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La Medcop 21 mobilise les Méditerranéens sur les changements climatiques


Les Méditerranéens ont décidé de se réunir à Marseille les 4 et 5 juin 2015, pour apporter leur contribution à la Cop21 de Paris sur le changement climatique. La MedCop21 émet 27 propositions et 133 bonnes pratiques. La seconde journée s'est notamment focalisée sur la problématique du financement.


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Michel Vauzelle, président de la région Provence Alpes Côte d'Azur en grande discussion avec des jeunes Méditerranéens porteurs de projets (photo F.Dubessy)
Michel Vauzelle, président de la région Provence Alpes Côte d'Azur en grande discussion avec des jeunes Méditerranéens porteurs de projets (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE. "Nous, collectivités, entrepreneurs, décideurs économiques et sociaux, chercheurs, participants, tous acteurs de la société civile des rives de la Méditerranée..." le début de la déclaration de la MedCop 21 lu par Michel Vauzelle, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en conclusion à cette manifestation, résume à lui seul le degré et la diversité d'implication des Méditerranéens dans la lutte contre le changement climatique. Réunis à Marseille à la villa Méditerranée, les 4 et 5 juin 2015, politiques, experts et associatifs ont œuvré pour livrer des recommandations remises en mains propres à Laurent Fabius. Le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, qui présidera la Cop21 (Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques) du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, avait fait le voyage dans la cité phocéenne pour les recueillir.

Selon la déclaration de la MedCop21, la Méditerranée se veut "un espace d'excellence démontrant que loin de n'être qu'une contrainte, l'atténuation et l'adaptation au changement climatique constituent un levier de développement économique, social, technologique et de coopération entre acteurs de la Méditerranée... Les pays riverains peuvent faire converger leurs besoins pour devenir une référence en matière de transition écologique et énergétique et ainsi saisir pleinement les opportunités de nouveaux modes de développement pour les sociétés, les territoires et leurs habitants."

La rationalité économique est d'agir

Laurent Fabius insiste sur les devoirs financiers des pays riches (photo F.Dubessy)
Laurent Fabius insiste sur les devoirs financiers des pays riches (photo F.Dubessy)
Après plusieurs temps forts la première journée, la seconde s'est plus concentrée sur les besoins de financement de cette lutte. Avec une mise au point livrée par Pascal Canfin, conseiller principal Affaires internationales climat de World Resources Institute : "Cela coûte plus cher de ne rien faire qu'agir. Donc la rationalité économique est bien d'agir !" Et de préciser, avec le sens de la formule, "l'inverse de soutenable, c'est insoutenable." Selon cet expert, le surcoût de financement compatible à la limitation à 2° du réchauffement climatique, s'établirait à 5%. "Dans les scénarios où nous ne faisons rien, ce sont 5, 10 ou 20% !"

Mathieu Ruillet met en garde : "il ne faut pas déshabiller le développement local pour habiller le climat." Et le directeur général du Geres de poursuivre, "aujourd'hui, nous disposons de solutions que nous appelions de nos vœux depuis quarante ans. Les énergies renouvelables sont rentables. Nous n'avons donc plus les pieds dans les starting-blocks mais nous sommes déjà lancés ! Arrêtons donc de parler de transfert de technologie car nous ne sommes plus au XXe siècle. Parlons plutôt de partage de solutions et voyons comment nous pouvons les accompagner."

Les pays du Nord doivent honorer leurs promesses aux pays du Sud

Henry Marty-Gauquié demande une méthodologie (photo F.Dubessy)
Henry Marty-Gauquié demande une méthodologie (photo F.Dubessy)
Mais qui doit payer ? La question mérite d'être posée. Et pas seulement car l'argent est le nerf de la guerre, mais surtout parce que les Cop précédentes ont réellement pêché en la matière. À Copenhague, les pays du Nord avaient promis 100 mrds€ aux pays du Sud jusqu'en 2020. C'était en 2009. Ils n'en seraient aujourd'hui qu'à 35 mrds€ selon Pascal Canfin qui insiste : "les pays du Nord doivent montrer comment ils vont honorer leurs promesses." Laurent Fabius se veut encore plus incitatif. "Les grands pays riches ont une grande responsabilité notamment financière."

Pascal Canfin épingle aussi les grandes institutions internationales notant que seuls 20% des projets financés par la Banque mondiale concernent le climat. Et 50% pour l'Agence française de développement. "La Banque mondiale pourrait faire mieux que 20%" lance le représentant du World Resources Institute. Henry Marty-Gauquié, directeur du bureau de Paris de la Banque européenne d'investissement (BEI), pose un bémol. "La BEI engage 25% de son chiffre d'affaires vers le changement climatique. Mais ces 25% représentent quand même 93 mrds€ ! De plus, la BEI met une dimension climat dans tous ces autres projets que ceux fléchés climat."

