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"La Libye doit investir dans sa jeunesse"


Par Camille Sari, Conseiller économique, Consultant international, Spécialiste des monnaies et de la finance internationale


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"La Libye doit investir dans sa jeunesse"

La Libye se trouve dans une situation catastrophique sur le plan humain et de ses infrastructures détruites en partie par cette guerre dont Kadhafi porte seul la responsabilité. La reconstruction et le développement humain et économique pourrait se faire aisément si les futurs dirigeants acceptent le jeu démocratique et l’alternance. Les ressources du pays sont suffisantes eu égard à sa population peu nombreuse.

Le pilier du développement de la Libye est constitué des richesse de son sous-sol. Mais une mauvaise utilisation des revenus pétroliers et leur accaparement par une minorité, voire une famille n’a pas de retombées significatives sur ses populations.

La principale richesse de la Libye ce sont ses enfants qui aspirent à la démocratie, au respect et à la justice sociale.

Afin que les Libyennes et les Libyens participent à l’édification d’un Etat moderne et prospère, la priorité des priorités est de remettre à plat tout le système éducatif du primaire jusqu’à l’enseignement supérieur. Ce que j’ai constaté sur place et ce que me disent mes amis c’est qu’il y avait une volonté obscurantiste et contre le savoir d’un dictateur ne pouvant accepter la formation d’une élite.

Beaucoup de Libyens ont eu la chance de se former par eux-mêmes ou dans des grands instituts internationaux. Toute la population doit bénéficier de la connaissance. L’arabe est la langue officielle et indiscutablement doit rester le cœur de l’enseignement à tous les niveaux. Cependant, l’enseignement des langues demeure important dans le monde actuel. Le Français doit être promu car c’est la langue la plus parlée dans le Maghreb. La plupart des publications maghrébines sont en français. L’anglais s’impose car la plus utilisée mondialement.

 


Miser sur le tourisme

Le secteur du tourisme a été délaissé car Kadhafi ne voulait pas que son peuple s’ouvre sur l’étranger. Pour nous rendre en Libye,  nous avons eu d’énormes difficultés et parfois un refus à cause de nos origines (bannissement des Libanais par exemple). Le pays recèle des gisements insoupçonnés : une côte aussi large que propice à des complexes touristiques. Les vestiges romains sont à mettre en symbiose avec ceux de Tipaza (Algérie) ou le Loukos et Volubilis (Maroc). De nouvelles infrastructures favoriseraient le développement d'une activité soutenue. J’ai déjà plaidé pour un tourisme inter maghrébin.

Autre point, la gestion des entreprises a été des plus opaques avec une main mise des enfants de Kadhafi. Un nouveau management s’impose. Cela passe par la formation et l’émergence de pôles de formation publics et privés. Des dispositifs de lutte contre la corruption doivent être mis en place dans la foulée de la dynamique révolutionnaire.

Le système bancaire doit être réformé en profondeur pour le rendre compatible avec les standards internationaux. Le problème pour la jeune république libyenne et son ennemi sera le temps. Afin de faire des pas de géant, il sera nécessaire de nouer des relations de coopérations internationales, en privilégiant des accords avec des sociétés et banques maghrébines ayant une longue expérience du commerce international.

Je sais que le danger pour les décideurs libyens est de se faire berner par des entrepreneurs internationaux qui vont faire ‘’un coup’’ sans tenir compte des intérêts libyens. Pour les grands contrats, des cabinets spécialisés sans liens avec les opérateurs devront être consultés. Encore une fois la coopération inter maghrébine doit être de mise avant d’aller voir ailleurs.

Enfin,  le système Kadhafi a empêché la formation d’une démocratie parlementaire avec une constitution et des institutions élues. Les partis politiques sont absents. L’une des tâches immédiates du CNT est de faire adopter une nouvelle constitution et d’organiser des élections libres avec l’acceptation de tous de l’alternance.

Vendredi 16 Septembre 2011