Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


La Ligue arabe somme les forces étrangères de quitter le sol libyen


La Ligue arabe se positionne dans le conflit libyen pour dénoncer les "interventions étrangères illégitimes" et demander "le retrait de toutes forces étrangères du territoire de la Libye". Les diplomaties méditerranéennes se font de plus en plus pressantes prenant position pour Fayez al Sarraj, chef du Gouvernement d'union nationale (GNA), ou Khalifa Haftar, à la tête de l'Armée nationale libyenne (ANL).


            Partager Partager

Fayez al Sarraj et Khalifa Haftar poursuivent la guerre civile en Libye alors que les puissances méditerranéennes s'impliquent de plus en plus dans ce conflit, militairement et/ou politiquement (photo : Archives DR)
Fayez al Sarraj et Khalifa Haftar poursuivent la guerre civile en Libye alors que les puissances méditerranéennes s'impliquent de plus en plus dans ce conflit, militairement et/ou politiquement (photo : Archives DR)
LIBYE. Après leur sommet extraordinaire en visioconférence à l'initiative de l'Égypte, mardi 23 juin 2020, les ministres des Affaires étrangères des États membres de la Ligue arabe* ont publié un communiqué final "rejetant toutes les interventions étrangères illégitimes" en Libye et réclamant "le retrait de toutes les forces étrangères du territoire de la Libye et de ses eaux territoriales". Trois jours avant, Le Caire lançait un avertissement clair : Si le Gouvernement d'union nationale (GNA) continue sa percée sur Syrte, l'Égypte interviendra directement sur le sol libyen pour protéger son allié, l'opposant, homme fort de l'Est, Khalifa Haftar de l'Armée nationale libyenne (ANL).

Seuls quatre pays ont émis des réserves sur ce communiqué : la Tunisie, frontalière de la Libye, la Somalie, le Qatar (soutien du GNA) et bien entendu, le représentant du Gouvernement d'union nationale.

En filigrane de cette menace figure, bien entendu, un message à la Turquie, alliée du GNA, dont l'arrivée en Libye en janvier 2020 a inversé l'issue probable du conflit. Avant, l'ANL se trouvait aux portes de la capitale. Après, Khalifa Haftar encaissait défaite sur défaite jusqu'à perdre plusieurs de ses bastions et ses champs d'hydrocarbures. En quelques semaines, les troupes de Fayez Al Sarrraj, reconnues par la communauté internationale, soutenues par les drones et les conseillers militaires turcs, l'ont talonné en poussant leur avantage jusqu'à se rapprocher de Syrte, ville natale de Mouammar Khadafi, située à 450 kilomètres à l'Est de Tripoli. Tout un symbole.
Le franchissement de la ligne Syrte-al Joufra, offrant une voie de progression vers l'Égypte selon Le Caire, figure donc comme une ligne rouge pour Abdel Fattah al-Sissi. Lundi 22 juin 2020, le porte-parole du maréchal Haftar, Ahmed Al-Mismari, n'hésitait pas à abonder dans le sens égyptien affirmant que "les groupes d'extrémistes terroristes qui sont situés dans les villes de Misrata et Tripoli souhaitent atteindre les pyramides, le Sinaï et le Caire".

Une guerre par procuration

"Toute intervention directe de l'Égypte est devenue légitime au niveau international, que ce soit au regard de la charte de l'ONU sur la légitime défense ou qu'elle se base sur la seule autorité légitime élue par le peuple libyen : le Parlement libyen", précise le président égyptien. Il avait d'ailleurs, début juin 2020, appelé à un cessez-le-feu lors d'une réception au Caire du maréchal Haftar. Une offre rejetée par le GNA et la Turquie. Lors du sommet extraordinaire de la Ligue arabe, le délégué de Fayez Al Sarraj a d'ailleurs indiqué que les initiatives de paix devaient émaner de pays non impliqués dans le conflit. il ne s'est d'ailleurs pas privé d'exclure de ce processus ceux qui menaçaient "le gouvernement légal par une déclaration de guerre".

La Ligue arabe réaffirme son alignement sur la position égyptienne et appelle à dissoudre les milices et à faire repartir tous les mercenaires présents en Libye, devenue le terrain de jeu d'une guerre par procuration. Au point que le 10 juin 2020, Paris dénonçait un incident naval en mer Méditerranée entre une frégate française (le Courbet) et d'autres turques qui ont illuminé à trois reprises le navire avec leur radar de conduite de tir. Une manœuvre qualifiée par Paris d'"acte extrêmement agressif".
Le Courbet se trouvait engagé dans une mission de contrôle de l'OTAN concernant la violation de l'embargo des Nations unies sur les armes en Libye et voulait identifier un cargo. L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, dont sont membres la France et la Turquie, diligente une enquête sur cette escarmouche. "On ne peut pas accepter qu'un allié se comporte comme cela, fasse cela contre un navire de l'OTAN sous commandement OTAN menant une mission de l'OTAN", insiste Florence Parly, ministre française des Affaires étrangères.

