Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée
         Partager Partager

La Libye va encore devoir repousser la date de l'élection présidentielle


Rédigé par , le Mercredi 5 Janvier 2022 - Lu 756 fois


La Haute commission électorale libyenne se trouve dans une impasse pour publier la liste des candidats à l'élection présidentielle (photo: HNEC)
La Haute commission électorale libyenne se trouve dans une impasse pour publier la liste des candidats à l'élection présidentielle (photo: HNEC)
LIBYE. Prévue le 24 décembre 2021 puis repoussée, deux jours avant le scrutin, par la Haute commission nationale électorale (HNEC) au 24 janvier 2022, l'élection présidentielle libyenne semble encore une fois compromise.

Alors que le Parlement libyen n'avait pas accepté d'entériner le nouveau calendrier, c'est aujourd'hui sa Commission chargée du suivi des élections qui réclame "une nouvelle feuille de route réaliste et applicable, en définissant des étapes, au lieu de fixer de nouvelles dates et refaire les mêmes erreurs". Lundi 3 janvier 2022, face au Parlement de Tobrouk, Imad al-Sayeh, directeur de la HNEC,  reconnaissait que le nouveau calendrier ne pourrait pas être tenu, "tant que les obstacles subsisteront."

Ce réalisme partagé tient, enfin, la route, loin des chimères occidentales. Même s'il ne fait que mettre en exergue les difficultés à sortir de la période de la guerre civile, plus de vingt ans après la chute de Mouammar Kadhafi. La voie tracée par le Forum du dialogue politique libyen semble non seulement pavée de mauvaises intentions, mais pourrait bien conduire à une impasse.

Trop de candidats

Au centre des problèmes expliquant le report de cette élection figure certes la question sécuritaire et la mésentente entre les autorités de l'Ouest et de l'Est, mais aussi la difficulté insurmontable de la validation des dossiers de candidature. Imad al-Sayeh a reconnu le 3 janvier 2022 que "le processus électoral s'est arrêté à l'étape des contestations. Nous ne pouvons pas passer à la seconde étape, celle d'établir la liste finale des candidats." Comme il l'explique, "vingt-quatre heures après l'ouverture du dépôt des recours contre des décisions d'exclusion des candidats, vingt-six recours avaient été déposés." Certes la justice a été saisie, mais, "elle n'a examiné les recours et les appels que sur la forme, pas sur le fond", souligne Imad al-Sayeh. Selon lui, il aurait fallu "réduire le nombre de candidats à une vingtaine", une fois éliminés les cas litigieux, mais aussi les candidatures fantaisistes.

Résultat, la HNEC n'a pas été en mesure de présenter une liste de candidats au jour J. D'autant plus qu'ils étaient environ quatre-vingts à briguer le poste de président et que certains noms étaient pour le moins controversés. Tout comme la loi électorale sortie du chapeau du Parlement de l'Est, sans aucun vote, pour permettre la candidature du maréchal Khalifa Haftar, l'homme qui avait tenté de s'emparer par les armes de Tripoli en 2019.

L'attitude d'Abdel Hamid Dbeibah, nouveau Premier ministre intérimaire du Gouvernement d'unité nationale (GNU), candidat alors qu'il avait déclaré ne pas vouloir se présenter, n'a pas non plus arrangé les choses. Sans parler de l'aspiration à exercer la fonction suprême de Saïf al-Islam Kadhafi, second fils de l'ancien "Guide", pourtant toujours recherché par la Cour pénale internationale pour "crimes contre l'humanité".

De la difficulté à trouver un consensus politique

Les pressions exercées par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Allemagne dans une déclaration commune pour "la fixation rapide d'une date pour les élections et la publication immédiate de la liste définitive des candidats à la présidence" se heurtent à la réalité actuelle de la Libye.

Organiser deux nouveaux scrutins - des législatives sont aussi prévues d'ici à la fin janvier 2022 - signifierait être capable d'arriver à percer le mur des divergences dressé entre les différentes factions et régions de ce pays déchiré. Bref, réussir à trouver un consensus politique.

Provisoire, le gouvernement d'Abdel Hamid Dbeibah devait s'effacer au 24 décembre 2021 au profit des nouvelles autorités élues. Pour le Parlement de Tobrouk, il ne se trouve donc plus légalement en fonction. Une position contestée par l'intéressé qui a tenu une réunion le 30 décembre 2021 bien décidé à conserver sa fonction tant que son remplaçant ne serait pas désigné. Le Premier ministre profite du vide juridique dans une Libye sans constitution à même de régler ce litige.

Les Libyens devront encore patienter avant de se rendre aux urnes (photo: HNEC)
Les Libyens devront encore patienter avant de se rendre aux urnes (photo: HNEC)

La HNEC accuse le Parlement de Tobrouk

Stéphanie Williams a rencontré mardi 4 janvier 2022 le président du Conseil présidentiel, Mohammed al-Menfi, et ses deux adjoints, Abdullah al-Lafi et Moussa al-Koni pour justement discuter des derniers développements politiques. Les jours précédents, la conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour la Libye avait pu s'entretenir avec des représentants des diverses forces politiques et sociales du pays. Dans un tweet mardi 4 janvier 2022, Stéphanie Williams précisait avoir évoqué une proposition "de tenir les élections de manière séquentielle en commençant par les élections législatives". Rien de nouveau...

Si face au Conseil présidentiel elle a insisté sur l'importance de doubler les efforts pour faire avancer le processus électoral, elle n'a pu que renouveler "l'engagement des Nations unies à fournir tout le soutien nécessaire au peuple libyen et aux autorités concernées pour atteindre ces objectifs importants." Cette phrase résonne comme un aveu d'impuissance.

Le même jour à Tobrouk la Chambre des Représentants et son président Fawzi al-Nuwairi tenait une séance officielle. Les quatre-vingts députés présents ont pu entendre le directeur et les membres de la Haute commission électorale se justifier sur le non-respect du processus électoral le 24 décembre 2021. Mais aussi pointer du doigt la responsabilité justement du Parlement dans cet échec démocratique. Imad al Sayeh a ainsi reproché aux députés de l'Ouest d'avoir promulgué deux lois (une pour la présidentielle et l'autre pour les législatives) ne correspondant pas à celles finalisées par le Comité parlementaire des élections et d'avoir refusé de prendre en compte ses remarques.

Le lendemain, mercredi 5 janvier 2022, la Commission de la feuille de route du Parlement discutait avec le Conseil présidentiel. A l'issue de cet entretien, les deux parties ont indiqué vouloir "poursuivre la communication pour parvenir à une vision commune pour le lancement de la réconciliation nationale de tous les Libyens". Ce qui démontre bien, à contrario, que si la volonté est bien là, le bout du chemin demeure loin d'être atteint. Les 2,48 millions d'électeurs inscrits devront encore patienter avant de pouvoir se rendre aux urnes et de voter pour la première fois de l'histoire du pays pour élire leur président.




Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !

Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.

   Nos partenaires






À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Société/Institutions), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.


S'abonner à Econostrum.info