Pour passer d'"une période volontariste vertueuse à une mobilisation de l'ensemble des acteurs économiques", Henry Marty-Gauquié évoque la notion de volume, "il faut montrer qu'un marché se créé", mais aussi "la nécessité de créer un instrument pour permettre d'aller sur des projets climatiques. Il faut favoriser l'effet levier qui représente chez nous d'un tiers à 50% du financement" Sans compter avec l'accompagnement de ces instruments par des green bonds, des obligations vertes qui permettent de lever de la dette pour servir à des projets climats. "Nous devons créer un corpus référentiel pour permettre de mesurer les résultats et les évolutions de ces résultats dans le temps. Pour obtenir la transparence, nous devons user de méthodologie" poursuit le directeur français de la BEI.

27 propositions méditerranéennes pour la Cop21 à Paris

"Les solutions pour mettre en œuvre la transition énergétique existent. L'obstacle n'est pas technique mais seulement financier ! Le succès de la Cop21 dépend donc des financements" note Gaël Giraud, chef économiste de l'AFD, qui compte peu sur les marchés financiers pour prendre le problème à bras-le-corps. "Ils fonctionnent comme des trous noirs qui captent les liquidités mais ne les restituent pas à l'économie réelle" lance-t-il. Pour Gaël Giraud, "l'enjeu est de passer d'une économie carbonée héritée de la révolution industrielle, à une économie décarbonée où il fera mieux vivre. Cela signifie qu'une bonne partie des modèles économiques est fausse : normes IFRS, Bâle III, Solvabilité II... Qu''il faut donc tous les revoir et réformer ! "

Le financement passera obligatoirement par des notions d'adaptation des économies régionales, pour diminuer les émissions dans les pays les plus vulnérables, et de réallocations des investissements privés dans le monde. Pascal Canfin rapproche les "100 mrds pour le climat aux 2 800 mrds d'investissement effectués dans le monde. S'ils ces derniers sont incompatibles avec la problématique climat, il ne sert à rien d'engager 100 mrds !"

Parmi les vingt sept propositions de solutions concrètes figure notamment la tenue annuelle d'une Medcop permettant de vérifier l'avancement des engagements et d'intégrer progressivement la dimension méditerranéenne dans le processus des négociations internationales sur le climat. Mais aussi la création d'un groupe d'experts sur les changements climatiques globaux en Méditerranée (MedECC - Mediterranean Experts on Climate Change). Et celle d'un méta cluster méditerranéen pour le bâtiment ainsi que la mise en place de partenariats agriculteurs/consommateurs. Parallèlement, 133 bonnes pratiques ont été relevées sur les deux rives.

Autant de pistes pour la Cop21 de Paris. "Nous devons passer un accord universel pour que les émissions de gaz à effet de serre soient régulées pour ne pas dépasser les 2°. Les émetteurs de gaz, ce ne sont pas les gouvernements mais les communes, les régions, les entreprises et nous tous, la société civile " commente Laurent Fabius. Et de prévenir, "en cas d'échec à Paris, ce serait très difficile pour la suite..."

En notamment pour la prochaine édition, la Cop22, qui se déroulera au Maroc et se veut  "une Cop d'actions" comme l'indique Hakima El Haite, ministre marocaine déléguée à l'Environnement. "Les Méditerranéens doivent se démarquer avec des vecteurs comme la tolérance, le développement, l'innovation. Nous devons continuer à servir l'histoire de la Méditerranée."

MedCop21 a permis d'introduire les idées méditerranéennes au futur débat de la Cop21 (photo F.Dubessy)
MedCop21 a permis d'introduire les idées méditerranéennes au futur débat de la Cop21 (photo F.Dubessy)
Les neuf grands enjeux déterminés par la Medcop21 à Marseille
 
Affirmer la dimension méditerranéenne comme pertinente pour la lutte contre le changement climatique

Renforcer les solidarités financières en accroissant l'utilisation des mécanismes déjà existants comme en créant des mécanismes innovants

Favoriser l'évolution des comportements individuels et collectifs

Accroître les compétences techniques

Renforcer la solidarité pour des villes et territoires durables

Produire et consommer autrement l'énergie

Mobiliser les entreprises

Partager l'eau entre les usages et les territoires

Protéger la mer et les milieux naturels.



Lundi 8 Juin 2015

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Lundi 14 Décembre 2015 - 11:01 COP 21 : un accord mondial pour le climat



1.Posté par Gugenheim le 10/06/2015 15:47
Bonjour,

Je me permets de faire une précision sur les informations de la photo principale.

Les jeunes présents autour de M. VAUZELLE sont les jeunes du CRJ PACA, des jeunes de pays de la méditerranée (Algérie, Tunisie, Egypte, ...) invités par l'association les Petits débrouillards et une délégation de jeunes de la région PACA "Prenons soin de la planète" encadrée par l'association There Is Alternative.

Ils ont échangé entre eux, sur leurs projets, leurs expériences, leurs problématiques en local.

Ils étaient ravis de pouvoir être là et de participer à cet événement.

Edith de There Is Alternative

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