"La Turquie joue en Libye un jeu dangereux"

De son côté Fayez al Sarraj, accusé de recevoir des armes turques, plaide pour une contrôle "global" de l'embargo onusien. Selon lui, il faut couvrir non seulement les voies maritimes, mais aussi terrestres et aériennes par où viendraient les armes fournies à son adversaire le maréchal Haftar. Luigi di Maio a rendu, mercredi 24 juin 2020, une visite éclair à Fayez al Sarraj. Le ministre italien des Affaires étrangères et le chef du GNA ont appelé à "la nécessité de la reprise du processus politique et la fin des ingérences étrangères négatives" en Libye. Quelques jours avant le chef de la diplomatie italienne se trouvait en Turquie. Il affirmait, plus tard dans les colonnes du journal Il Messagero, "la Libye reste une priorité (...) Nous ne pouvons pas nous permettre une partition du pays. C'est pour cela que nous sommes allés d'abord à Ankara."

Le 22 juin 2020, après une réunion à l'Élysée avec le président tunisien Kaïs Saïed, Emmanuel Macron accusait ouvertement Ankara. "Je considère aujourd'hui que la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin (NDLR : en janvier 2020). Le président de la République française enfonçait même le clou en demandant à ce "que cessent les ingérences étrangères et les actes unilatéraux de ceux qui prétendent gagner de nouvelles positions à la faveur de la guerre" dans ce pays.

Le lendemain, la riposte intervenait. "Par le soutien qu'elle apporte depuis des années aux acteurs illégitimes, la France a une part de responsabilité importante dans la descente de la Libye vers le chaos. De ce point de vue, c'est en réalité la France qui joue un jeu dangereux", répliquait Hami Askoy, porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères. Et de poursuivre :"Si monsieur Macron faisait marcher sa mémoire et déployait son bon sens, il se souviendrait que les difficultés que traverse la Libye actuellement sont dues aux attaques du putschiste Haftar qu'il soutient."
Si monsieur Macron faisait marcher sa mémoire et déployait son bon sens, il se souviendrait que les difficultés que traverse la Libye actuellement sont dues aux attaques du putschiste Haftar qu'il soutient»,

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/76229-cest-realite-france-qui-joue-jeu-dangereux-ankara-replique-macron
«Si monsieur Macron faisait marcher sa mémoire et déployait son bon sens, il se souviendrait que les difficultés que traverse la Libye actuellement sont dues aux attaques du putschiste Haftar qu'il soutient»,

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/76229-cest-realite-france-qui-joue-jeu-dangereux-ankara-replique-macron

Khalifa Haftar rejette l'accord de Skhirat

La Ligue arabe réaffirme son soutien à l'accord politique inter-libyen décroché, en décembre 2015, à Skhirat au Maroc. Ce texte, tenu pour une référence de base par la communauté internationale, prévoyait, outre la mise en place d'un gouvernement d'entente national devant siéger à Tripoli (il verra le jour en janvier 2016), la création d'un Conseil présidentiel, d'un cabinet, d'une chambre des représentants et d'un Conseil d'État.

Fin avril 2020, Khalifa Haftar se désolidarisait, une nouvelle fois, de cet accord. Dans un discours télévisé, il s'auto-proclamait à la tête de la Libye, "jusqu'à ce qu'un gouvernement civil puisse être restauré." Défiant même celui qui l'a fait roi : le Parlement de Tobrouk à l'Est du pays qui lui venait de se prononcer pour une solution politique tout comme Stéphane Dujarric, porte-parole de l'Onu, indiquant "pour nous, l'accord politique libyen et les institutions qui en découlent restent le seul cadre de gouvernance internationalement reconnu en Libye. Tout changement politique doit avoir lieu par des moyens démocratiques, et non par des moyens militaires." Mais aussi son allié russe qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, affirmait "ne pas approuver la déclaration du maréchal Haftar selon laquelle il décidera unilatéralement de la façon dont le peuple libyen vivra." 

Mardi 23 juin 2020, il persistait, "il n'existe pas de solutions militaires à ce conflit. C'est le pilier clef de toutes les résolution adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies et de toutes les déclarations adoptées lors de multiples événements, y compris la conférence de Berlin tenue en janvier."

Le même jour, Walid Al-Muallem, ministre syrien des Affaires étrangères, déclarait aussi son soutien à Khaklifa Haftar et aux institutions établies à l'Est de la Libye, tout en s'avouant préoccupé par l'unité et la souveraineté des terres libyennes. "Nous nous tenons aux côtés des frères égyptiens afin de défendre leur sécurité nationale et la sécurité nationale arabe. La Syrie sera prête à les soutenir en cas de besoin, quelles que soient leurs positions à l'égard de nos problèmes."

*La Libye est membre depuis 1953 de la Ligue arabe créée en mars 1945. Elle compte vingt-deux États membres dont La Libye depuis 1953, l'Égypte (pays fondateur). La Turquie dispose de statut d'observateur dans l'organisation régionale depuis 2011.

Mercredi 24 Juin 2020

Lu 1091 fois




Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.



Actus par pays

Voir en plein écran




Suivez-nous
Facebook
Twitter
YouTube
Newsletter


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA








À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.