albin Kurti refuse de céder sur les plaques d'immatriculation, mais accorde un délai supplémentaire (photo: Gouvernement kosovar)
L'"Accord de liberté de circulation" signé entre la Serbie et le Kosovo va permettre aux citoyens de ces deux pays de se déplacer librement d'un État à un autre. Belgrade a renoncé à demander un permis spécial aux visiteurs présentant une carte d'identité kosovare entrant en Serbie. Et le Kosovo a accepté de renoncer à mettre en place des permis de séjour pour les personnes entrant au Kosovo avec une carte d'identité serbe.

Le résultat est tangible, mais le chapitre des plaques kosovares ne figure pas dans ce texte. Lors d'un entretien accordé à la BBC, dimanche 28 août 2022, Albin Kurti a précisé que "cette mesure en tant que telle n'est pas dirigée contre les Serbes, mais elle est prise dans l'intérêt de l'État de droit et de la légitimité". Le Premier ministre kosovar va accorder un délai supplémentaire. "Nous donnons une opportunité de deux mois à tous les propriétaires de voitures avec des plaques d'immatriculation serbes pour les convertir en RKS (NDLR: plaques d'immatriculation de la République du Kosovo)", affirme-t-il. Ceci repousse donc au 31 octobre 2022 cette obligation.

"Les Serbes qui acceptent de convertir leurs plaques de voiture en RKS seront exemptés de la TVA, des droits de douane et d'accise, soit environ 5000 euros par voiture", ajoute-t-il. Avant d'insister: "Nous espérons alors ne plus voir de plaques d'immatriculation de voitures qui ne sont pas légitimes et légales."

Josep Borrell demande du pragmatisme et de la constructivité aux deux dirigeants

"Le travail n'est pas terminé. Certains problèmes restent en suspens", prévenait Josep Borrel. "La crise se poursuit (...) et s'aggrave", indiquait aussi Aleksandar Vučić, voyant dans la mésentente sur les plaques d'immatriculation un problème "beaucoup plus compliqué" à résoudre. "Nous chercherons toujours à préserver la paix et la stabilité, à lutter pour la paix et la stabilité, mais pas une seconde, rassurez-vous, comme je vous l'ai promis, nous ne nous écarterons de nos intérêts nationaux et étatiques vitaux, mais surtout des intérêts de nos gens, de votre sécurité et de votre sûreté. Pas d'abandon, pas d'abandon. Vive la Serbie", lançait le président serbe, le 21 août 2022, dans un discours adressé aux populations de sa "province du Kosovo-et-Métochie".

Les discussions vont donc se poursuivre, mais dans un climat plus apaisé après ces avancées de taille. C'est en effet la première fois que la Serbie reconnait un document administratif établi par le Kosovo. "J'attends des deux dirigeants qu'ils continuent à faire preuve de pragmatisme et de constructivité afin de résoudre le problème des plaques d'immatriculation", souligne Josep Borrell.

Les deux pays n'ont cependant pas les coudées franches et ne peuvent franchir certaines lignes rouges. Déjà, mi-août 2022, l'Otan menaçait de faire "intervenir" sa force de maintien de la paix sur place, la Kfor, "si la stabilité était menacée". L'Organisation indiquait être prête à renforcer ses effectifs pour "rétablir la liberté de circulation".

L'Union européenne dispose aussi de moyens de pression importants pour résoudre les litiges. Ne serait-ce que parce que la Serbie dispose d'un statut de candidat depuis 2012 et que le Kosovo est candidat potentiel.




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